Politique québécoise - Le vrai visage de l'Action démocratique
Vivement le jour où Mario Dumont et son parti oseront débattre publiquement de ce qu'ils nous proposent réellement
Jean-Luc Ratel - Étudiant au baccalauréat en sociologie à l'Université du Québec à Montréal
21 juin 2002
Québec
Le climat de désillusion généralisée qui s'est peu à peu instauré dans le monde politique québécois conduit bon nombre de nos concitoyens à chercher des avenues différentes de l'autoroute du prêt-à-penser politique. Bien sûr, cette quête de sens ne peut être que bénéfique pour l'ensemble de la société tant les débats d'idées ont désespérément brillé par leur absence ces derniers temps, si ce n'est chez quelques initiés.
Aussi est-il tout à fait concevable que des gens désabusés par un système de représentation qui fait élire le Parti québécois même s'il a obtenu moins de voix que son principal rival, par une succession de premiers ministres désignés par les seuls membres du parti au pouvoir, par un amer sentiment d'impuissance de nos élus face à une mondialisation qui se décide derrière des portes closes et des murs de la honte, et j'en passe, voient en l'Action démocratique du Québec une voie alternative intéressante au duo PQ-PLQ.
À ce titre, je considère louable que des gens comme Alexis Cossette-Trudel reconnaissent le cul-de-sac dans lequel nous nous retrouvons et cherchent tant bien que mal à ce qu'on ne s'y embourbe plus.
Là où le bât blesse, c'est lorsqu'on ne prend même pas la peine d'analyser le contenu propre à cette voie alternative que nous chante M. Cossette-Trudel. Je m'abstiendrai de m'étendre davantage sur ce point: les répliques antérieures l'ont déjà mis en exergue avec succès. Notons tout de même que, sans tomber dans le dénigrement personnel, il reste étonnant qu'un aspirant maître en science politique affirme qu'il ne votera pas pour le programme de l'ADQ mais plutôt, à ce que j'ai pu comprendre, pour une bouffée d'air frais. Notons d'ailleurs que si une bouffée d'air frais reste sur place trop longtemps, elle finit par nous asphyxier; autrement, elle ne peut que passer. C'est ce qui risque d'arriver à l'ADQ lorsque les Québécois seront exposés à la teneur du programme de ce parti.
Est-il besoin de rappeler que selon un récent sondage (Léger Marketing-Le Devoir, 1er et 2 juin 2002), ce sont plus de 80 % des électeurs qui ne peuvent même pas citer un seul élément du programme de l'ADQ? Eh oui, il s'agit bien d'une bouffée d'air frais, puisqu'on n'y retrouve que du vent...
Parlons-en, de ce programme! Certains me reprocheront de prêcher pour ma paroisse, mais étant donné que d'autres lecteurs consciencieux ont déjà traité de quelques éléments de ce programme, je me contenterai d'aborder un enjeu important pour notre société, à savoir l'éducation. Ainsi, le programme adéquiste propose «[...] la mise en place d'un régime de bons d'étude (ou "school vouchers") en vertu duquel chaque parent recevra un bon correspondant à la subvention gouvernementale accordée pour son enfant» (page 41)! Il s'agit ici d'une idée selon laquelle les parents choisissent une école, publique ou privée, et reçoivent ensuite une sorte de chèque qui ne peut être utilisé que pour payer l'école retenue. En théorie, tout a l'air bien beau. On laisse la liberté aux parents et l'État paie. Mais quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit vite que le système proposé cache quelque chose. En fait, il forcerait les écoles à se livrer une féroce compétition pour mieux se vendre auprès de parents qui feront leur lèche-vitrines dans ce qui deviendra le grand centre commercial du savoir. De cette façon, on créera un cercle vicieux où les écoles jouissant d'une bonne réputation attireront inévitablement les parents qui souhaiteront y inscrire leur marmaille. Ce faisant, ces écoles, qu'elles soient publiques ou privées, auront beau jeu d'offrir des programmes diversifiés car elles recevront plus de financement du ministère de l'Éducation.
Comme dans toute chose, il y aura plusieurs perdants et quelques gagnants. En effet, combien d'écoles devront se contenter de budgets de misère à la suite de la désertion de leurs élèves vers ce qu'il conviendra d'appeler des «compétiteurs»?
