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    Vote à Trois-Rivières

    Un test pour l’offensive de la santé publique sur la fluoration de l’eau

    13 janvier 2014 |Jessica Nadeau | Québec
    <em>« Si Trois-Rivières va de l’avant, ça va être la seule et première grosse ville qui va embarquer dans le programme national de fluoration»,</em> affirme le conseiller municipal François Bélisle.
    Photo: Source Canal Z « Si Trois-Rivières va de l’avant, ça va être la seule et première grosse ville qui va embarquer dans le programme national de fluoration», affirme le conseiller municipal François Bélisle.

    Souhaitant recommencer à fluorer l’eau municipale, le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, demandera un vote le mois prochain pour lever le moratoire. Si le résultat est positif, la municipalité pourrait aller de l’avant « très rapidement » dans ce dossier extrêmement controversé. Et dans les deux clans, on suit de près ce vote qui aura une incidence déterminante sur la tournure que prendra l’offensive de la santé publique pour fluorer l’eau des Québécois.

     

    « Si Trois-Rivières va de l’avant, ça va être la seule et première grosse ville qui va embarquer dans le programme national de fluoration, affirme le conseiller municipal François Bélisle. Symboliquement, ça va donner espoir à tous ceux qui souhaitent ramener la fluoration dans de grandes proportions, ça va envoyer le message que ça vaut encore la peine de continuer dans ce programme. Mais si Trois-Rivières décide, comme Gatineau, de ne pas aller de l’avant, ça va signer l’arrêt de mort de ce programme. »

     

    François Bélisle ne s’en cache pas, il va voter contre, car il estime que c’est « une méthode un peu dépassée » pour combattre la carie dentaire. Il n’est pas le seul à être de cet avis au sein du conseil municipal, mais, selon ses calculs, le vote de février devrait être acquis au retour de la fluoration à Trois-Rivières.

     

    Le nouveau conseil municipal a reçu les représentants des deux clans — les militants antifluor et la santé publique — en décembre dernier pour être en mesure de prendre une décision rapidement. La Ville, qui a fluoré son eau pendant près de quarante ans, avait arrêté le processus lors des travaux de réfection de l’usine de traitement de l’eau potable en 2008.

     

    En 2012, malgré la fronde dirigée par les militants antifluor, le conseil municipal avait décidé de reprendre le processus, signant une entente avec le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dans le cadre du programme national de fluoration. La Ville s’engageait à fluorer l’eau sur une période de vingt ans. Le ministère, en contrepartie, assumait tous les coûts.

     

    Le dossier semblait clos, mais, coup de théâtre au printemps dernier, le conseil municipal a décidé d’imposer un moratoire sur la fluoration, le temps que Québec se penche sur le dossier. Une commission parlementaire était attendue et la Ville souhaitait voir les conclusions du rapport avant de s’engager davantage dans le processus. Lors de cet exercice devant les élus de Québec, le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, avait demandé à Québec de trancher une fois pour toutes et d’imposer sa décision aux villes qui, selon lui, n’ont pas les compétences pour prendre une telle décision. Dans son rapport, rendu public en avril dernier, la commission optait plutôt pour le statu quo.

     

    « Comme élu, on peut bien dire que c’est à Québec de décider, mais il faut finalement trancher. Comme dans d’autres dossiers, je me fie à ce que j’ai entendu, affirme le maire en entrevue au Devoir. D’un côté, on avait deux messieurs — un ancien professeur de gymnastique et un naturopathe — qui nous disent que c’est poison. Et de l’autre côté, on a l’Agence de santé, l’Ordre des dentistes et celui des médecins, qui ont des codes de déontologie et qui sont redevables. Ma décision est facile à prendre. »

     

    Il refuse de se prononcer sur le résultat attendu, disant vouloir laisser les conseillers voter. Mais si tout va comme prévu, il estime être en mesure de commencer rapidement, l’étape des plans et devis étant déjà bien entamée. Si la Ville décidait plutôt de revenir sur sa décision, elle devrait alors rembourser le ministère pour les frais déjà engagés, soit environ 50 000 $, estime le maire Lévesque.


    Effet domino

     

    Le vote de Trois-Rivières constitue un moment charnière dans l’offensive de la santé publique pour fluorer l’eau. Dans les années 1990, environ 15 % de la population avait accès à de l’eau fluorée. En 2005, le gouvernement lançait le programme québécois de fluoration de l’eau, espérant faire passer le taux de pénétration de 7 à 50 % pour 2012. Aujourd’hui, on est sous la barre des 3 %.

     

    Ce programme fut un véritable « échec », de l’aveu même du directeur national de santé publique, Horacio Arruda, en avril dernier. C’est pourquoi ce dernier disait, en juillet dernier, vouloir intensifier l’offensive dans une ultime tentative de fluorer l’eau que boit la moitié de la population d’ici cinq ans.

     

    « C’est un vote très important, cela est certain, affirme le président de l’Ordre des dentistes du Québec, Barry Dolman, qui milite pour la fluoration de l’eau pour le plus grand nombre. Ça prend l’initiative d’une grande ville du Québec pour avoir un effet domino, car chaque ville regarde l’autre pour voir ce qu’elle va faire […] Je ne sais pas si Trois-Rivières va être la clé, mais chaque acte a un effet. Et un vote pour remettre de l’avant la fluoration va être encourageant pour notre démarche, à titre de protecteur du public, pour pousser beaucoup plus fort dans les autres grandes villes. »

     

    Même son de cloche du côté des écologistes qui, après avoir fait tant d’efforts ces dernières années, craignent aujourd’hui le pire. « On pensait qu’on avait une majorité en notre faveur lors de notre présentation au conseil, mais il semble que les conseillers ont été très impressionnés par la démagogie de la Direction de la santé publique », se désole Philippe Giroul, porte-parole de la Coalition trifluvienne pour une eau très saine (CTETS).

     

    Un échec à Trois-Rivières serait un dur coup, convient-il. Mais la coalition n’a pas encore dit son dernier mot et étudie avec intérêt la possibilité de lancer un recours collectif contre la Ville sous prétexte que « les citoyens risquent de se faire intoxiquer par un produit illégal ». Ce serait, selon Philippe Giroul, l’ultime option. « Si on continue la bataille, ça va être dans ce sens-là. »













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