Loteries vidéo : Loto-Québec cible les pauvres

Le nombre total d’appareils de loterie vidéo peut désormais atteindre 12 000 au Québec.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le nombre total d’appareils de loterie vidéo peut désormais atteindre 12 000 au Québec.

Les appareils de loterie vidéo (ALV) de Loto-Québec appauvrissent les plus pauvres en ciblant les résidants des quartiers défavorisés, révèle un rapport de recherche inédit que Le Devoir a obtenu.

La moitié des résidants de la grande région de Québec vivent à moins d’un kilomètre d’un bar, d’un restaurant ou d’une taverne qui offre des ALV, indique cette étude menée par la Direction régionale de santé publique (DSP) de la Capitale-Nationale. Plus les gens vivent dans un quartier défavorisé, plus ils ont accès facilement à des ALV, aussi appelés machines à vidéopoker, indiquent les chercheurs : les résidants des quartiers défavorisés de Québec n’ont ainsi à marcher que 660 mètres pour aller jouer à la loterie vidéo, alors que ceux des quartiers riches ont une distance médiane deux fois plus longue à parcourir (1325 mètres).

 

Plus important encore, 18 des 124 bars ou restaurants de Québec qui offrent des ALV sont situés dans les quartiers « très défavorisés », où les résidants sont peu scolarisés et vivent sous le seuil de la pauvreté — souvent dans des familles monoparentales. L’étude recommande de retirer les ALV de ces 18 établissements situés dans des secteurs de « forte défavorisation ».

 

Le rapport synthèse de 18 pages, obtenu par Le Devoir, résume deux vastes études commandées en 2012 par la DSP de Québec. Ces études très critiques envers Loto-Québec doivent être rendues publiques dans les prochains jours, indiquent nos sources.

 

Les responsables de la santé publique considèrent les appareils de loterie vidéo comme « le problème numéro un dans l’industrie du jeu ». Un joueur de vidéopoker sur cinq a un problème de jeu, soit 10 fois plus que pour l’ensemble des joueurs, selon la Santé publique.

 

La moitié des profits de Loto-Québec provient de ces appareils, qui sont devenus une vache à lait pour la société d’État. Le problème, c’est l’accessibilité : ces machines à vidéopoker sont situées dans les quartiers les plus peuplés, et souvent les plus défavorisés, indique l’étude de la DSP.

 

Le gouvernement Marois met de la pression sur Loto-Québec pour verser davantage de redevances dans les coffres de l’État : les profits de la société d’État doivent augmenter de 50 millions en 2013-2014 et de 90 millions en 2014-2015, a ordonné le ministre des Finances Nicolas Marceau dans son dernier budget.

 

Des guichets à portée de main

 

En plus de miser sur les appareils de loterie vidéo, Loto-Québec compte sur les casinos pour renflouer ses coffres : les maisons de jeu vendent de l’alcool dans les aires de jeu depuis juin dernier, une mesure jugée irresponsable par la Direction de santé publique.

 

Loto-Québec « contribue aux inégalités sociales » par sa gestion des ALV, indique cette fois la nouvelle étude de la DSP. Par exemple, les trois quarts des bars ou restaurants de Québec qui offrent des appareils de loterie vidéo (95 sur 124) ont aussi un guichet automatique sur place ; 23 établissements offrent même un guichet automatique en plein dans la section des ALV, à portée de main des joueurs.

 

Pour les chercheurs, c’est préoccupant, quand on sait que la nouvelle génération d’appareils de loterie vidéo accepte tous les billets de banque, même ceux de 20 $, de 50 $ et de 100 $. L’étude recommande de « limiter l’accès à l’argent » en s’assurant qu’aucun guichet n’est visible des ALV.

 

Tous les vieux ALV seront remplacés d’ici la fin de l’année 2013 par des appareils de nouvelle génération plus attrayants. De plus, le moratoire sur l’implantation de machines à vidéopoker a été levé par le gouvernement Charest en 2010. Le nombre total d’appareils peut désormais atteindre 12 000 au Québec ; 1107 de ces appareils se trouvent dans la région de Québec.

