Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Présider un ordre professionnel

    Protection du public ou tremplin politique?

    29 mars 2014 |Alexandre Brodeur - Ingénieur | Québec
    Il vaut la peine de porter un regard sur la situation des ordres professionnels, dont celui des ingénieurs.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Il vaut la peine de porter un regard sur la situation des ordres professionnels, dont celui des ingénieurs.

    Le contexte électoral qui prévaut sur la scène québécoise constitue un prisme teintant l’ensemble des événements de l’actualité, qu’il s’agisse de la commission Charbonneau ou des statistiques sur l’emploi. Ainsi, il vaut la peine de porter un regard sur la situation des ordres professionnels au Québec. Bien que cette réflexion concerne l’Ordre des ingénieurs du Québec, OIQ (étant donné la profession que j’exerce), le questionnement s’applique dans d’autres sphères : pharmaceutique, médicale, et tutti quanti.

     

    Bien que n’ayant jamais atteint au Québec le statut quasi mythique des médecins, la profession d’ingénieur était respectée au Québec, les plus méritoires d’entre eux étant même considérés comme de « grands bâtisseurs ». L’éclatement au grand jour de pratiques scabreuses de collusion-corruption-retours d’ascenseur a, sans contredit, changé la donne. L’immense majorité des quelque 60 000 ingénieurs québécois, furieuse non seulement de la perte de réputation de la profession, mais du syndrome de la tache d’huile sur leur intégrité professionnelle, a demandé à la présidente de l’OIQ de l’époque, Maud Cohen, des mesures musclées pour redorer l’image de la profession. Ces mesures ont pris, entre autres, la forme d’une campagne publicitaire, avec un bilan modeste vu les révélations explosives à la commission Charbonneau.

     

    Mme Cohen ayant quitté la présidence de l’OIQ pour se lancer dans l’arène politique avec la CAQ, Daniel Lebel a pris la relève. M. Lebel, doté d’une ferme volonté de faire le ménage et de restaurer la confiance du public en la profession, semble toutefois avoir confondu l’intégrité et le paravent d’intégrité. L’intégrité pourrait être définie comme l’application des plus hauts standards éthiques et déontologiques. Toutefois, le paravent d’intégrité consiste à surenchérir de mesures à l’efficacité douteuse et aux effets contre-productifs par rapport à l’objectif fixé.

     

    L’OIQ doit assurer la protection du public, et non la protection des ingénieurs, et personne ne conteste cette nécessité. Le bât blesse cependant quand vient le temps de soutenir financièrement l’Ordre dans l’application de cette fonction ; seuls les ingénieurs sont tenus de contribuer, mais les plaintes formulées au syndic émanent du grand public. Le Conseil exécutif a imposé par règlement une cotisation spéciale substantielle afin de financer les dépenses supplémentaires encourues, et ce, malgré trois refus exprimés par les ingénieurs lors d’assemblées générales. En aucun cas la priorisation des plaintes n’a été envisagée, du moins publiquement. De surcroît, plusieurs cas relèveraient possiblement de la sphère civile et criminelle plutôt que déontologique.

     

    Bref, de solides discussions internes ont lieu au sein de l’OIQ et se poursuivront au cours des prochains mois. Dans un tel contexte de discussions virulentes, il devient impératif d’interdire au président ou à un membre d’un conseil exécutif d’un ordre professionnel de briguer une charge publique, pour quelques années suivant la fin de son mandat, afin d’assurer que son intérêt lors de l’exercice des fonctions n’est que de servir le public et les membres de l’ordre professionnel : trop de gens pourraient considérer les actions posées durant le mandat comme un tremplin politique…

     

    Laver plus blanc que blanc, peu importe les conséquences, favoriser ses propres intérêts sur le dos des membres d’un ordre professionnel ? Jamais, au grand jamais ! À bas la culture d’autoflagellation : surveillons la profession, mais valorisons-la également !













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.