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    Charte des valeurs québécoises - Les maladresses

    21 septembre 2013 |Bernard Descôteaux | Québec








    Consultez tous nos textes sur la Charte des valeurs québécoises

    Voilà maintenant deux semaines que le projet de Charte des valeurs québécoises occupe le débat public sans que l’horizon s’éclaircisse. Pire, le gouvernement Marois ajoute à la confusion en additionnant les maladresses qui donnent du grain à moudre à ses critiques.

     

    La dernière de ces maladresses est survenue ce jeudi avec la nomination par le gouvernement Marois de quatre nouveaux membres au Conseil du statut de la femme pour pourvoir à autant de postes vacants. Annoncées sans préavis, ces nominations ont été dénoncées par la présidente, Julie Miville-Dechêne, en raison des positions favorables à la laïcité que ces nouveaux membres défendent. Leur arrivée a pour effet, soutient-elle, de museler le conseil et de l’empêcher de participer au débat sur la Charte des valeurs.

     

    Muselé, ou plutôt menotté, le Conseil du statut de la femme l’était pourtant déjà. Mme Miville-Dechêne souhaitait mener des études pour mesurer l’impact qu’aurait pour les femmes l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires par les agents de l’État proposée par le gouvernement. Celui-ci s’inspire à cet égard de recommandations que lui a faites par le passé le CSF favorable à la laïcité et à l’interdiction du port de tels signes religieux. Alors que la présidente du CSF estime qu’il faut réinterroger les positions passées, elle était cependant incapable d’obtenir un appui de ses membres, divisées en parts égales sur le sujet.

     

    Mme Miville-Dechêne était face à une impasse et empêchée d’intervenir, car comme présidente, elle parle au nom de son conseil et non en son nom propre. On se demande pourquoi le gouvernement avait alors besoin de la mettre en minorité et de créer une situation où elle se sent autorisée à intervenir en son nom propre dans le débat public pour défendre la liberté de penser et de débattre du CSF. Rien ne pressait.

     

    Par son geste, le gouvernement a rendu légitime la sortie de Mme Miville-Dechêne, car qui brime la liberté de parole dans un débat comme celui qui a cours sur la Charte des valeurs aura toujours tort. Au surplus, il a permis le ralliement de tous les opposants à la Charte autour de la présidente du CSF qui par ailleurs s’est faite, consciemment ou non, leur otage. La réaction qu’a eue l’ancienne ministre libérale de la Condition féminine, Christine St-Pierre, qui est celle qui a nommé Mme Miville-Dechêne à ce poste, ne laisse guère de doute à cet égard. Aujourd’hui, la présidente du CSF a abdiqué sa neutralité, pour ce qu’elle croit une bonne cause, mais elle a perdu de ce fait une partie de sa crédibilité. Il aurait mieux valu qu’elle essaie de travailler avec ses nouveaux membres, sans a priori.

     

    ***

     

    La publication des résultats d’un sondage en début de semaine a montré que l’appui des Québécois à la Charte des valeurs est moins élevé que l’attendait le gouvernement Marois. Il est de plus en plus en mode défensif, essayant de boucher des brèches, comme dans le cas du CSF, ou tentant de corriger des éléments de sa proposition, comme l’a fait mercredi le ministre Jean-François Lisée, qui a bien vu l’immense faille qu’est le droit de retrait proposé initialement aux municipalités, hôpitaux, cégeps et universités en ce qui a trait au port de signes religieux.

     

    Ce droit de retrait tel qu’annoncé initialement par le ministre parrain du projet, Bernard Drainville, ne comportait aucune balise. C’est ainsi qu’à Montréal, tout le monde municipal a annoncé qu’il s’en prévaudrait. Si tel était le cas, cela réduirait considérablement la portée de la Charte. Belle erreur qu’on cherche à corriger en restreignant ce droit à des cas bien précis, tels des hôpitaux et des municipalités pouvant invoquer une tradition patrimoniale, et que de façon transitoire.

     

    Pas facile de rétropédaler sur ce trop généreux droit. Le ministre Lisée évoque des bonifications qui seraient apportées à la Charte. Lesquelles ? Il faudra qu’elles soient significatives pour faire passer la pilule à tous ceux qui avaient cru pouvoir profiter de ce droit de retrait, sans par ailleurs édulcorer complètement l’interdiction des signes religieux. Une piste pourrait être l’octroi d’une « clause grand-père » déjà évoquée dans cette page ou, autrement dit, la reconnaissance d’un droit acquis aux personnes employées par des institutions visées. Mais là encore, on risque d’ouvrir une autre boîte de pandore. Visiblement, le gouvernement a bien mal imaginé la complexité du débat dans lequel il mettait pied et les résistances qu’il rencontrerait.

     
     
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