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    Claude Ryan et le fédéralisme

    Livre beige, livres roses

    Antoine Robitaille
    15 février 2014 |Antoine Robitaille | Québec | Éditoriaux

    Un colloque a célébré jeudi et vendredi la mémoire du regretté Claude Ryan, à l’occasion des 10 ans de sa mort. Plusieurs textes ont été publiés à cette occasion. On a notamment tenté d’imaginer la position que l’ancien directeur du Devoir et ancien chef du Parti libéral aurait eue sur le thème qui kidnappe tous les débats politiques et conversations ces jours-ci : la charte des valeurs. Il s’y serait opposé au nom des droits et libertés, ont répondu plusieurs, et ceux-ci ont sans doute raison.

     

    Malheureusement, pas ou peu de choses ont filtré sur la place publique quant à la pensée de l’homme sur le fédéralisme canadien, un des sujets qui l’ont le plus occupé.

     

    Or, dans ce domaine, il essuya un grand échec. C’est un lieu commun de dire que la carrière politique de René Lévesque est ponctuée d’un revers proéminent, celui du oui au référendum de 1980. La mémoire collective semble toutefois en train d’occulter que Claude Ryan, même chef du camp victorieux, aura subi un revers important. D’abord lors du rapatriement de 1982, qui consacrait une réforme du Canada contraire à celle qu’il avait prônée dans son Livre beige (pourtant victorieux à 60 % en 1980). Ensuite lors de la mort de Meech en 1990, et du non à Charlottetown en 1992, qui visaient précisément à réparer l’affront de 1982.

     

    Lorsqu’il a quitté la politique, M. Ryan a continué de s’intéresser au fédéralisme canadien, à y prôner l’« asymétrie ». Mais il sembla concéder la victoire au trudeauisme, abandonna la vision forte et nuancée du Livre beige. Il eut même de bons mots pour la Charte canadienne des droits et libertés, notamment dans son précis sur les valeurs libérales. (C’est peut-être ce qui explique que la pensée soi-disant fédéraliste, au Québec, aujourd’hui, produit surtout des « livres roses » sur le Canada.)

     

    Dans ce même ouvrage, peut-être M. Ryan a-t-il simplifié le « courant rouge », censé selon lui incarner l’ensemble du parcours libéral au Québec depuis le XIXe siècle. Ce courant verrait « dans la défense des libertés individuelles le fondement principal de la démocratie ». Cela, comme l’a déjà fait remarquer l’historien Éric Bédard, n’évacue-t-il pas trop aisément le sentiment national qui a habité les libéraux, d’Honoré Mercier à Robert Bourassa, en passant par Jean Lesage ? Dans « Maîtres chez nous », il y avait bel et bien un « nous », notait Bédard. Le chef libéral actuel, Philippe Couillard, ne semble pas trop s’en souvenir lui non plus.













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