Si l'Action démocratique argumentait quelque peu, nous pourrions peut-être adhérer à l'idée, mais sur ce point comme sur bien d'autres, il semble que les adéquistes fuient la profondeur pour se réfugier dans la superficialité de l'image. En fait, le seul semblant d'argumentation se résume comme suit: «[...] le régime de bons d'étude est déjà utilisé depuis plusieurs années dans certains États américains, notamment en Floride, en Californie et au Wisconsin. Plus récemment, l'Ontario a entrepris de mettre en place le régime de bons d'étude.» Mais qu'en est-il réellement des bons d'étude aux États-Unis? Une petite recherche sur le site Internet de l'American Civil Liberties Union (www.aclu.org) nous apprend que ce système n'a pu être implanté dans les États de la Californie, du Maine, du Michigan, du Missouri, de la Pennsylvanie et du Vermont, pas plus qu'à Porto Rico d'ailleurs: en effet, ils ont été bloqués par la cour (qui les jugeait anticonstitutionnels) avant même qu'ils ne soient adoptés. Enfin, l'État de la Floride avait mis en avant de tels bons d'étude mais a dû les retirer quelques semaines plus tard lorsque la cour de l'État les a à son tour déclarés anticonstitutionnels. Par ailleurs, lorsque le seul exemple canadien cité est celui des conservateurs de Mike Harris, cela illustre bien la ligne idéologique de ce «parti des jeunes»...
Je ne suis pas certain que des réductions draconiennes des dépenses publiques dans les programmes sociaux soient vues d'un bon oeil par nos concitoyens, surtout après les résultats que l'on a pu observer dans les hôpitaux et les écoles de l'Ontario, sans parler de Walkerton...
Le cas des bons d'étude illustre bien la teneur véritable du changement qu'on nous propose, qui n'a rien de réjouissant. Si M. Cossette-Trudel avançait dans son dernier article que «cette formation nous offre un gage de virginité politique [...]», je crains pour ma part que l'ADQ ne l'ait perdue depuis belle lurette dans les bras de la séduisante droite néolibérale, ce don Juan politique qui a su conquérir le coeur de bien des partis aux quatre coins de la planète et qui, semble-t-il, fait encore des ravages parmi nous.
Quel genre de voie alternative souhaitons-nous mettre en avant? Serait-ce un programme rétrograde inspiré directement des think-tanks néolibéraux, ceux-là mêmes qui, aux États-Unis, soutenaient aveuglément les bombardements en Afghanistan au nom du progrès? Vivement le jour où Mario Dumont et son parti oseront débattre publiquement de ce qu'ils nous proposent réellement plutôt que de surfer habilement sur une vague qui cessera bientôt de leur être favorable.
Aussi est-il tout à fait concevable que des gens désabusés par un système de représentation qui fait élire le Parti québécois même s'il a obtenu moins de voix que son principal rival, par une succession de premiers ministres désignés par les seuls membres du parti au pouvoir, par un amer sentiment d'impuissance de nos élus face à une mondialisation qui se décide derrière des portes closes et des murs de la honte, et j'en passe, voient en l'Action démocratique du Québec une voie alternative intéressante au duo PQ-PLQ.
À ce titre, je considère louable que des gens comme Alexis Cossette-Trudel reconnaissent le cul-de-sac dans lequel nous nous retrouvons et cherchent tant bien que mal à ce qu'on ne s'y embourbe plus.
Là où le bât blesse, c'est lorsqu'on ne prend même pas la peine d'analyser le contenu propre à cette voie alternative que nous chante M. Cossette-Trudel. Je m'abstiendrai de m'étendre davantage sur ce point: les répliques antérieures l'ont déjà mis en exergue avec succès. Notons tout de même que, sans tomber dans le dénigrement personnel, il reste étonnant qu'un aspirant maître en science politique affirme qu'il ne votera pas pour le programme de l'ADQ mais plutôt, à ce que j'ai pu comprendre, pour une bouffée d'air frais. Notons d'ailleurs que si une bouffée d'air frais reste sur place trop longtemps, elle finit par nous asphyxier; autrement, elle ne peut que passer. C'est ce qui risque d'arriver à l'ADQ lorsque les Québécois seront exposés à la teneur du programme de ce parti.
Est-il besoin de rappeler que selon un récent sondage (Léger Marketing-Le Devoir, 1er et 2 juin 2002), ce sont plus de 80 % des électeurs qui ne peuvent même pas citer un seul élément du programme de l'ADQ? Eh oui, il s'agit bien d'une bouffée d'air frais, puisqu'on n'y retrouve que du vent...
