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    Parti libéral du Québec

    Marc Bibeau serait derrière le financement du mystérieux «comté 127»

    18 avril 2014 |Brian Myles | Québec
    Les policiers ont procédé à l'analyse des données saisies lors des perquisitions au PLQ, en juillet dernier. Un document ayant pour titre «analyse du 127» fait état d'une vingtaine d'activités de financement qui ont permis à la formation d'amasser plus de 700 000 $.
    Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Les policiers ont procédé à l'analyse des données saisies lors des perquisitions au PLQ, en juillet dernier. Un document ayant pour titre «analyse du 127» fait état d'une vingtaine d'activités de financement qui ont permis à la formation d'amasser plus de 700 000 $.
    Bibeau nie tout

    L’avocat de Marc Bibeau, Jean-Claude Hébert, a nié que son client ait été responsable d’une activité politique qui aurait rapporté 428 150 $. « Cette somme représente fort probablement le cumul d’un ensemble de dons personnels remis au PLQ au cours d’une période de plusieurs mois, lesquels auraient dû être comptabilisés individuellement dans ses livres, selon la loi », affirme M. Hébert. Par la voix de son avocat, Marc Bibeau réitère qu’il n’a jamais été mêlé au financement sectoriel. « Il n’a jamais sollicité de dons auprès d’entreprises, par l’entremise de prête-noms ou autrement, et a toujours respecté rigoureusement la Loi électorale du Québec », affirme Me Hébert.
    Le grand argentier du PLQ sous Jean Charest, Marc Bibeau, aurait joué un rôle dans le financement du mystérieux « comté 127 », une circonscription fictive qui aurait reçu des dons de 700 615 $.

    L’analyse des perquisitions menées au Parti libéral du Québec (PLQ), en juillet dernier, a mené l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur la piste de Marc Bibeau, principal actionnaire de Schokbéton.

    Les policiers ont mis la main sur un document intitulé Analyse du 127, portant sur une vingtaine d’activités de financement qui auraient permis à la formation d’amasser plus de 700 000 $.

    Un certain « M. B. » aurait récolté 428 150 $ pour une seule activité. Or le PLQ n’a jamais déclaré la tenue d’une activité aussi lucrative dans ses rapports au Directeur général des élections du Québec (DGEQ). Les policiers croient « raisonnablement » que les initiales M. B. sont pour Marc Bibeau, révèlent de nouveaux documents judiciaires obtenus par un consortium de médias dont fait partie Le Devoir. Des enveloppes « à remettre à Marc Bibeau ou à recevoir de ce dernier » auraient été échangées chez Schokbéton.

    Selon les sources de la police, M. Bibeau « suivait les donations des grandes entreprises ». « Les témoignages indiquent également que les dons de ces entreprises sont répertoriés dans le comté 127 ou encore “financement sectoriel”. Marc Bibeau et Violette Trépanier sont les personnes responsables de ce secteur », affirme un enquêteur dans une déclaration assermentée.

    Cette déclaration a été utilisée pour obtenir des mandats de perquisition au siège social de Schokbéton, à Saint-Eustache. Les policiers cherchaient chez Schokbéton tout document relatif au PLQ, au financement politique, ainsi que l’agenda et les correspondances de Marc Bibeau avec le personnel du PLQ.

    L’enquête porte sur des actes criminels de corruption de fonctionnaire, de fraude envers le gouvernement, d’entrepreneur qui souscrit à une caisse électorale, d’abus de confiance, de fraude et de complot. Les déclarations des policiers ne constituent pas de la preuve, et aucune accusation n’a été portée dans cette affaire.

    Le rôle de Bibeau

    Marc Bibeau est considéré par les enquêteurs comme « le grand argentier » du parti sous Jean Charest. Il était d’ailleurs très proche de l’ancien premier ministre.

    M. Bibeau, un collecteur bénévole, travaillait en tandem avec Violette Trépanier, qui aurait été la grande responsable du financement sectoriel auprès des entreprises au sein du PLQ, de 2001 à décembre 2012. Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, l’entrepreneur Lino Zambito a raconté qu’il avait dû obtenir l’approbation de Marc Bibeau et Violette Trépanier pour organiser un cocktail de financement à 100 000 $ pour la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, en 2007. M. Bibeau aurait demandé à Violette Trépanier de contacter le chef de cabinet de la ministre, Bruno Lortie, afin de fixer une date pour le cocktail.

    À cette époque, Lino Zambito et deux vice-présidents de Roche (Marc-Yvan Côté et France Michaud) participaient activement au financement de Mme Normandeau, dans l’espoir qu’elle accorde à la Ville de Boisbriand une subvention pour l’agrandissement de son usine de traitement des eaux.

    Mme Normandeau, visée par l’enquête de l’UPAC, a finalement autorisé une subvention de 11 millions, en répudiant au moins cinq avis défavorables des fonctionnaires de son ministère. Nathalie Normandeau et Bruno Lortie auraient contourné les règles pour avantager Roche et Infrabec, deux gros bailleurs de fonds du PLQ. La firme de M. Zambito, Infrabec, et Roche ont fait main basse sur les contrats d’agrandissement de l’usine.

    Entre 2006 et 2008, dans la période où il était question du dossier de Boisbriand au cabinet de Mme Normandeau, Mme Trépanier aurait appelé M. Bibeau environ 500 fois. Par la voie de son avocat, Jean-Claude Hébert, M. Bibeau a fait savoir qu’il n’avait pas été impliqué dans le dossier de l’usine de Boisbriand.

    Après son départ du parti, en 2012, Mme Trépanier est restée dans le giron libéral à titre de contractuelle. Pendant 13 mois, en 2012 et 2013, Mme Trépanier et M. Bibeau se sont parlé au moins 300 fois. L’UPAC situe le départ de Mme Trépanier en mars 2013, à la suite de l’élection du nouveau chef du PLQ, Philippe Couillard.

    À l’automne 2013, l’attachée de presse du PLQ, Gabrielle Collu, a confirmé au Devoir que Mme Trépanier était restée dans la famille libérale « pour assurer une transition » jusqu’au 11 septembre 2013, pendant les six premiers mois de M. Couillard à la chefferie du PLQ.

    Par ailleurs, Joël Gauthier, qui a agit comme directeur général du PLQ de 1999 à 2003, a annoncé jeudi soir qu’il se retirait temporairement de la direction du conseil d’administration d’Investissements Hexagone le temps que soient « clarifiées » les « allégations concernant le financement au PLQ » et sa « situation personnelle dans ce contexte ». Investissements Hexagone s’était portée acquéreur de Louisbourg SBC, Géodex, Ciments Lavallée et Houle H2O, qui faisaient partie de l’empire de l’entrepreneur Tony Accurso. M. Gauthier a collaboré à l’enquête policière.


    Avec La Presse canadienne
     
     
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