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    Sommes-nous un peuple?

    3 janvier 2014 |Brigitte Haentjens, Sébastien Ricard, Pierre-Laval Pineault, Jean-Martin Johaans et Jean-Sébastien Pineault - Membres du Regroupement citoyen le Moulin à paroles | Québec
    La répression brutale de la rébellion des Patriotes en 1837 a désarmé la prise de conscience par le peuple de son pouvoir.
    Photo: Renaud Philippe - Le Devoir La répression brutale de la rébellion des Patriotes en 1837 a désarmé la prise de conscience par le peuple de son pouvoir.

    Au Québec, le peuple est le grand absent de la vie politique. Tout se fait sans lui, par-dessus sa tête, et depuis longtemps. Certes, il participe à tous les rituels de la démocratie, dont ses élus se réclament aussi pour fonder leur autorité. Or, cette participation même fait disparaître et le peuple et l’autorité.

     

    Pourtant, ce peuple a déjà été présent dans l’histoire, pesant de tout son poids sur les institutions politiques coloniales, les faisant grincer, craquer, se tordre et au final les entravant, les immobilisant.

     

    La répression brutale de la rébellion des Patriotes en 1837 a désarmé la prise de conscience par le peuple de son pouvoir. La pensée républicaine, qui, ailleurs, bouleverse l’ordre établi, s’éteint ici pour un siècle.

     

    Cette longue éclipse va favoriser toutes les corruptions, en premier lieu celle de la parole, puis celle du récit, des symboles et des institutions, creusant un écart grandissant entre nous et toutes les représentations de nous-mêmes, jusqu’à la rupture.

     

    Errants, désastrés, inconscients d’être dès lors aspirés dans l’orbite de l’Autre, nous cherchons désespérément dans son regard une confirmation de ce que nous sommes.

     

    Peine perdue ! Ce que nous sommes — cette liberté qui nous définit — n’a plus droit de cité. L’image que l’on nous renvoie et à laquelle nous devons nous conformer dorénavant est tronquée, amoindrie, tragiquement réduite.

     

    Nous nous désâmons pourtant à nous y ajuster au nom d’un possible avenir : c’est le passage obligé, le goulot d’étranglement. Épuisés, éreintés et meurtris, ce qui nous tient est cette promesse de parvenir, dans le renoncement admis de nous-mêmes, au triomphe de l’Autre.

     

    Or, il faut que notre défaite soit permanente pour que le triomphe de l’Autre soit pérenne. L’Assemblée nationale sert de cadre exemplaire à cette défaite. C’est en levant le voile sur son impuissance programmée que l’on révèle son rôle crucial : l’Assemblée nationale est la clé de voûte d’un système fondé sur l’invalidation du peuple.

     

    Cette démocratie est une véritable servitude. Cette servitude est notre condition de peuple et, comme elle nous est intolérable, il nous faut donc la voiler.

     

    Comme peuple, nous avons employé toute notre force politique à cette seule fin : nous cacher la réalité de notre servitude, l’oublier et, pour finir, nous abuser nous-mêmes sur cet oubli. Cette servitude est notre absence. Et cette absence est tabou.


    Brigitte Haentjens, Sébastien Ricard, Pierre-Laval Pineault, Jean-Martin Johaans et Jean-Sébastien Pineault - Membres du Regroupement citoyen le Moulin à paroles













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