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    Un tsunami d’opinions pour nourrir le débat

    5 octobre 2013 |Antoine Robitaille | Québec
    Photo: Illustration Tiffet









    Consultez tous nos textes sur la Charte des valeurs québécoises

    La Charte des valeurs québécoises : rarement débat aura suscité un tel besoin d’expression. La « boîte aux lettres des intellectuels », antique expression désignant Le Devoir, déborde comme jamais peut-être. Le projet n’était même pas déposé, fin août, qu’un tsunami d’opinions déferlait, que les pétitions circulaient. Depuis le 10 septembre, jour du dépôt des propositions du ministre Bernard Drainville, le flot a été incessant. Aperçu de positions et arguments dominants, à partir des textes reçus.

     

     

    L’exclusion des minorités

     

    Au départ, une majorité des argumentaires dénoncent le projet de charte. « Nos valeurs excluent l’exclusion », titre d’une pétition signée par quelque 100 intellectuels, résume bien l’argument central. Ainsi, le politologue Ali Hannat écrit : « De quelle égalité homme-femme, pourriez-vous, vous et les initiateurs de ce projet, vous prévaloir, quand la voie par excellence pour s’émanciper, à savoir le travail, est obstruée pour la femme musulmane en la contraignant à un chantage insoutenable : foi ou précarité ? »

     

    Pour d’autres, comme l’économiste Carole Vincent, « ce genre d’arguments rate la cible en ne s’attaquant pas à la principale cause des inégalités économiques entre les femmes et les hommes : la trop forte concentration des femmes dans un éventail restreint de professions et secteurs d’activité ».

     

    Égalité homme-femme

     

    L’argument central de ceux qui défendent le projet en partie ou entièrement est bien sûr l’égalité homme-femme. Mais certains le trouvent trop facile. « Le problème avec l’utilisation de l’égalité homme-femme tient à mon avis au fait qu’on présente celle-ci comme réalisée, alors que ce n’est pas le cas. Son approche aurait été beaucoup plus crédible si elle avait été accompagnée de[…] programmes d’aides à l’emploi pour les nouvelles arrivées », écrit Xavier Boileau, un étudiant en histoire.

     

    Imprévisible

     

    Les étiquettes habituelles ne sont pas d’un grand secours pour prédire la position que prendra tout un chacun sur la question. Plusieurs souverainistes, à l’instar de l’ancien bloquiste Jean Dorion et, évidemment, de Jacques Parizeau, dénoncent le projet. « Vive le Québec laïque et libre… de cette Charte », écrit Mathieu Séguin Gionet, un étudiant et militant indépendantiste. « Je suis […] choqué que des concitoyens québécois risquent de perdre leur emploi pour un accessoire vestimentaire », écrit-il.

     

    Immigrants pour la Charte

     

    Les Québécois d’adoption sont nombreux à nous écrire pour signaler qu’ils sont, contrairement à ce qu’on peut penser, favorables à une Charte et même pour la prohibition des signes religieux chez les employés de l’État. « La société qui nous accueille considère qu’il est favorable de retirer les symboles religieux qui nous distinguent pour faciliter la cohabitation, je suis d’accord et je trouve cette demande légitime pour protéger les acquis de cette collectivité au niveau des droits des femmes et du droit commun », écrit Zabi Caro, d’origine afghane, qui indique avoir choisi le Québec dans les années 1980 pour fuir la guerre entre les Russes et les moudjahidines.

     

    D’origine algérienne, Ferid Chikhi, de Longueuil, soutient que c’est « par manque de clairvoyance » que politiciens et intellectuels dénoncent la Charte : « Ils pensent ainsi gagner quelques centaines de voix, celles des femmes en hidjab et des partisans du multiculturalisme ghettoïsant. » Argentin d’origine ayant passé six ans dans les prisons des dictateurs dans les années 1970 et 1980, Guillermo Pieli, de Montréal écrit : « Je ne conçois pas cette Charte comme une attaque envers quiconque ou envers un groupe religieux en particulier, mais bien comme un geste d’affirmation des valeurs de la majorité, dont je fais partie, qui veut se donner les moyens de préserver le climat social libre des affrontements que vivent les sociétés dominées par différents groupes religieux extrémistes. »

     

    Le crucifix

     

    Une écrasante majorité de lecteurs ont une position de type Bouchard-Taylor (ou Femen) à l’endroit du signe religieux catholique qui domine le trône du président de l’Assemblée nationale. Certains détestent vraiment le symbole ! Le jurilinguiste François Brunet, de Montréal, va jusqu’à écrire : « La Charte, en l’état, maintient le crucifix à l’Assemblée nationale, sous prétexte qu’“il fait partie de notre histoire”. Comme, outre-mer, la faucille et le marteau et le swastika… »

     

    Pas que la laïcité

     

    Le débat suscité par les propositions du gouvernement dépasse souvent la question de la laïcité. Plusieurs s’interrogent sur ce que sont devenues les valeurs québécoises : « Il n’y a pas un mot sur les enfants (pas un !) dans le projet de Charte des valeurs québécoises. Le mot famille n’y apparaît qu’une seule fois. […] Et les nôtres ? Qu’est-ce qu’on fait avec nos familles ? On continue de les laisser tomber en lambeaux ? La famille fait-elle encore partie des valeurs québécoises ? », s’interroge André Pilon, de Saint-Calixte. L’argent est devenu la vraie « valeur québécoise », voilà le vrai problème, soutiennent Éric Martin et Maxime Ouellet : « Si le peuple du Québec entend réfléchir sur les “valeurs communes” avec lesquelles il entend entrer dans le XXIe siècle, cette entreprise ne saurait prendre la forme caricaturale de pictogrammes illustrant les vêtements proscrits dans les bureaux de l’État. […] Ne vaudrait-il pas mieux s’interroger sur “la” valeur qui nous réunit tous aujourd’hui : celle de l’accroissement infini de la valeur économique. »

    ***

    Précision: les citations dans ce texte proviennent de lettres envoyées au Devoir, qui n'ont pas nécessairement été publiées sur notre site ou dans le journal papier.
     













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