Le PLQ plongé dans l’embarras

Le chef du PLQ, Philippe Couillard, était introuvable vendredi pour commenter ces révélations.
Photo: Pedro Ruiz - Archives Le Devoir Le chef du PLQ, Philippe Couillard, était introuvable vendredi pour commenter ces révélations.

L’Unité permanente anticorruption (UPAC) enquête sur un système de financement occulte en échange de contrats publics au Parti libéral du Québec (PLQ) impliquant au moins 11 personnes, selon des documents judiciaires obtenus par un consortium de médias dont fait partie Le Devoir.

Ces révélations sont suffisamment embarrassantes pour plonger le chef du PLQ, Philippe Couillard, dans le mutisme. M. Couillard était introuvable vendredi.

 

Désigné pour parler au nom du chef, le porte-parole libéral en matière de sécurité publique, Robert Poëti, a affirmé que ni lui, ni Philippe Couillard ne savaient si parmi les 11 personnes visées se trouvaient des responsables du parti. « L’important aujourd’hui [vendredi], c’est que des gens qui seraient mentionnés, les 11 ou autres, est-ce qu’ils sont toujours au Parti libéral ?, a-t-il avancé. S’il y a des gens du parti, à ce moment-là, M. Couillard va prendre des décisions. »

 

La première ministre Pauline Marois s’est refusée à tout commentaire, se contentant de « souhaite[r] tout simplement que la justice suive son cours ».

 

Selon nos sources, les enquêteurs s’intéressent à Violette Trépanier, une ex-ministre sous Robert Bourassa qui s’est occupée du financement du PLQ dans sa seconde carrière, et à Robert Parent, directeur général de la formation de 2003 à 2008. Les deux ont été rencontrés par les policiers.

 

Les libéraux ne sont pas au bout de leurs peines dans cette histoire. L’octroi des contrats est « le résultat […] d’un exercice d’influence », peut-on lire dans des documents lourdement caviardés. « Pour certains contrats, le processus d’octroi a été contrôlé », ajoute le document. L’enjeu est de « plusieurs millions ».

 

Des individus non identifiés auraient versé de l’argent comptant, dans des enveloppes, lors d’activités de financement du PLQ, dans l’espoir d’obtenir de lucratifs contrats en retour.

 

Les documents sont abondamment censurés afin de ne pas compromettre les enquêtes toujours en cours. « […] toute sorte de fuite dans ce dossier risquerait de compromettre l’intégrité de l’enquête », écrit le policier Côté, dans sa demande pour garder les mandats sous scellés.

 

Les mots ou bouts de phrases communiqués aux médias, sur décision judiciaire, sont assez explicites : « contrats », « système », « organisation », « exercice d’influence », « objectifs de financement », « ami […] possiblement favorisé »…

 

Au final, les cibles de l’enquête auraient commis six types d’infractions criminelles, non précisées. Dans des dossiers de ce genre, on peut facilement penser à fraude, complot, fabrication et usage de faux, contribution d’un entrepreneur à une caisse électorale, corruption de fonctionnaire.

 

L’enquête est toujours en cours. Elle pourrait expliquer pourquoi la commission Charbonneau s’est montrée si frileuse à étudier la question du financement politique au sein des partis provinciaux. Plusieurs témoins, parmi les ingénieurs et les entrepreneurs, ont voulu aborder le sujet, mais ils ont été freinés dans leur élan.

 

Depuis le début de ses travaux, la commission Charbonneau a toujours attendu que l’UPAC fasse des arrestations avant d’aborder certains dossiers sensibles. Ce fut le cas de la collusion et de la corruption à Laval, sous la direction de l’ex-maire Gilles Vaillancourt, maintenant accusé de gangstérisme. L’UPAC est passée à Laval avant la commission Charbonneau.

 

Une enquête sensible

 

Les enquêteurs de l’escouade Marteau, rattachée à l’UPAC, ont attendu le déclenchement des élections de 2012 pour ouvrir le placard à squelettes du PLQ. Le projet Lierre a été lancé le 12 août, alors que les libéraux de Jean Charest étaient en campagne. L’enquête a réellement débuté « à l’automne », explique le policier Yanick Côté dans une déclaration assermentée présentée à un juge pour l’obtention des mandats de perquisition aux locaux du parti, à Montréal et à Québec.

 

Les perquisitions ont été menées discrètement, en juillet dernier, pendant que toute l’attention médiatique était dirigée vers la tragédie de Lac-Mégantic. La nouvelle a été ébruitée par des sources anonymes le 17 septembre, gâchant la rentrée parlementaire des libéraux.

