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    La laïcité, enfin!

    Il existe réellement un problème de gestion de ce type d’accommodement

    11 septembre 2013 |Michèle Sirois - Coordonnatrice de la Coalition Laïcité Québec | Québec
    Des Québécois d’origine algérienne ont écouté en direct, mardi, dans un café du Petit Maghreb à Montréal, le dévoilement de la Charte des valeurs québécoises par le ministre Bernard Drainville.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des Québécois d’origine algérienne ont écouté en direct, mardi, dans un café du Petit Maghreb à Montréal, le dévoilement de la Charte des valeurs québécoises par le ministre Bernard Drainville.

    Après des années d’atermoiements, le gouvernement décide d’aller de l’avant en déposant son fameux document. Ce document devrait nous conduire vers une loi sur la laïcité qui nous permettra de finaliser le long processus de sécularisation et de déconfessionnalisation de la société québécoise.

     

    Le projet du ministre Bernard Drainville se situe dans la continuité de l’histoire du Québec moderne. Plusieurs l’ignorent et beaucoup l’ont oublié, mais rappelons que le Québec a obtenu en 1997 un amendement constitutionnel pour déconfessionnaliser son système scolaire et mettre fin à la ségrégation scolaire basée sur l’appartenance religieuse. Pour ce faire, les catholiques et les protestants ont accepté de renoncer à leurs droits constitutionnels ! Parfois avec chagrin ou incompréhension, ils ont vu les institutions publiques mettre les crucifix et les images saintes au rancart. Et depuis 1976, les conseils municipaux ont pour la plupart imité l’Assemblée nationale et mis fin à la prière publique pour la remplacer par une minute de silence.

     

    Bien sûr ; il reste ici et là des traces de cette omniprésence historique de l’Église catholique dans la gouverne civique du Québec. C’est dommage que certains prennent prétexte de ces exceptions pour justifier la présence d’autres signes religieux, tout aussi porteurs d’un message confessionnel qui exclut celui ou celle qui ne fait pas partie des adeptes de cette confession.

     

    Demandes d’accommodements religieux

     

    Le projet sur la laïcité présenté par le gouvernement vise à encadrer les nombreuses demandes d’accommodements religieux. Il existe réellement un problème de gestion de ce type d’accommodements, n’en déplaise à tous ceux et celles qui nient qu’il y ait nécessité de définir des balises. Et le problème ne concerne pas que Montréal, comme en fait foi (!) la saga de la prière à l’Hôtel de Ville de Saguenay ou la cause de la chauffeuse d’autobus scolaire adventiste du 7e jour en Abitibi qui refusait de travailler le vendredi après-midi.

     

    Bien des citoyens estiment que les accommodements devraient être accordés exclusivement pour des situations qui ne sont pas le résultat d’un choix, comme le handicap ou le sexe. En fait, la question qui se pose aux sociétés modernes multiconfessionnelles et multiethniques, c’est dans quelle mesure les lois religieuses doivent avoir préséance sur les règles démocratiques dans les services publics, et plus largement, dans l’espace commun où interagissent des citoyens.

     

    Demandes religieuses et non pas demandes d’immigrants

     

    Les personnes qui demandent des dérogations aux règles en vigueur n’invoquent pas leur pays d’origine : on n’a guère vu de Britanniques ou d’Australiens demander de conduire à gauche comme dans leur pays d’origine ! Ceux qui le font considèrent que les règles en vigueur sont incompatibles avec leurs règles religieuses. Ce n’est donc pas le fait de venir d’un autre pays qui est la source des demandes d’accommodement religieux, c’est l’interprétation des exigences religieuses de leur confession que font certaines personnes.

