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    Monsieur le directeur

    David Desjardins
    15 mars 2014 |David Desjardins | Québec | Chroniques




     

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    sur les élections

    Le temps de la campagne électorale, le chroniqueur rencontre des candidats des quatre principaux partis, histoire de sonder les origines de leur engagement politique.


    Les pythies prophétisent que cette élection sera celle du chant du cygne pour la Coalition avenir Québec.

     

    Mario Asselin ne s’en émeut pas trop. Le candidat de la CAQ dans Louis-Hébert a l’habitude des projets zombies. Surtout des histoires d’écoles qu’on allait fermer, à la tête desquelles il se retrouvait. Des écoles religieuses, revenues de la mort par voie laïque. Un peu comme Lazare, avec Mario à la place de Jésus.

     

    J’exagère. Mario Asselin ne fait pas de miracles. Il ne se vante pas non plus d’en être capable. Le dada de ce directeur d’école, c’est de bousculer l’ordre établi pour faire avancer les choses. Plus encore, il cherche à impliquer les principaux intéressés dans la résolution d’un problème.

     

    Lorsqu’il arrive à la direction de l’Institut St-Joseph, en 2002, il munit tous les élèves d’ordinateurs et les dote d’un blogue personnel. C’est l’autre obsession du bonhomme, qui a la mi-cinquantaine : la technologie, l’accessibilité, la transparence.

     

    La catastrophe arrive pourtant par là dans l’école dont il vient de prendre les rênes. Les blogues des élèves sont des florilèges de fautes, provoquant l’ire des parents et d’un conseil d’administration catastrophé. « J’ai réuni les élèves ; ils adoraient l’idée du blogue, mais comprenaient bien le problème qu’il posait. La solution est venue d’eux. » Les textes seraient donc rangés en deux catégories, ceux en construction et les finaux. Ils ne seraient évidemment jugés que sur ces derniers. « Je n’en ai plus jamais entendu parler. » Sauf en bien.

     

    Mario Asselin s’exprime avec abondance et vigueur, son vocabulaire contenant très peu d’intox. On en vient à se demander ce qu’il fait là. Il raconte que, de l’école, il est passé à la consultation. Là, en conseillant plusieurs écoles à la fois, des agences gouvernementales et des ministères, il a pu mesurer l’effet direct de ses connaissances et de son expérience sur la société.

     

    Le prochain pas, c’était d’influer directement sur la législation, les programmes.

     

    C’est François Legault qui l’a approché. Depuis la dernière élection en 2012, il pilote en coulisses les dossiers qui touchent à la culture et à l’éducation. Les positions de la CAQ en la matière sont nourries par ses recherches, ses réflexions.

     

    Des positions qui ne sont pas toujours les miennes, mais j’aime bien le bonhomme. Capable de discuter, de prendre du recul, d’écouter. En éducation, je suis plus Schtroumpf Grognon, lui est du genre progressiste et enthousiaste. C’est peut-être son problème. Je veux dire que je ne comprends pas ce qu’il fait aux côtés de faiseux et de chantres d’une droite néolibérale qui ne cesse de prendre en otage le gros bon sens. Comme Gérard Deltell, ou Éric Caire. Mais Asselin est un iconoclaste qui aime visiblement ceux qui ont le courage de foutre le bordel et ne se formalise pas une seconde de partager les feux de la rampe avec des politiciens aux convictions qui parfois diffèrent, sans parler de la manière. « C’est une coalition », rappelle-t-il, tout à fait à l’aise.

     

    Voter pour la CAQ, c’est beaucoup un vote d’efficacité, au détriment du rêve. C’est voter pour des phares comme Asselin, en même temps que pour des éteignoirs néoconservateurs. Mais bon, c’est pas non plus comme si ce parti était le seul qui tire dans tous les sens.

     

    Carnet de campagne

     

    Pendant que je parlais à Mario Asselin, Pauline Marois paradait avec PKP. Ils ont monté sur la tribune et ont consciencieusement rangé la souveraineté dans une petite boîte. Parce qu’il y a d’autres enjeux, a-t-on expliqué.

     

    Pas pour les signataires de l’appui sans réserve à PKP. Pour eux, tout est soluble dans la souveraineté. Y compris l’indépendance de la presse. C’est peut-être générationnel. Le cri de gens trop souvent déçus. J’étais trop jeune pour le référendum de 1980. J’étais pas là pour manger des coups de matraque sur les Plaines et mon père n’a pas travaillé dans une shop, méprisé par des patrons anglais. Mais j’ai vu quantité de confrères piétinés par ce patron québécois, égérie aussi inattendue qu’inespérée de l’indépendance.

     

    Ce n’est pas l’idée d’une coalition gauche-droite en faveur de la souveraineté qui me fait tiquer. C’est que, dans la hiérarchie des valeurs, celle-là puisse piétiner toutes les autres avec un tel enthousiasme, sans aucune arrière-pensée. Ça me fait penser à La chasse-galerie. Des bûcherons, trop impatients de revoir leurs blondes, font un deal avec le diable. Sont sûrs de pouvoir respecter les conditions énumérées par Satan. Mais au retour, le bordel pogne dans le canot volant ; il y en a un qui a perdu les pédales, et les gars tombent tous en bas.













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