Parlons-en, de ce programme! Certains me reprocheront de prêcher pour ma paroisse, mais étant donné que d'autres lecteurs consciencieux ont déjà traité de quelques éléments de ce programme, je me contenterai d'aborder un enjeu important pour notre société, à savoir l'éducation. Ainsi, le programme adéquiste propose «[...] la mise en place d'un régime de bons d'étude (ou "school vouchers") en vertu duquel chaque parent recevra un bon correspondant à la subvention gouvernementale accordée pour son enfant» (page 41)! Il s'agit ici d'une idée selon laquelle les parents choisissent une école, publique ou privée, et reçoivent ensuite une sorte de chèque qui ne peut être utilisé que pour payer l'école retenue. En théorie, tout a l'air bien beau. On laisse la liberté aux parents et l'État paie. Mais quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit vite que le système proposé cache quelque chose. En fait, il forcerait les écoles à se livrer une féroce compétition pour mieux se vendre auprès de parents qui feront leur lèche-vitrines dans ce qui deviendra le grand centre commercial du savoir. De cette façon, on créera un cercle vicieux où les écoles jouissant d'une bonne réputation attireront inévitablement les parents qui souhaiteront y inscrire leur marmaille. Ce faisant, ces écoles, qu'elles soient publiques ou privées, auront beau jeu d'offrir des programmes diversifiés car elles recevront plus de financement du ministère de l'Éducation.
Comme dans toute chose, il y aura plusieurs perdants et quelques gagnants. En effet, combien d'écoles devront se contenter de budgets de misère à la suite de la désertion de leurs élèves vers ce qu'il conviendra d'appeler des «compétiteurs»?
Si l'Action démocratique argumentait quelque peu, nous pourrions peut-être adhérer à l'idée, mais sur ce point comme sur bien d'autres, il semble que les adéquistes fuient la profondeur pour se réfugier dans la superficialité de l'image. En fait, le seul semblant d'argumentation se résume comme suit: «[...] le régime de bons d'étude est déjà utilisé depuis plusieurs années dans certains États américains, notamment en Floride, en Californie et au Wisconsin. Plus récemment, l'Ontario a entrepris de mettre en place le régime de bons d'étude.» Mais qu'en est-il réellement des bons d'étude aux États-Unis? Une petite recherche sur le site Internet de l'American Civil Liberties Union (www.aclu.org) nous apprend que ce système n'a pu être implanté dans les États de la Californie, du Maine, du Michigan, du Missouri, de la Pennsylvanie et du Vermont, pas plus qu'à Porto Rico d'ailleurs: en effet, ils ont été bloqués par la cour (qui les jugeait anticonstitutionnels) avant même qu'ils ne soient adoptés. Enfin, l'État de la Floride avait mis en avant de tels bons d'étude mais a dû les retirer quelques semaines plus tard lorsque la cour de l'État les a à son tour déclarés anticonstitutionnels. Par ailleurs, lorsque le seul exemple canadien cité est celui des conservateurs de Mike Harris, cela illustre bien la ligne idéologique de ce «parti des jeunes»...
Je ne suis pas certain que des réductions draconiennes des dépenses publiques dans les programmes sociaux soient vues d'un bon oeil par nos concitoyens, surtout après les résultats que l'on a pu observer dans les hôpitaux et les écoles de l'Ontario, sans parler de Walkerton...
Le cas des bons d'étude illustre bien la teneur véritable du changement qu'on nous propose, qui n'a rien de réjouissant. Si M. Cossette-Trudel avançait dans son dernier article que «cette formation nous offre un gage de virginité politique [...]», je crains pour ma part que l'ADQ ne l'ait perdue depuis belle lurette dans les bras de la séduisante droite néolibérale, ce don Juan politique qui a su conquérir le coeur de bien des partis aux quatre coins de la planète et qui, semble-t-il, fait encore des ravages parmi nous.
Quel genre de voie alternative souhaitons-nous mettre en avant? Serait-ce un programme rétrograde inspiré directement des think-tanks néolibéraux, ceux-là mêmes qui, aux États-Unis, soutenaient aveuglément les bombardements en Afghanistan au nom du progrès? Vivement le jour où Mario Dumont et son parti oseront débattre publiquement de ce qu'ils nous proposent réellement plutôt que de surfer habilement sur une vague qui cessera bientôt de leur être favorable.
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