FTQ : Arsenault est de plus en plus contesté

Le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Michel Arsenault, est de plus en plus contesté à l’interne.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Michel Arsenault, est de plus en plus contesté à l’interne.

Dans la foulée des révélations de la commission Charbonneau et des reportages publiés ces dernières semaines à son sujet, le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Michel Arsenault, est de plus en plus contesté à l’interne, a appris Le Devoir. Pourtant, il sera vraisemblablement réélu aux élections de novembre prochain.

 

« À l’interne, la grogne se fait de plus en plus sentir, affirme une source qui souhaite conserver l’anonymat. La contestation interne de Michel Arsenault est commencée, il s’accroche. » « Les gens sont mécontents, ils ne sont pas heureux de ce qui se dit sur la FTQ en ce moment. Je n’avais jamais entendu ça avant. Ce n’est pas unanime, mais on sent que s’il y avait un changement de garde, les gens ne seraient pas fâchés », soutient une deuxième source sous le couvert de l’anonymat.

 

Selon un proche du mouvement, « il est très dur d’être dans l’opposition à la FTQ, la pression vient assez vite, les gens sont ostracisés assez vite ». C’est pourquoi ils sont très peu à parler ouvertement. Alain Gagnon, président du syndicat national des employés de l’aluminium d’Aida (SNEAA) à Chicoutimi, ose pourtant défier l’omertà. « Je trouve ça bizarre parce que partout où je vais, les gens me disent que [ce qui se dit sur Michel Arsenault] n’est pas bon pour l’image de la FTQ et que ça laisse des traces. Mais ça ne sort pas. Personne n’ose le dire ouvertement, ça se fait toujours en cachette. Moi, je dis tout haut ce que les gens disent tout bas. »

 

La fronde manquée de 2010

 

En 2010 déjà, le syndicat d’Alain Gagnon avait fait un coup d’éclat en arrêtant de payer ses cotisations pour dénoncer les allégations qui unissaient le président de la FTQ au crime organisé. « On était des précurseurs en 2010, on a été un des seuls groupes à dire que Michel Arsenault n’avait plus sa place. On l’a dit en 2010, notre position est restée la même. Mais on ne contrôle pas ça. Les gens se lèveront et diront ce qu’ils ont à dire, mais nous, on l’a fait, et ça n’a pas marché. »

 

Il aimerait bien voir une fronde se lever contre le président de la FTQ, qui se représente aux élections de novembre, mais n’y croit pas beaucoup. « On va observer ça, mais en 2010, la fronde était censée être plus large et il n’y en a pas eu », affirme-t-il en laissant échapper un soupir amer.

 

Au syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Denis Bolduc, vice-président régional pour Québec, constate également de la grogne chez certains de ses membres. « Les gens que l’on représente dans le secteur des communications se sentent interpellés par la façon dont la FTQ réagit par rapport aux journalistes avec les moyens qui sont pris, comme la demande d’enquête sur les sources, affirme-t-il au Devoir. Notre secteur des communications a dit à Michel Arsenault qu’il était inconfortable avec les mesures qui étaient prises avec les enquêtes policières. Ça a été dit ouvertement lors du conseil général qui s’est tenu il y a un peu plus d’une semaine. »

 

Élections

 

Le problème, estiment plusieurs membres, c’est que malgré la contestation, Michel Arsenault va tout de même être reconduit pour un troisième mandat de trois ans à la tête de la FTQ. Le congrès de la FTQ, qui se tiendra à la fin novembre à Québec, permettra aux membres de voter pour le prochain président. Le porte-parole de la FTQ, Jean Laverdière, a déjà confirmé au Devoir que Michel Arsenault se présenterait à nouveau. Selon nos sources, aucune autre candidature n’a encore été annoncée. Et tous s’entendent pour dire qu’à moins de deux mois des élections, c’est quasiment mission impossible pour quiconque souhaiterait se présenter.

 

« Une candidature à la tête d’un gros syndicat comme cela, ça ne s’improvise pas, il faut aller chercher des appuis, se faire connaître dans tout le réseau, il faut généralement s’y prendre au moins un an d’avance, explique une source au Devoir. Je ne dis pas que c’est impossible pour quelqu’un qui songerait à remplacer Michel Arsenault à brûle-pourpoint, mais ce n’est pas une mince affaire, d’autant plus que Michel Arsenault est déjà connu de tous et a eu la chance de se défendre à maintes reprises. Si quelqu’un veut faire bataille contre lui, il arrive tard un peu. »

 

« Théoriquement, oui, un nouvel arrivé aurait des chances, mais c’est difficile, assure Denis Bolduc du SFCP après une brève hésitation. Ça dépend du candidat, mais s’il s’agit d’un inconnu, alors il n’a pas de chances, ça, c’est évident. » Lui-même a pourtant annoncé sa candidature à titre de secrétaire général du SCFP-Québec la veille de l’élection en 2011. « Je suis mal placé pour dire que ce n’est pas possible, mais je ne conseille pas ça à tout le monde ! »

15 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Abonné 5 octobre 2013 00 h 38

    Jeu dangereux ?

