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    Le déclin conjoncturel des énergies renouvelables

    8 mars 2014 |Daniel Laplante - Président-directeur général de l’Association de l’industrie électrique du Québec (AIEQ) | Québec
    La réalisation du projet de la Romaine permet de faire face à une gamme étendue de situations, sans jamais risquer de manquer d’énergie.
    Photo: Alliance La Romaine La réalisation du projet de la Romaine permet de faire face à une gamme étendue de situations, sans jamais risquer de manquer d’énergie.

    Depuis la publication du rapport de la Commission sur les enjeux éner- gétiques du Québec (CEEQ), il est étonnant de constater que l’on remette en question le parachèvement du complexe hydroélectrique de la Romaine.

     

    Il est vrai que le contexte énergétique nord-américain a changé depuis quelques années. Personne n’aurait pu prévoir que l’offre énergétique allait être à ce point forte en 2013 et que le coût au kWh serait aussi bas. Or, malgré le contexte actuel plutôt défavorable, ce projet hydroélectrique de 1550 MW doit être réalisé. C’est une erreur d’affirmer que ces conditions de marché resteront les mêmes pour encore bien des années.

     

    Le complexe de la Romaine a une durée de vie utile de cent ans et sa rentabilité doit être vue dans une perspective à long terme. D’ailleurs, le développement du parc de production d’électricité s’est toujours fait dans une perspective à long terme, ce qui permet aujourd’hui à Hydro-Québec d’avoir des opérations commerciales très rentables et de verser chaque année d’importants dividendes au gouvernement du Québec.

     

    De plus, la réalisation de ce vaste projet vient solidifier encore davantage le parc de production d’électricité québécois, ce qui lui permet de faire face à une gamme étendue de situations, sans jamais courir le risque de manquer d’énergie. La fermeture de Gentilly-2 n’aurait jamais été possible sans cette marge de manoeuvre.

     

    L’électricité québécoise occupe une place toujours importante dans le marché du Nord-Est américain et demeurera dans les années à venir une source d’énergie hautement stratégique.

     

    Le gaz naturel profite de conditions parfaites pour son développement

     

    Il est rare qu’une source de production d’énergie profite de conditions économiques, sociales et environnementales aussi favorables que celles du gaz de schiste et qui permettent son développement à très grande vitesse. Pour la majorité des Américains, dans le secteur de la production d’électricité, cette source est perçue comme ayant peu d’impact sur l’environnement, notamment parce qu’elle émet moins de gaz à effet de serre que le charbon, elle est fiable et elle est capable d’approvisionner les clients au moment voulu. Les centrales sont construites près des centres de consommation. L’abondance des réserves de gaz naturel (et de pétrole de schiste) permet de diminuer les importations d’énergie thermique des États-Unis, à un point tel que plusieurs Américains rêvent déjà à l’indépendance énergétique. Or, plusieurs de ces éléments sont conjoncturels, de sorte que le développement du gaz de schiste à une telle vitesse ne pourra pas durer encore longtemps.

     

    Déjà, les Américains s’interrogent sur les émissions de méthane rattachées à son extraction, lesquelles seraient nettement plus élevées qu’on le prétend. Quant au prix actuel du gaz naturel, selon l’Energy Information Administration, l’agence gouvernementale américaine de prévisions énergétiques, le prix du gaz naturel augmentera de façon importante à partir de 2015, et ce, jusqu’en 2040, en raison de la hausse de la demande et des coûts de production. Or, l’augmentation du prix du gaz aura inévitablement un effet positif sur les exportations d’électricité québécoise.

     

    La stratégie d’attraction d’investisseurs étrangers en sol québécois qui s’appuie sur l’abondance de l’hydroélectricité à faible coût est la bonne.

     

    L’AIEQ est également surprise que les commissaires de la CEEQ remettent en question la stratégie d’attraction d’investisseurs étrangers en sol québécois, laquelle est principalement axée sur l’abondance de l’énergie, et ce, à faible coût. Selon eux, cette stratégie serait devenue désuète puisque l’électricité se vend maintenant à faible coût partout en Amérique du Nord, et souvent pour moins cher qu’au Québec.

     

    Or, contrairement à ce qu’affirment les commissaires, le nouveau contexte énergétique ne vient pas mettre K.O. cette stratégie. C’est qu’en plus de cette énergie abondante et à faible coût, le parc de production d’électricité québécois assure une stabilité à long terme des prix et une assurance opérationnelle. Ce que les autres régions de l’Amérique du Nord ne peuvent garantir avec autant de certitude aux investisseurs.

     

    En plus de cette capacité du Québec à attirer des entreprises économiques à valeur ajoutée et fortement consommatrices d’électricité, le nouveau contexte énergétique offre des occasions d’affaires que le Québec doit saisir, et qui permettront d’écouler les surplus énergétiques. Parmi ces occasions, notons le développement du Nord québécois, l’hydroélectricité québécoise comme source d’équilibrage pour l’éolien sur les marchés extérieurs ainsi que l’électrification des transports. Ces actions feront du Québec un leader de l’économie verte.

     

    La prochaine stratégie énergétique doit miser sur les avantages compétitifs du Québec

     

    Par ailleurs, le rapport de la CEEQ fait peu mention de la forte présence de l’industrie électrique en sol québécois, de sa contribution importante à l’enrichissement collectif québécois, des retombées économiques qu’elle génère et surtout de son expertise et de son savoir-faire, lesquels sont fortement recherchés par des clients étrangers. Cette industrie constitue un élément central de l’architecture économique québécoise. Elle représente une chaîne de valeur complète dont les services et les produits sont reconnus pour le meilleur rapport prix-innovation-qualité-service. Cesser son développement serait une erreur aux conséquences permanentes sur l’économie du Québec.

     

    La prochaine stratégie énergétique doit continuer à mettre à profit les ressources naturelles du Québec, l’expertise et les moyens techniques de son industrie. Elle doit aussi proposer des solutions de rechange aux sources d’énergie thermique qui ne cessent de croître en Amérique du Nord.

     

    Le Québec doit donc se positionner dans cette bataille énergétique à l’échelle nord-américaine. Et ce n’est surtout pas en arrêtant les projets d’énergie renouvelable que l’on y parviendra ! Le Québec doit avoir le même enthousiasme pour le développement de ses énergies renouvelables que le reste de l’Amérique du Nord pour les énergies thermiques.

     
     
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