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    L’art difficile du slogan politique

    Les libéraux parlent des affaires, et les caquistes de leur chef

    Entouré de sa femme, Isabelle Blais, et du député Gérard Deltell, François Legault a dévoilé mardi son autobus de campagne tapissé du slogan de la CAQ « On se donne Legault ».
    Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Entouré de sa femme, Isabelle Blais, et du député Gérard Deltell, François Legault a dévoilé mardi son autobus de campagne tapissé du slogan de la CAQ « On se donne Legault ».

    On séduit les foules avec des slogans. Enfin, idéalement. Deux formations majeures en lice dans la campagne électorale qui commence ont dévoilé mardi leur cri de ralliement.

     

    Le Parti libéral du Québec propose : « Ensemble, on s’occupe des vraies affaires ». La Coalition avenir Québec mise sur un calembour on ne peut plus franco-québécois : « On se donne Legault ».

     

    Et alors ? Le verdict ? Le spécialiste de la communication politique Robert Bernier reconnaît qu’on n’est pas face à du grand cru, tout en notant la logique des formules concentrées.

     


    « C’est très clair d’un côté comme de l’autre, dit le professeur de l’École nationale d’administration publique, à Montréal. Les libéraux ont constamment occupé le créneau économique et la thématique classique se poursuit. Ce slogan s’adresse en plus au segment plus âgé de la population active qui a des priorités de nature financière, des préoccupations de court terme, en rapport au revenu, dans un contexte où l’économie est difficile et la fiscalité très lourde. »

     

    Le chef libéral Philippe Couillard voit encore plus large. « Dans notre parler québécois, les vraies affaires […], c’est quoi ? a-t-il demandé lui-même en conférence de presse. C’est l’économie, l’emploi, l’éducation, la santé. Qu’est-ce qui n’est pas les vraies affaires, c’est la division et la séparation du Québec. »

     

    La personnalité Legault

     

    Le choix de la CAQ semble aussi aller de soi pour le professeur Bernier, même s’il témoigne d’un problème majeur, celui de la personnalisation de la formation. « Le drame de la CAQ, c’est qu’elle n’a jamais réussi à se positionner sur une thématique fondamentale, économique, politique ou culturelle, même dans ses grands moments, quand elle était perçue comme une sorte d’Union nationale revampée,dit le spécialiste. M. Legault s’est retrouvé très seul, surtout après la dernière campagne électorale. Alors là, maintenant, le slogan met l’accent sur le chef parce qu’il ne reste plus vraiment d’équipe. »

     

    La mise au point des formules peut mobiliser des équipes complètes de publicitaires et de spécialistes du marketing. Les dirigeants de la CAQ ont accouché de la leur sans aide extérieure. « C’est du fait maison, explique Jean-Bernard Villemaire, directeur général adjoint du parti. Nous avons regroupé une équipe. Elle a accouché de cette formule qui correspond le mieux à nos objectifs de campagne. Ce slogan a fait l’unanimité. »

     

    M. Villemaire accepte de redire ce qui saute aux oreilles. Oui, la formule caquiste met l’accent sur le chef François Legault. Oui, elle invite à un nouveau départ (le « go »). « C’est un appel au changement », résume-t-il.

     

    Le Parti québécois n’a pas encore fait connaître son propre raccourci idéologique. Le professeur Bernier mise sur un slogan qui fera appel à « une trame collectiviste et inclusive ».

     

    Cri de guerre

     

    Le mot « slogan » est arrivé au français par l’anglais, qui l’avait emprunté au gaélique écossais. Dans ce recoin de la Grande-Bretagne, le « sluagh-gairm » désignait le cri de guerre.

     

    En politique moderne, le slogan décrit la formule-choc, facilement mémorisable, qui concentre les valeurs d’une formation en campagne. Dans la fable politique La ferme des animaux, George Orwell décante toute l’idéologie des bêtes révolutionnaires à ce cri synthétique : « Four legs good, two legs bad ! »

     

    Il y en a eu des célèbres dans l’histoire récente. Barack Obama a fait l’histoire avec son « Yes We Can ». La Révolution tranquille se concentre dans le slogan des libéraux de Jean Lesage pour la campagne de 1962: « Maîtres chez nous ».













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