 

L’escouade Marteau est en position de gâcher la prochaine campagne de Philippe Couillard. Les documents obtenus par Le Devoir font état de deux enquêtes : une sur le financement occulte du PLQ, et l’autre sur une activité de financement impliquant Nathalie Normandeau.

 

Une attente « regrettable »

 

À Québec, les libéraux savaient que les documents seraient rendus partiellement publics vendredi puisqu’ils étaient représentés par des avocats lors du débat sur la levée des scellés.

 

Le député de Chomedey, Guy Ouellette, est persuadé que le PLQ passera à travers cette tempête. L’enquête porte sur le passé de la formation, et non son avenir. Les policiers ont d’ailleurs confirmé à Philippe Couillard qu’aucun député actuellement en poste n’était visé par l’enquête, rappelle M. Ouellette.

 

« M. Couillard a dit qu’il voulait connaître la vérité. Personne n’est au-dessus des lois. S’il y en a qui ont fait des choses répréhensibles, s’ils sont accusés, je vais être le premier à être heureux. J’irai leur porter des oranges en prison », a-t-il commenté.

 

Amir Khadir, député de Québec solidaire dans Mercier, fut l’un des premiers élus à faire une enquête exhaustive sur l’utilisation des prête-noms par le Parti libéral, dès 2010.

 

M. Khadir et la chef de la formation, Françoise David, avaient répertorié 400 000 $ en dons illégaux faits au PLQ par des prête-noms, en provenance de quatre firmes de génie (Axor, SNC-Lavalin, CIMA + et BPR) pour l’année 2008 seulement.

 

M. Khadir juge « regrettable » que les policiers aient attendu deux ans avant d’enquêter sur le PLQ. « Je m’explique mal qu’ils aient pris autant de temps, a-t-il commenté. Il y a peut-être des exigences que j’ignore. »

 

Le fait que l’enquête ait commencé en pleine campagne électorale, alors que le contrôle des libéraux sur la machine gouvernementale se relâchait, n’est pas de nature à rassurer le député. « Ça paraît mal. C’est un « timing » qui ne va pas corriger les perceptions, estime-t-il. Il y a des éléments à la Sûreté du Québec qui se comportent comme des agents du politique. Il y a une trop grande proximité. Mais en même temps, il y a aussi des forces en interne qui poussent dans une autre direction, et j’ai bon espoir qu’elles vont l’emporter. »

 

 

Avec Robert Dutrisac

58 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 2 novembre 2013 00 h 36

    Plus que temps

    Tout le monde soupçonnait ces entourloupettes.

    Il est maintenant temps qu'ils justifient leurs gestes.

    • Fernand Lachaine - Inscrit 2 novembre 2013 09 h 58

      Le plus désolant et troublant c'est que le PLQ récolte encore une majorité de votes au Québec pourtant le PQ a fait plus en un an, positivement, que le PLQ en 9 ans.

    • Claude Champagne - Inscrit 2 novembre 2013 10 h 00

      IL n'y a rien qui peut justifient leurs gestes. Ils méritent des sanctions et la prison.

    • marc-andré simon - Inscrit 2 novembre 2013 13 h 08

      Généraliser le comportement de certains a tous est injuste. J espère que les médias et blogueurs qui répondent a ces textes seront aussi sévères lorsque le PQ sera visé. Ne pas oublier que Francois Legault était aussi au PQ....donc peu importe les partis, que les coupables paient sévèrement pour avoir sali la réputation de celles et ceux qui s impliquent pour les bonne raisons....

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 3 novembre 2013 05 h 05

      M. Simon, et concentrer l'attention sur certaines personnes quand on fait face à un système est tout aussi aberrant. Ce n'est pas le nom signé en bas du chèque, ou le paravent devant la scène qui est important, c'est le système derrière qui l'exige qu'il faut détruire !

      Enlever les joueurs ne fait que donner la place pour de nouveaux joueurs et comme vous dites; il faut protéger ceux qui s'impliquent pour les bonne raisons afin qu'ils ne soient pas entachés par le système au travers duquel ils doivent patauger. Il faut donc aller au fond des choses et non pas seulement frapper sur les têtes de turcs qu'on nous présente en pâture. Et essayer d'attirer mon attention sur une autre cible ne fonctionne pas avec moi, merci. Chacun son tour !

      Les coupables ne sont pas les têtes d'affiche, ce sont les ratoureux derrière ! Il faut fouiller jusque là, jusqu'au fond !

