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    Charte des valeurs québécoises - L’inconfort des forces souverainistes explose

    Le Bloc expulse Maria Mourani

    13 septembre 2013 | Robert Dutrisac , Marie Vastel | Québec
    Reconnue pour son franc-parler, Maria Mourani n’a pas dérogé à ses habitudes dans le débat entourant la Charte des valeurs du Parti québécois (PQ). Elle a enchaîné les entrevues mercredi pour s’opposer farouchement à la proposition de Bernard Drainville, l’accusant dans le Journal de Montréal de « faire fausse route » en instaurant une « discrimination contre les femmes ».
    Photo : Clément Allard - Le Devoir Reconnue pour son franc-parler, Maria Mourani n’a pas dérogé à ses habitudes dans le débat entourant la Charte des valeurs du Parti québécois (PQ). Elle a enchaîné les entrevues mercredi pour s’opposer farouchement à la proposition de Bernard Drainville, l’accusant dans le Journal de Montréal de « faire fausse route » en instaurant une « discrimination contre les femmes ».









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    Ottawa — L’inconfort provoqué au sein des forces souverainistes par la Charte des valeurs québécoises du gouvernement Marois s’est exacerbé, jeudi, au point de mener à une rupture chez les bloquistes à Ottawa. Et l’expulsion de Maria Mourani du caucus du Bloc québécois n’a rien fait pour calmer le jeu. Au contraire, quelques militants ont déchiré leur carte du parti, deux membres d’exécutif ont claqué la porte, et même l’ex-premier ministre Bernard Landry s’est porté à sa défense.

    Reconnue pour son franc-parler, Maria Mourani n’a pas dérogé à ses habitudes dans le débat entourant la Charte des valeurs du Parti québécois (PQ). Elle a enchaîné les entrevues mercredi pour s’opposer farouchement à la proposition de Bernard Drainville, l’accusant dans le Journal de Montréal de « faire fausse route » en instaurant une « discrimination contre les femmes ». À RDI, elle a déploré que le PQ s’apprête à perdre des joueurs « qui ne veulent plus faire partie de ce mouvement-là parce qu’ils pensent que c’est un nationalisme ethnique ».

     

    Pour son chef, Daniel Paillé, c’en était assez. Il a prévenu Mme Mourani qu’elle ne pourrait continuer à s’exprimer « de façon aussi virulente » ni à faire partie du collectif des Indépendantistes pour une laïcité inclusive (qui compte d’autres ex-bloquistes et ne défend l’interdiction de signes religieux qu’aux représentants de l’État en position d’autorité).

     

    Mme Mourani a poursuivi ses sorties. « À un moment donné, j’ai conclu », a expliqué M. Paillé au Devoir hier. La décision était difficile, dit-il, mais les positions étaient « inconciliables ».

     

    Dans la sphère bloquiste, on avance que M. Paillé n’avait d’autre choix que de riposter à ce refus de suivre la ligne de parti et de faire preuve de plus de réserve.

     

    Mais les réactions n’ont pas tardé. Pour Bernard Landry, la direction du Bloc a commis une « erreur » en expulsant la députée, d’autant plus que la discipline de parti n’est pas véritablement en cause puisque le vote sur la Charte des valeurs québécoises ne se tient pas à la Chambre des communes. « C’est une émission d’opinion dans un débat démocratique important », a-t-il livré au Devoir.

     

    « Je suis profondément attristé, a poursuivi l’ancien premier ministre. J’ai une immense sympathie pour cette femme. Ç’a été une militante exceptionnelle. Elle est elle-même un modèle d’intégration. Elle n’est pas née sur les rives du Saint-Laurent, mais sur les rives de la Méditerranée, et elle est devenue profondément québécoise. »

     

    Bernard Landry ne partage aucunement les vues de Mme Mourani quand elle accuse le gouvernement Marois de sombrer dans le nationalisme ethnique. « Mais on peut diverger d’opinion. » Lui-même est en « accord total » avec le projet du gouvernement.

     

    L’affaire a ébranlé des membres du parti. À Jonquière-Alma, deux membres de l’exécutif du Bloc ont claqué la porte, Émilie Lachance et Julie Sheinck (qui a aussi travaillé auprès d’Option nationale), selon ce qu’a révélé Radio-Canada.