     

    Les gens qui sont pour les signes religieux dans les services publics affirment que c’est essentiel pour l’intégration des personnes immigrantes. C’est une affirmation qui mériterait d’être démontrée avec chiffres à l’appui. Curieusement, toutefois, les États généraux sur l’intégration des femmes immigrantes et racisées se sont conclus en 2012 par une série de recommandations dont aucune ne porte sur les signes religieux. Qui plus est, de nombreuses personnes venues de pays écorchés par l’intégrisme religieux demandent que le Québec les reconnaisse en tant que citoyens et non pas en tant que croyants.

     

    La laïcité n’est pas une politique de gestion de l’immigration, elle se veut un cadre organisé et connu de la place des règles religieuses dans la vie citoyenne.

     

    Prenons l’exemple des turbans sikhs difficilement compatibles avec les casques de sécurité. Le Québec s’est doté de programmes de compensation lors d’accidents, mais ce contrat social implique que les participants acceptent les conditions qui s’y rattachent. Est-ce raciste de vouloir faire respecter ce contrat social qui bénéficie à tous ? À noter que les tribunaux de la Colombie-Britannique et de l’Ontario ont tranché, sur le port du casque à moto, avec des décisions contraires. Pas besoin de règles claires, vraiment ?

     

    Les employés des services publics : des serviteurs de l’État

     

    En anglais, on appelle les fonctionnaires des civil servants. Ce terme, plus ou moins traduisible par « serviteurs de l’État », permet de souligner que les employés des services publics, dans l’exercice de leurs fonctions, sont au service de tous les citoyens. Le devoir de réserve qui existe depuis très longtemps concernant l’expression des convictions politiques est une restriction limitée de la liberté d’expression qui constitue une sorte de politesse à l’endroit des citoyens au service desquels ils travaillent. L’affichage des signes religieux ostensibles exprimant des convictions religieuses est un message non verbal très puissant. Si ces signes ont une signification quand ils sont portés par des juges, des policiers, pourquoi la perdraient-ils lorsqu’ils sont portés par des enseignants, des éducatrices de CPE ou tout autre fonctionnaire ?

     

    Par ailleurs, si le gouvernement était parfaitement cohérent, il aurait aussi interdit aux élus le port de signes ostentatoires et il aurait exclu le crucifix des murs de l’Assemblée nationale.

     

    Une vision québécoise de la laïcité

     

    De nombreux journalistes québécois et du Canada anglais ont dénoncé le Québec et l’idée d’une loi sur la laïcité ! Mais rappelons-le : il n’y a pas si longtemps, le Globe Mail s’était prononcé haut et fort pour un tribunal de la charia en Ontario, tout comme Charles Taylor et plusieurs autres tenants de la laïcité « ouverte ».

     

    Aujourd’hui, de plus en plus de personnes sont conscientes que la résurgence des règles religieuses dans l’espace civique crée dans la population québécoise un réel inconfort et un sentiment de recul par rapport à l’évolution du Québec moderne. Tout cela ne peut que nourrir la xénophobie et favoriser l’émergence de partis d’extrême droite. Des pays extrêmement ouverts comme le Danemark, la Suède, la Norvège et même la Hollande sont aujourd’hui confrontés à cette exaspération de leurs citoyens devant le laisser-faire de leurs élites quant à cette intrusion politique du religieux et les menaces que cela fait peser sur la cohésion sociale. Il faut donc miser sur la capacité des citoyens québécois de discuter franchement de cet enjeu, avec la même patience et persévérance qui a été la marque de la Révolution tranquille.

     

    Le gouvernement parle de valeurs québécoises : la sauvegarde de la langue française, l’égalité hommes-femmes et le caractère laïque des institutions. Il s’agit donc de valeurs auxquelles le Québec a choisi de donner priorité. Tout comme le déclarait Jean Charest en février 2007 : « Ces valeurs, elles sont fondamentales. Elles sont à prendre avec le Québec. Elles ne peuvent faire l’objet d’aucun accommodement. Elles ne peuvent être subordonnées à aucun autre principe. » Voilà qui peut constituer l’assise très honorable d’une laïcité à la québécoise qui devrait mener le débat au-delà de la partisanerie politique.













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