Encore de la bisbille à la FTQ

Dans un communiqué de presse pour défendre son programme à titre d’aspirant secrétaire-général de la FTQ, Serge Cadieux écrivait être «inattaquable au plan de l’intégrité et de l’éthique ».
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans un communiqué de presse pour défendre son programme à titre d’aspirant secrétaire-général de la FTQ, Serge Cadieux écrivait être «inattaquable au plan de l’intégrité et de l’éthique ».

Québec — L’amitié de Serge Cadieux, l’un des deux dauphins de Michel Arsenault, avec l’ex-président de la FTQ-Construction Richard Goyette sème l’inquiétude au sein du mouvement syndical qui craint de nouveaux « squelettes dans le placard ». À moins de deux semaines du vote, le syndicat des cols bleus de Montréal va jusqu’à demander aux membres du Bureau de la FTQ de reconsidérer sa candidature à titre de secrétaire général.

« Nous ne lui faisons pas confiance […] Nous croyons qu’il n’est pas trop tard pour un changement de plan, et celui-ci s’impose », écrit Michel Parent, président du syndicat des cols bleus de Montréal dans une lettre envoyée lundi aux membres du Bureau de direction de la FTQ et directeurs des syndicats affiliés à la FTQ dont Le Devoir a obtenu copie.

Ce dernier appuie l’aspirant président, Daniel Boyer, mais pas son colistier Serge Cadieux. Il avoue avoir été furieux en entendant Michel Arsenault le désigner comme étant un candidat de la « continuité ». Il ne s’est pas caché pour faire part de ses réticences le soir même au président sortant.

Il faut dire qu’un long conflit oppose les deux hommes. En 2005, Michel Parent employait la femme de Serge Cadieux de même qu’une dizaine d’autres employés au syndicat des cols bleus, représentés par le Syndicat des employés professionnels de bureau qui était alors présidé par Serge Cadieux. Dans sa lettre, il accuse Serge Cadieux d’« ingérence directe » dans les négociations et lui reproche d’avoir « réussi à foutre le bordel avec des méthodes peu reluisantes ». En entrevue au Devoir, Michel Parent ne se gêne pas pour dire qu’à ses yeux, Serge Cadieux n’est « pas intègre ».

«Mon ami, M. Goyette»

Michel Parent n’est pas le seul à se questionner sur le passé de Serge Cadieux, qui était pourtant, en 2010, l’un des premiers à réclamer le départ de Michel Arsenault et l’adoption d’un code d’éthique. Dans un communiqué de presse pour défendre son programme à titre d’aspirant secrétaire-général de la FTQ, Serge Cadieux écrivait être « inattaquable au plan de l’intégrité et de l’éthique ».

Or, sous le couvert de l’anonymat, différentes sources ont affirmé craindre le pire en raison de son amitié avec Richard Goyette, bras droit de Jocelyn Dupuis à la FTQ-Construction. « Ce n’est pas un crime d’avoir des amis, mais lorsque l’on dit qu’on va faire preuve de transparence et qu’on apprend qu’il est ami avec Richard Goyette et qu’il passe ses fins de semaine avec lui à Pointe-aux-Trembles, c’est une question de jugement, pas besoin de code d’éthique pour ça, affirme une source sous le couvert de l’anonymat. Ce n’est pas permis d’être ami avec Goyette et d’être à la tête de la FTQ. C’est un gros squelette. »

En entrevue au Devoir, Serge Cadieux confirme qu’il est un ami de longue date de Richard Goyette, avec qui il a étudié le droit à l’époque. C’est même sur sa recommandation que Richard Goyette a obtenu un poste de professeur à l’Université de Montréal. « Mon ami, M. Goyette, c’est quelqu’un que je connais depuis 30 ans, c’est quelqu’un que je n’ai pas vu depuis les deux dernières années à cause des événements qui se passent présentement. Mais je ne renierai pas que c’était mon ami, j’ai vu grandir ses enfants, il a vu grandir mes enfants. »

La distance de Cadieux

Serge Cadieux se dit « en désaccord » avec les présumés liens de Richard Goyette avec le caïd Raynald Desjardins et les élections truquées à la présidence de la FTQ-Construction en 2008. Mais il se défend d’avoir été mis au courant de quoi que ce soit à l’époque. « Ben non, je n’étais pas au courant de cela !, lâche-t-il, un brin exaspéré au téléphone. Richard Goyette n’est jamais venu me voir pour me dire : je suis supporté par tel ou tel groupe à mon élection à la FTQ-Construction. Il ne m’a jamais parlé du crime organisé. »

Pour Serge Cadieux, cette vieille amitié avec un homme dont le nom a été cité à maintes reprises à la commission Charbonneau ne constitue pas un obstacle à son élection. « Je n’ai rien à me reprocher. Moi, je ne côtoie pas le crime organisé, j’ai pas tripoté dans aucun compte de dépenses […] Pour moi, ce n’est pas un squelette dans le placard, je ne peux pas contrôler ce que des amis que j’ai eus ont pu faire, mais je me suis dissocié de ça, ça fait deux ans que je ne parle pas à Richard Goyette, je pense que c’est assez clair. »

