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    La méthode de Monsieur Ryan

    J’ai eu l’honneur de le côtoyer pendant plus de vingt ans. Il fut pour moi un mentor. Il a façonné ma pratique de la politique.

    13 février 2014 | Thomas Mulcair - Chef de l’opposition et du Nouveau Parti démocratique, ancien député et ministre québécois | Québec
    Claude Ryan (au centre) était soucieux de tous les citoyens, indépendamment de leur scolarité, de leur rang social ou de leur statut économique.
    Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Claude Ryan (au centre) était soucieux de tous les citoyens, indépendamment de leur scolarité, de leur rang social ou de leur statut économique.
    L’Université McGill et le Centre Newman, en collaboration avec plusieurs partenaires, soulignent jeudi et vendredi le dixième anniversaire du décès de Claude Ryan.

    Mon premier souvenir de Claude Ryan remonte à la fin des années 1960. Mon père, Irlandais marié à une Québécoise, avait assisté à l’un de ses discours à Toronto. Il en était revenu impressionné.

     

    Claude Ryan avait alors prédit, bien avant d’autres, qu’il était nécessaire de répondre aux revendications linguistiques et culturelles du Québec pour maintenir l’unité du Canada.

     

    Cette analyse a marqué ma famille et elle a résisté à l’épreuve du temps. C’est devenu l’un des piliers de ma vision politique.

     

    J’ai rencontré Ryan pour la première fois en mai 1980, alors que le Québec était déchiré par la campagne référendaire. Nous étions tous les deux à Val-Bélair, où il était venu prononcer un énième discours. Il en avait tellement fait au cours des semaines précédentes qu’il n’avait plus de voix. J’avais été frappé par sa détermination et par sa passion.

     

    Des années plus tard, j’ai été amené à travailler avec lui. Il est devenu mon mentor. Il a façonné ma pratique de la politique.

     

    Monsieur Ryan

     

    J’ai eu l’honneur de le côtoyer pendant plus de vingt ans. Il y a eu plusieurs Claude Ryan : l’intellectuel catholique, le prolifique et respecté directeur du Devoir, le chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale. Celui que j’ai fréquenté venait de démissionner de son poste de chef du Parti libéral du Québec. Il était député et porte-parole en matière d’éducation, un portefeuille clé.

     

    Monsieur Ryan (j’ai connu bien peu de gens qui s’adressaient à lui autrement) était brillant, déterminé, exceptionnellement vaillant, parcimonieux et d’une générosité sans limites.

     

    En public, il pouvait donner l’impression d’être terne. Pourtant, son rire contagieux résonne encore aux oreilles de ceux qui l’ont bien connu.

     

    C’était un homme d’une autre époque qui a contribué à modeler notre monde grâce à une rigueur intellectuelle peu commune en politique.

     

    Je garde de lui le souvenir d’un rare leader capable de s’attaquer aux problèmes sociaux et légaux les plus complexes et de proposer des solutions durables, souvent basées sur des compromis honorables.

     

    Ses valeurs transparaissaient toujours dans son travail. Il respectait profondément l’opinion des autres, même quand elle était contraire à la sienne. Cette écoute et cette ouverture formaient le coeur de ce que j’appelle « la méthode de M. Ryan ».

     

    Lorsqu’il avait un dossier épineux à gérer — et il en avait beaucoup ! —, il assoyait ensemble une panoplie d’intervenants, dont certains aux visions totalement opposées. Il démarrait la conversation puis prenait des notes assidûment dans son éternel petit calepin noir, un legs de ses années de journalisme.

     

    Il proposait ensuite la meilleure solution possible en bâtissant des consensus. Et ça fonctionnait ! Les leaders politiques d’aujourd’hui peuvent en tirer des leçons.

     

    Québec français

     

    Claude Ryan a offert des solutions dans des dossiers aussi sensibles que les écoles illégales et la langue d’affichage. Il a réussi à maintenir le visage prédominant du français au Québec, tout en évitant le recours continuel à la « clause nonobstant ». Il conciliait ainsi les intérêts supérieurs de la société et la protection des droits individuels.

     

    Homme de proximité, Claude Ryan était soucieux de tous les citoyens, indépendamment de leur scolarité, de leur rang social ou de leur statut économique.

     

    Je ne compte plus les fois où nous avons dû le tirer par la manche pour ne pas arriver en retard à une réunion, parce qu’il était plongé dans une discussion avec les employés qui opéraient les ascenseurs de notre immeuble. Je me souviens aussi de l’insistance qu’il mettait à répondre à tout son courrier personnellement, envoyant à chacun une lettre unique. Inutile de vous dire combien ses secrétaires étaient débordées !

     

    Claude Ryan est aussi celui qui m’a appris à m’entourer de jeunes gens brillants comme conseillers politiques. Quand je l’ai connu, il avait un chef de cabinet de 19 ans à peine. Il vantait la fougue et de l’indépendance d’esprit de la jeunesse.

     

    C’est lui qui m’a donné ma chance d’en arriver là où je suis aujourd’hui, d’abord en me nommant à la Commission d’appel sur la langue d’enseignement, puis à la présidence de l’Office des professions du Québec. Notre amitié est sans aucun doute l’une des plus enrichissantes que j’ai connues.

     

    Ce mentor m’a enseigné une méthode et des valeurs vers lesquelles je m’efforce de tendre quotidiennement. Voilà pourquoi je tiens à joindre ma voix à celle de tous les Québécois pour commémorer son héritage et le remercier du fond du coeur.


    Thomas Mulcair - Chef de l’opposition et du Nouveau Parti démocratique, ancien député et ministre québécois













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