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    L’UPAC n’arrive pas à ébranler financièrement le crime organisé

    L’unité anticorruption a pourtant connu une année record en 2013

    17 décembre 2013 |Brian Myles | Québec
    Le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière a dévoilé lundi les résultats obtenus par l’UPAC en 2013.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière a dévoilé lundi les résultats obtenus par l’UPAC en 2013.
    L’UPAC en chiffres

    Voici les principales statistiques opérationnelles de l’UPAC en 2013.

    1250 signalements de citoyens, en hausse de 40 % sur un an.
    66 arrestations, principalement pour fraude envers le gouvernement, complot, trucage d’appels d’offres et abus de confiance.
    30   millions de dollars réclamés en amendes pour des fraudes fiscales à Revenu Québec.
    7000 personnes rencontrées, dans les ministères, villes et organismes publics, afin de faire de la prévention.
    3000 entreprises ou individus visés en vertu de la nouvelle loi sur l’intégrité.

    L’Unité permanente anticorruption (UPAC) a connu une année record en 2013 avec 66 arrestations et l’imposition d’amendes de 30 millions pour fraude fiscale. Malgré ce succès, l’escouade peine à récupérer les millions détournés dans les paradis fiscaux par les as de la corruption.

     

    Depuis sa création, l’UPAC a obtenu des ordonnances de blocage pour 16 millions (en biens et en argent). « Je suis conscient que c’est peu, et j’aimerais qu’on en récupère plus », affirme le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière, dans le cadre de son bilan annuel.

     

    Le crime organisé a connu une belle courbe d’apprentissage au fil des ans. Elle est révolue l’époque pas si lointaine où les Hells Angels de l’an 2000 cachaient leurs liquidités dans des boîtes à chaussures, dans un appartement d’Anjou servant de « banque ».

     

    Les motards d’aujourd’hui possèdent presque tous des entreprises légitimes. Ils ont été fort habiles à intégrer l’industrie de la construction pour blanchir les profits de leurs activités criminelles.

     

    L’adage veut que l’argent soit « le nerf de la guerre » dans la lutte contre le crime organisé. C’est la partie la plus difficile dans le travail de l’UPAC.

     

    Les corrupteurs peuvent compter sur une armée de facilitateurs (avocats, notaires, fiscalistes) pour faire transiter les profits de leurs activités illicites d’un pays à un autre. « Le crime organisé, sa force est de flairer où il y a de l’argent à faire. On a vite compris comme faire de l’argent, éluder [l’impôt], le blanchir et le transférer dans d’autres pays. Ce n’est pas demain la veille qu’on va assommer le crime organisé », reconnaît M. Lafrenière.

     

    De son bureau de la rue Fullum, Robert Lafrenière a une vue imprenable sur le port de Montréal, la porte d’entrée de la drogue, et sur le Stade olympique, un monument à la gloire de la corruption.

     

    « On a une belle vue, mais je n’ai pas vraiment le temps de regarder », dit-il en riant.

     

    En 2013, l’UPAC a connu une année occupée, avec 1250 signalements (une hausse de 40 %). Chaque fois qu’une opération d’envergure a été médiatisée, la ligne 1 888 de l’UPAC s’est mise à sonner.

     

    L’Unité a réussi des coups d’éclat en arrêtant les maires de Laval (Gilles Vaillancourt), de Montréal (Michael Applebaum) et de Saint-Constant (Gilles Pépin).

     

    M. Lafrenière est particulièrement heureux du dénouement de la plus récente affaire de corruption à Châteauguay.

     

    L’arrestation de Jacques Roy, de René et Éric Lafrance et de Michel Bergevin est le résultat d’un choc des valeurs. Les quatre présumés complices pensaient qu’ils pourraient faire main basse sur des terrains convoités comme à la belle époque, en offrant des pots-de-vin à la mairesse.

     

    Nathalie Simon a riposté à cette tentative de corruption en dénonçant le quatuor à la police.

     

    « C’est un acte méritoire, estime Robert Lafrenière. Il y a beaucoup d’élus qui nous ont dit depuis quatre ans qu’ils avaient eu des offres d’enveloppes. Mais à ma connaissance, c’est à peu près la première fois que quelqu’un nous le signale et continue à collaborer avec nous jusqu’à la conclusion de l’enquête. »

     

    Les élections de novembre dernier ont marqué la fin de la récréation pour quelques potentats locaux. « Il y a un gros changement, mais il y a encore des poches de résistance. On le voit dans nos signalements. Il y a encore des gens qui pensent que c’est correct de faire ça [la collusion ou la corruption] », se désole M. Lafrenière.


    Appel à la vigilance

     

    Depuis la création de l’escouade Marteau (l’ancêtre de l’UPAC) en 2009, le marché de la collusion s’est refroidi.

     

    Le prix des contrats publics dans les municipalités a chuté de 30 à 35 %, selon les estimations. Le ministère des Transports du Québec (MTQ) aurait épargné 240 millions en 2013 seulement.

     

    M. Lafrenière profite du bilan annuel de l’UPAC pour rappeler l’importance de « ne pas baisser la garde ».

     

    « Il ne faut pas penser que le problème de corruption et de collusion au Québec est réglé. Ça prend une vigie, ça prend une permanence », insiste-t-il.

     

    Dotée d’un budget de 47 millions et d’une équipe de 320 personnes (en incluant les membres de la défunte Escouade de protection de l’intégrité municipale de Montréal), l’UPAC est la mieux placée pour assurer cette vigie, croit-il.

     

    Dans cet esprit de vigie, le personnel de l’UPAC a rencontré 7000 personnes dans les organismes publics, dans le cadre de ses séances de prévention de la collusion et de la corruption.

     

    En 2014, M. Lafrenière espère que ces organismes pourront se doter de plans de gestion du risque. Il s’agit de mettre au jour les zones de vulnérabilité en matière de corruption ou de collusion, afin de fermer des portes mal verrouillées.

     

    Enfin, l’UPAC réserve peut-être de bien mauvaises surprises au Parti libéral du Québec. Les perquisitions menées aux locaux du parti, chez Schokbéton et Construction Garnier, s’inscrivent dans une vaste enquête sur le financement illicite de la formation politique.

     

    M. Lafrenière ne se prononce pas sur cette enquête qui est toujours en cours. « Personne n’est à l’abri, autant au provincial qu’au municipal, vous pouvez en être certain, dit-il. Ce sont des dossiers qui demandent du temps et qui sont importants. »













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