    Monsieur Arseneault joue un jeu dangereux qui minera sa crédibilité et celle du fonds de solidarité de la FTQ. À coup sûr, il perdra au change. Partir en guerre contre la Commission Charbonneau, laquelle reçoit l'assentiment de la population du Québec, pour la discréditer ou pour préserver son égo mal embouché, est une erreur qui ne pourra que lui nuire. Il lui serait préférable d'avouer ses fautes, s'il en a, que de mener cette guerre absurde. La population pardonne plus facilement à un fauteur de troubles repentant qu'à un matamore agressif qui veut imposer son point-de-vue et justifier ses malversations, s'il y a lieu, en se soustrayant à l'épreuve de la Justice...Vous êtes sur une pente glissante, Monsieur Arseneault, car le bon peuple n'aime pas les matamores.

  • Guy Vanier - Inscrit 5 octobre 2013 05 h 24

    Sont temps est fait!

    Il dois être remplacé. Les gens ne sont pas tous des idiots. Qui va investir son argent dans le fond de la FTQ avec ce type à la barre? Ça rapporte pas beaucoup et ça sera encore moins avec la décision de harper de couper l'avantage fiscale.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 5 octobre 2013 06 h 17

    Quand même étrange

    Je vous le dis : Mom Boucher transformerait les Hells en parti politique qu’ils auraient des chances ... et après, on viendra me parler de la charte et des valeurs québécoises. C’est à pleurer.

    • Gaston Bourdages - Abonné 5 octobre 2013 08 h 09

      Il existe de ces auteurs(es) d'opinion dotés(es) de superbes talents dont celui de fleurir d'un subtil humour certaines de ces situations de comportements humains qui nous donnent au coeur, à l'esprit, à la bouche voire à l'âme de tels mauvais goûts. Vous êtes de ces gens, Monsieur Boulanger et mercis à vous et à vos muses.
      Mes respects,
      Gaston Bourdages,
      Simple citoyen - ex-bagnard - conférencier - écrivain publié dont :«Examens de conscience...»
      Saint-Mathieu de Rioux, Qc.
      http://www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Denis Paquette - Abonné 5 octobre 2013 08 h 11

    les syndicats maintenant des pouvoirs économiques importants

    N'est ce pas la structure meme du syndicalisme qui est en train de poser problemes. Au québec nous avons toujours été friands d'homme fort, intransigeants, des individus ayant du quarisme et nous savons pourquoi. Ce qui m'amene a dire que la démocratie a l'intérieure des syndicats est une sorte de leure. Je sais , je sais on affirme pas une chose semblable, sans en faire la démonstration. Pour commencer admettons que la politique n'est pas la démocratie mais un type de leadership, voire des individus possédant des qualités precises, un charisme particulier, avoir beaucoup d'empathie et etre capable de la transmette. en fait etre suffisamment rusé pour pouvoir y parvenir, je crois que je viens d'en dire assez pour que vous compreniez ce que je veux dire.Bon ceci m'amene a dire que maintenant que les syndicats sont devenus aussi de tres grands pouvoirs économiques, ca vient influencer l'approche, les syndicats arriveront ils a passer au travers,je ne le sais pas

  • Gaston Bourdages - Abonné 5 octobre 2013 08 h 25

    Madame Nadeau...mercis.

    À lire d'intéressants «papiers» comme le vôtre, à entendre de qui se dit, je suis à me demander si, au fil des ans, l'Homme n'en est pas venu à gangrener cette disponible et possible belle capacité qu'est celle de pouvoir sainement assumer ce cadeau qu'est «LE» pouvoir?
    «Pouvoir» et «dignité»....matières compatibles? Capables de saine co-habitation?
    «Faut-il», en ces temps dits modernes(je souris), s'acoquiner avec ces vices que sont collusion, corruption pour avoir du pouvoir?
    Et «La comédie humaine» de Monsieur Balzac d'être encore «à la mode»...
    Le pouvoir ne corrompt pas. Il est propre. Seul l'Homme est capable de le salir.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Simple citoyen - ex-bagnard - conférencier - écrivain publié dont;«Examens de conscience...»
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc.
    http://www.unpublic.gastonbourdages.com