Depuis un peu plus d’un mois, Serge Cadieux siège au conseil d’administration du Fonds de solidarité. Le syndicat des employés professionnels de bureau, dont il est issu, ne compte pas assez de membres pour se classer parmi les neuf syndicats les plus importants représentés sur le CA du Fonds. Il a donc été élu par les actionnaires, et non par la FTQ, lors d’une assemblée générale qui s’est tenue le 28 septembre dernier. Il remplace l’ancien directeur québécois des Travailleurs canadiens de l’automobile (TCA), Sylvain Martin, dont le syndicat a fusionné avec le SCFP.
7 commentaires
  • Guy Vanier - Inscrit 19 novembre 2013 04 h 17

    C'est compliqué pour les profanes!

    Je suis ça depuis quelques temps et je commence à en perdre mon latin!!
    Immagniner une personne de l'extérieure du Québec qui nous regarde allez avec ce qui se passe chez nous présentement........mafia, corruption, les débats interminables à l'assemblée nationale, ça tire de tout les bords en même temps.
    Heureusement que nous commençons à nous réveiller. je crois que le printemps érable nous a aidé et nous devons continuer pour nos jeunes.

  • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 19 novembre 2013 08 h 58

    Erratum

    «Il remplace l’ancien directeur québécois des Travailleurs canadiens de l’automobile (TCA), Sylvain Martin, dont le syndicat a fusionné avec le SCFP.»

    C'est avec le SCEP (Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier) que les TCA on fusionné et non pas avec le SCFP (Syndicat canadien de la foncton publique). La fusion a donné naisance à UNIFOR.

  • Danielle Pelletier - Inscrite 19 novembre 2013 09 h 36

    Ah les syndicats!

    Il va falloir que les syndiqués se réveillent et s'apperçoivent que tous ces conseillers une fois qu'ils sont dans la potion magique qui ne leurs appartiennent pas se servent comme ils veulent. Pourquoi qu'il ne devrait pas avoir une ristoune si tu en as pas profiter tels que pour une grève. Ce surplus devrait être divisé à part égales en ristourne. Il y a trop de syndicats au Qc ce qui à mon avis, les voleurs savent ou aller piger. Moi, qui a travaillé dans la fonction publique pendant 36 ans, j'en ai profiter à peine et pire car dans le réseau de la santé interdiction de grève... Lorsque j'en ai utilisé, je ne pouvais avoir un avocat de la CSN mais plutôt un conseiller pour un arbitrage et de plus l'arbitre aurait appliquer noir sur blanc ce qui est indiqué dans la convention. Pourquoi se mettre dans la gueule du loup. Est-ce qu'il faut aller dans une autre cour. Beaucoup de réflexions à faire et je dirais même chose pour l'asurance-chômage, si tu ne l'utilises pas, une ristourne devrait être payable en ristour pour toi ou pour tes enfants qui se font abuser par des nouvelles règles.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 novembre 2013 11 h 07

      Et moi, je veux que mon assurance privée me rembourse ma prime si je ne fais pas de réclamation dans l'année...

  • Real Melancon - Inscrit 19 novembre 2013 14 h 50

    Devenus trop gros

    Les syndicats sont trop gros. Les cotisations coûtent de plus en plus cher aux cotisants, qu' on aime bien appeler les travailleurs et les travailleuses. À quoi sert votre syndicat ?

    C'est une machine à pomper des piastres qui s'auto-nourrit et qui est devenue obèse. Dirigés par des gros colons, dont le langage s'apparente plus au jobbers, qu'aux dirigeants administrateurs compétents.

    Si les cotisations n'étaient pas obligatoires, combien de cotisants sortiraient du système ?

  • Diane Veilleux - Inscrite 20 novembre 2013 19 h 25

    Trop chers????

    Les cotisations sont au pourcentage! Si ils vous coûte de plus en plus cher c'est que votre salaire augmente de plus en plus. Et si vous pensez que vous gagneriez le même salaire, regardez de combien ont augmenté le salaire des non syndiqués d'année en année. Et pour votre information, les dirigeants syndicaux sont le reflet de leurs membres puisqu'ils viennent tous de leur base, vous et les autres, sans compter qui ont tendance à prendre la couleur du secteur d'activités au sein duquel ils sont. Le pommier ne donne pas de fraises! D'autant plus si vous et ceux comme vous qui n'ont pour ainsi dire jamais mis les pieds aux assemblées n'ont que ce qu'ils méritent, tout comme ceux qui ne votent pas lors des élections, fédérale, provinciales ou municipales.

    Le syndicat c'est vous, messieurs, dames.

    Diane Veilleux,