      PL

    • François Robitaille - Inscrit 3 novembre 2013 09 h 43

      @Fernand Lachaine: Le PQ, c'est une catastrophe économique, je ne vois pas ou vous voyez du bon dans ce parti, à part du militantisme aveugle. Nous aurons un système efficace quand les partis n'existerons plus. À mon avis bien sûr.

  • robert morin - Inscrit 2 novembre 2013 05 h 13

    proximité et procrastination programmée

    Parlant de proximité SQ - PLQ, il faudrait sans doute en parler à M. Poéti me semble-t-il...

    Les délais inexplicables dans les enquêtes et perquisitions concernant le PLQ, tout comme les descentes à profil très bas menées en juillet par l'UPAC, témoignent encore d'une puissante main mise libérale sur l'action policière, ce qui est fort inquiétant. Et si la Commission Charbonneau se met elle aussi à la remorque des corps policiers et s'empêche de faire la lumière sur les magouilles du PLQ au provincial, alors Charest aura gagné sa gageure et l'UPAC et Marteau auront servi d'écran ou de pare-feu efficaces contre l'enquête publique. Espérons que la Commission Charbonneau n'acceptera pas de jouer à ce petit jeu de cache-cache, mais ai-je raison d'en douter?

    • Claude Champagne - Inscrit 2 novembre 2013 10 h 13

      M. Morin, à ce jour je dois, nous devons avoir confiance dans le juge Charbonneau et la commission.

  • Serge Grenier - Inscrit 2 novembre 2013 06 h 01

    Le monde change

    «On a les politiciens qu'on mérite».

    Nous avons déjà changé, maintenant les politiciens doivent changer aussi.

    • Yves Côté - Abonné 2 novembre 2013 11 h 02

      L'ennui, Monsieur Grenier, c'est que pour changer de politiciens, ça va passablement moins vite que pour changer individuellement ...
      Luttons.

      Vive le Québec libre !

  • Gaston Langlais - Inscrit 2 novembre 2013 06 h 05

    Propos stupides...

    Bonjour,

    J'ai lu les propos stupides de M. Guy Ouellet. Une enquête qui porte sur le passé de sa formation politique, le PLQ, et non sur son avenir. Pour un ancien policier qui encaisse probablement deux sources de revenus (fonds de pension et salaire de député) on peut dire que la société en a pas pour son argent.

    Gaston Langlais - Gaspé.

    • rene poirier - Inscrit 2 novembre 2013 12 h 40

      En qualifiant les propos de M. Ouellet de stupides M. Langlais, vous êtes bien poli, non mais... quelle ineptie! Les libéraux ne connaissent pas la gêne.

    • Normand Carrier - Abonné 2 novembre 2013 15 h 58

      Les propos de Guy Ouellette et Robert Poéti me rappelle le comportement des motards criminalisés lors d'arrestations majeures et lorsqu'ils sont décimés en grand nombre qui disent ouvertement que les nouveaux remplaceront les anciens qui se sont faits prendre et que ce sera <business habituelle> .....Ils sont sans remords ces libéraux et efface le passée sans vergogne et se tournent vers l'avenir en croyant que les contribuables qui se sont fait avoir dans ces magouilles et cette collusion a leur profit oublieront le tout ...... Quel race de politiciens en effet .....

    • Robert Raymond - Inscrit 4 novembre 2013 21 h 52

      Je vais bientôt avoir 50 ans et je me souviens qu'étant tout petit j'entendais mon père fulminer contre ces magouilleux libéraux. Ils en ont passé des chefs depuis cette époque les libéraux. À chaque fois une nouvelle image. Ne regardez pas le passé. Maintenant c'est le nouveau parti libéral. Plus blanc que blanc. Comme une pub de savon à lessive. J'espère qu'ils aiment les oranges les rouges. ...Ah, au fait, c'est quand vous tous ici que vous avez vu un politicien en prison la dernière fois.

      Robert Raymond
      Souverainiste

  • Marino Tremblay - Abonné 2 novembre 2013 07 h 23

    Qui va enquêter sur la police?

    Les doutes s'accumulent contre notre belle police: délais d'enquète ineplicables, détournement de fonds spéciaux par trois dirigeants de le SQ, implication des agissements du policier Benoit Roberge sur le fonctionnement de la SQ, nomination du chef de la sécurité d'Hydro-Québec à la tête de la SQ et personne ne parle d'aucune corruption à Hydro-Québec, absence d'accusations dans le projet Diligence malgré des preuves évidentes.

    Qui était donc le procureur aux enquètes dans le projet Diligence et qu'est-il devenu?

    Qui peut enquèter sur la police à part la police? Devra-t'on attendre l'enquète du policier Benoit Roberge pour en apprendre plus sur le vrai fonctionnement interne de notre police?