 

Éviter les dérapages

 

Les nouveaux appareils offrent des jeux plus diversifiés et un gros lot qui a doublé, de 500 $ à 1000 $, ce qui peut inciter les joueurs à dépenser davantage. Environ le quart des établissements contreviennent de diverses façons aux normes sur l’affichage en faisant la promotion du jeu, note aussi l’étude.

 

De plus, 11 lieux qui offrent des ALV se trouvent dans un rayon de 2,3 kilomètres du Salon de jeu de Québec. Loto-Québec s’était pourtant engagée au moment de l’ouverture du Salon de jeu, en 2007, à retirer toutes les machines à vidéopoker situées aux alentours, pour concentrer l’offre de jeu en un seul endroit.

 

L’étude recommande aussi de fermer les ALV à minuit, entre autres pour limiter les risques de dérapage dus à l’alcool. Ces appareils sont accessibles en moyenne 16 heures par jour, et même 18 heures par jour dans les établissements ayant plus d’une licence, estiment les chercheurs de la DSP.

 

Cette étude sur les appareils de loterie vidéo a été menée en partenariat avec le Centre québécois d’excellence pour la prévention et le traitement du jeu, affilié à l’Université Laval, et l’Institut national de santé publique du Québec.

44 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 21 novembre 2013 03 h 51

    Du pain et des jeux...

    Et s'ils n'ont plus de pain, qu'on leur donne des croissants!

  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 21 novembre 2013 04 h 04

    C'est normal! Les riches en ont suffisamment!

    Tant et aussi lontemps que le gouvernement investira dans le jeu, il ne fera qu'attirer les plus pauvres qui, en jouant, espèrent s'en sortir. Les riches en ont déjà assez, alors ils courent moins vers les casinos. Normal, non?

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 21 novembre 2013 15 h 21

      Tout à fait. Les riches ne rêvent pas d'être riches ils le sont déjà, ou de voyages dans le sud, ils y vont déjà. Les autres achètent du rêve et passe du temps dont ils ne savent trop que faire.

      Cela n'a rien de nouveau, c'est juste beaucoup plus répandu. Quand j'étais enfant c'était ceux de la famille ou des amis les plus démunis qui achetaient des billet de lotteries alors illégaux.

  • Gilbert Fafard - Inscrit 21 novembre 2013 06 h 16

    Moralité douteuse

    Pour paraphraser Félix Leclerc.La meilleur façon de tuer un homme c'est de l'empêcher de travailler...et d'implanter des gobessous.La morale n'est certes pas une valeur prisée par notre société d'État.

  • Vincent Bussière - Inscrit 21 novembre 2013 07 h 16

    Les drogués du jeu!

    Je connais personnellement plusieurs ''addicte'' des jeux videos, ils sont sur le B.S. l'état reprends ce qu'elle leur donne, les rends dépressifs et en font des quêteux sur les coins de rues achalandées, les jeux de loterie de toutes sortes font beaucoup plus de pauvres que de riches et devraient êtres bannies, c'est la pire idée qu'a eu le maire Drapeau. Maintenant c'est l'état qui est devenu un addicte incontrolable qui en veux de plus en plus et qui gère mal les revenus de toutes sortes.

    • Daniel Bérubé - Abonné 21 novembre 2013 10 h 43

      Je me souviens, dans les années '60, avant que Loto-Québec n'existe, des billets de loterie de hokey se vendaient (illégallement), quantité de gens en achetaient (les vendeurs passaient sur les chantiers de constructions et autres). J'étais trop jeune pour travailler sur ces chantiers, mais si je me souviens bien, ce n'étaient pas par numéro tiré au hasard, mais étaient un temps donné d'un match de hokey, par exemple: 1 : 3 - 45 qui signifiait = 1ere période, à 3 minutes 45 secondes. Si un but était fait à ce temps précis, c'était le gros lot, une seconde avant ou après, prix moyen; 2 secondes avant ou après: petit prix. Presque tous y participaient, même si la chose était illégale. On dirait parfois que l'humain a besoin de ces forme de béquilles leur permettant parfois de "rêver" en couleur, voir même en 3-D... Reste à savoir si c'est une bonne chose de répondre à cette demande...

