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    Consultation sur les enjeux énergétiques - L’éolien ne mérite pas d’être désigné bouc émissaire

    Le Danemark a mis en place un plan pour s’affranchir du pétrole d’ici 2050. Voilà un bel exemple de vision.

    20 septembre 2013 |Louis-Étienne Boudreault - Candidat au doctorat, DTU Wind Energy, Danemark et Simon-Philippe Breton - Ph. D., Professeur adjoint, Department of Earth Sciences–Wind Energy, Uppsala University, Suède | Québec
    Le parc éolien de Horns Rev est situé à 14 kilomètres de la côte ouest du Danemark, au large du port d'Esbjerg.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Jorgen True Le parc éolien de Horns Rev est situé à 14 kilomètres de la côte ouest du Danemark, au large du port d'Esbjerg.

    Le 6 août, Hydro-Québec déposait à la Régie de l’énergie une demande de hausse de ses tarifs de 3,4 % pour l’année 2014-2015. La société d’État affirme que l’énergie éolienne serait responsable de 79 % de cette hausse. Cette demande arrive dans un contexte où Hydro-Québec dispose d’importants surplus d’électricité. Le récent débat autour de ces questions révèle les effets d’un problème important, présent au Québec depuis plusieurs années : l’absence d’une stratégie de développement énergétique à long terme, s’inscrivant dans un processus de transition vers une économie moderne adaptée aux défis du XXIe siècle.

     

    Tentons d’abord de rétablir les faits à propos de la filière éolienne. Hydro-Québec achètera cette année de l’énergie éolienne auprès de producteurs privés à un coût moyen de 10 ¢/kWh. Ce coût peut paraître élevé comparativement au prix de vente, mais il doit être comparé à juste titre à celui résultant d’autres projets en construction. Le concept économique de coût marginal - combien il en coûte d’ajouter 1 nouveau kWh au réseau électrique aujourd’hui, et ce, quelle que soit la filière choisie - se doit d’être utilisé pour effectuer une comparaison juste. Or, ce concept fondamental semble avoir souvent été omis dans le débat actuel. À titre d’exemple, le projet hydroélectrique de la Romaine produira de l’électricité livrée aux abonnés à un coût de 9,6 ¢/kWh. Le mystère demeure d’ailleurs à savoir pourquoi Hydro-Québec persiste à aller de l’avant avec ce projet, tout en affirmant être forcée d’intégrer de l’éolien à prix élevé à son réseau électrique.

     

    Surplus d’électricité

     

    La situation actuelle des surplus d’électricité n’est possiblement que temporaire et conjoncturelle. Les faibles prix à l’exportation de l’électricité sont principalement dus au faible prix du gaz naturel aux États-Unis. Ce prix augmentera vraisemblablement à terme dans un contexte de politiques de plus en plus restrictives sur les émissions de gaz à effet de serre et avec la diminution à long terme des ressources en hydrocarbures. Mais pourquoi n’aurions-nous pas une attitude proactive et n’absorberions-nous pas dès maintenant ces surplus par des projets porteurs ? Un plan d’électrification massif des transports à l’échelle du Québec, de même qu’une conversion à l’électricité des procédés résiduels de chauffage au mazout et au gaz des secteurs industriels et commerciaux permettrait d’utiliser ces surplus. Cette dernière stratégie permettrait ce faisant de réduire les sorties en capitaux du Québec de 2 milliards de dollars par année et contribuerait positivement à l’essor économique des régions, à la création d’emplois chez nous, et à notre productivité en général. De tels projets seraient un magnifique pas vers l’affranchissement du pétrole et des autres combustibles fossiles pour lesquels le Québec dépense annuellement 14 milliards de dollars en importations. Ainsi, le fait de détenir des surplus d’énergie (dont l’éolien n’est responsable qu’à hauteur de 20 %) deviendrait un atout, comme il se devrait, et non pas un problème, comme nous l’entendons maintenant sous toutes les tribunes ! Mais pour ce faire, une stratégie énergétique à long terme est primordiale.

     

    L’exemple du Danemark

     

    Prenons comme exemple le Danemark, qui a mis en place un plan pour s’affranchir du pétrole d’ici 2050. Voilà un bel exemple de vision. Dans cette course, ce pays de 5,5 millions d’habitants, qui produit aujourd’hui 28 % de son électricité à partir de l’éolien, a l’ambition d’intégrer 50 % d’énergie éolienne dans son réseau électrique d’ici 2020. Le Québec est en parfaite position pour réaliser son plein potentiel énergétique et réaliser des objectifs aussi ambitieux, le patrimoine hydroélectrique dont il dispose lui permettant d’effectuer un couplage en parfaite synergie avec l’éolien. L’exemple du Danemark démontre de façon claire que l’éolien peut faire partie d’une stratégie énergétique viable et durable, et une fois les surplus absorbés, rien n’empêcherait l’éolien de prendre davantage de place dans le portefeuille énergétique du Québec.

     

    La technologie éolienne est mature, fiable, performante et concurrentielle, ce qui explique pourquoi elle s’impose sur tous les marchés en ne cessant d’innover. Des outils sophistiqués de modélisation de la ressource sont maintenant disponibles et font présentement l’objet de recherches actives. Les problématiques soulevées par le passé quant aux impacts sociaux et environnementaux sont maintenant mieux connues. Les préjugés tenaces alimentés par des opinions biaisées sur cette technologie battent graduellement en retraite devant l’évidence des mérites scientifiquement démontrés. L’éolien ne mérite en rien d’être érigé en bouc émissaire comme cela se produit présentement. Il serait beaucoup plus judicieux de consolider l’expertise développée jusqu’à présent dans cette filière et de l’inscrire à sa juste valeur parmi les autres formes d’approvisionnement dans une stratégie de développement nationale à long terme.

     

    Cette nécessité certaine d’une stratégie énergétique pour le Québec nous fait accueillir avec grand enthousiasme la consultation publique sur les enjeux énergétiques du Québec qui s’entame ces jours-ci. Les choix que nous élaborons maintenant auront des conséquences sur notre mode de développement énergétique futur, de même que sur notre avenir économique. Ne ratons pas ce rendez-vous qui nous permettra de définir une vision et qui marquera un tournant comparable à cette époque où nous prîmes l’audacieuse décision d’être « maîtres chez nous ». Un souffle similaire pourrait faire entrer résolument le Québec dans le XXIe siècle.

     
     
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