     

    Au moins deux militants ont en outre publié, sur Twitter, une photo de leur carte de membre déchirée. « Il y a un sentiment présentement que le Parti québécois et le Bloc demandent l’opinion des citoyens sur la Charte des valeurs, mais à condition que leurs députés, eux, gardent la ligne de parti et se disent “pour” sans poser plus de questions […] Je ne pense pas être le seul à être en beau fusil », a dit l’un d’eux au Devoir, Jérôme Boucher, blogueur au Huffington Post.

     

    Le chef bloquiste a refusé de s’inquiéter de ces répercussions. Et il s’est défendu d’empêcher le débat. « On peut être en désaccord sur certains aspects. Mais de manière aussi virulente… On ne pourrait pas faire son rôle de député du Bloc québécois, qui est de faire valoir à Ottawa les intérêts du Québec sans compromis. »

     

    Mme Mourani n’a pas accordé d’entrevue hier, réservant ses commentaires pour un point de presse aujourd’hui.

     

    Le projet de Charte des valeurs ne fait pas l’unanimité au Canada, ni au Québec. « Je vous dirais qu’il divise les Québécois et qu’il divise aussi les indépendantistes. Ce n’est vraiment pas une bonne stratégie, parce que l’indépendance, on va la faire avec tout le monde », avait en outre défendu Mme Mourani.

     

    Pas de division au PQ?

     

    Du côté du Parti québécois, Pauline Marois a souligné que ses troupes sont unies. « Il y a eu un travail qui s’est fait par l’ensemble des membres du parti sur cet enjeu, et le caucus adhère complètement à ce qui est proposé », a déclaré la première ministre québécoise.

     

    Le ministre Drainville a comme sa chef refusé de commenter le conflit bloquiste, mais il s’est défendu de faire dans le « nationalisme ethnique » en arguant que les péquistes sont « porteurs d’un nationalisme qui est ouvert à tous ».

     

    Mais le chef libéral Philippe Couillard a plutôt reproché une sorte d’« absolutisme » au sein du mouvement souverainiste. « Mme Mourani vient de recevoir une bulle d’excommunication. »

     

    La coporte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a de son côté déploré que le débat prenne une « mauvaise tournure », estimant que les opinions « tranchées » de Mme Mourani faisaient d’elle « une voix peut-être un peu dérangeante », mais « nécessaire » au Bloc. Elle craint aussi que le mouvement souverainiste ait l’air de bâillonner ses troupes.

     

    Sur la scène fédérale, Justin Trudeau a aussi réitéré ses reproches des derniers jours. « Mme Marois a sous-estimé les Québécois », a écrit le chef libéral sur Twitter.

     

    Le ministre de la Sécurité publique, le Québécois Steven Blaney, a quant à lui refusé pour une deuxième journée de commenter la Charte, tout comme ses collègues, qui se réfugient dans le mutisme.

     

    Paillé et Mourani d’accord

     

    M. Paillé et Mme Mourani ont beau avoir mis fin à leur union bloquiste, tous deux sont pourtant du même avis. Mardi, le chef du Bloc laissait lui-même entendre que la proposition péquiste allait peut-être trop loin, en rappelant la position du Bloc devant la commission Bouchard-Taylor proposant l’interdiction de symboles religieux pour les postes « qui représentent l’autorité de l’État ». Le parti disait même voir « mal la pertinence d’une interdiction globale ».

     

    Mme Mourani est arrivée deuxième, derrière M. Paillé, lors de la course à la direction de 2011.

     

    Dans la sphère bloquiste, on exclut que le différend découle d’un conflit de personnalités. Si l’on reconnaît que Mme Mourani a son franc-parler, on rappelle qu’elle était la seule députée à Montréal et l’une des personnes élues du parti aux Communes. Dans ce contexte, « tu fais des compromis », explique une source.

     

    Élue dans une circonscription multiculturelle à Ahuntsic, Mme Mourani aurait peut-être fait le calcul qu’il valait mieux partir pour tenter de sauver ses appuis électoraux, a avancé cette même source.

     
     
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