      Chose sur lequel je ne suis pas d'accord, c'est que ces billets soient OFFERT à chaque client au moment de régler la facture, que ce soit au restaurant, à l'épicerie, à la tabagie... je serais entièrement d'accord que l'offre soit interdite. Imaginez, celui ou celle au prise avec des problème de jeux, et qui en allant chercher son litre de lait, se fait offrir la chose à chaque fois... pourquoi ne pas offrir des cigarettes à ceux qui viennent d'arrêter de fumer ! C'est vrais que... (je vais sans doute en choquer certains...) un cancer de poumon coûte plus cher à traiter qu'un suicide... (remarquez que j'en suis choqué moi-même...)

      La société d'aujourd'hui fonctionne sur ces principes : ne considérer que les points positifs. Comme l'exploration et l'exploitation des richesses naturelles, considérer les profits, mais pas les pertes. Et... le mur approche...

    • Jacques Moreau - Inscrit 21 novembre 2013 11 h 40

      La pire idée du maire Drapeau? Je crois qu'il a aussi eut l'idée de la taxe de vente. Je me souviens que cette taxe était "municipale" et plus ou moins importante selon la ville ou vous magasiniez. La "taxe volontaire" du maire Drapeau a subit le même sort que la taxe de vente; elle a été "confisquée" par les gouvernements supérieurs.

  • Yves Perron - Inscrit 21 novembre 2013 07 h 21

    Mauvais combat

    Que les appareils soient accessibles ou pas ne règle pas le problème de base. Quand une personne n'est pas bien ou s'ennuie dans la vie elle va chercher une façon de trouver un exutoire, que ce soit l'alcool, la drogue ou le jeu et la distance à parcourir n'y est pour rien. IL est de loin préférable que le gouvernement (loto Québec) exploite ces vices et se serve d'une partie des profits pour ÉDUQUER et soigner ces malheureux. Je le sais , je suis passé par là bien que je ne soit pas un joueur compulsif de nature . J'ai pu OBSERVER la plupart de ces joueurs joueuses et me rendre compte que à la base c'est le mal de vivre qui est la source du malheur, pas les machines de jeu.

    • France Marcotte - Abonnée 21 novembre 2013 09 h 14

      Être pauvre, c'est une assez bonne raison d'avoir le mal de vivre.

    • Michel Bédard - Inscrit 21 novembre 2013 09 h 35

      D'accord, mais exploiter villement les faiblesses des gens, c'est honteux.

    • ronald tremblay - Inscrit 21 novembre 2013 15 h 31

      Quelle incompréhension crasse ou très coupable de l'exploitation de la misère ; les profits de Loto-Québec comme l'ensemble des ''profits'' récoltés par le Gouv ne vont qu'à éponger les dettes d'emprunt et les salaires de centaines de milliers de fonctionnaires surpayés à l'indice de productivité de 30%. L'éducation des pauvres diminuerait sensiblement les profits de Loto-Q ; actuellement Loto-Q se creuse les méninges pour appâter toujours plus de joueurs par la simplification de la procédure. de toute façon ,pour les Gouv succèssifs, les revenus de ces entreprises frauduleuses et à la limite du criminel, sont maintenant indispensables et il faudra des politiciens très courageux pour dénoncer cette gigantesque fraude de taxation des pauvres et du public en général.

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 novembre 2013 20 h 03

      Monsieur Tremblay,

      C'est quoi, un indice de productivité, et comment cela se calcule-t-il?

    • Hélène Thompson - Inscrit 22 novembre 2013 07 h 20

      M.Auclair, c'est très facile à calculer! Il suffit de dire un chiffre qui fait notre affaire dans la conversation. Essayez! Vous verrez c'est super facile de faire de grandes envolées. C'est une genre de botte secrète. Mais il ne faut pas trop l'utiliser, sinon on se fait pincer. Comme Éric Duhaime.