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    Sacrifier l’essentiel

    5 septembre 2013 |Michel David | Québec

    Après une première année de pouvoir passablement stressante, on peut comprendre le soulagement des péquistes à la lecture des récents sondages. Pauline Marois, dont le baromètre des personnalités de Léger Marketing avait permis de mesurer l’impopularité en juin dernier, a repris ses airs de « dame de béton ».

     

    Même à l’état virtuel, le projet de Charte des valeurs québécoises a permis au PQ de récupérer une partie du vote francophone qu’il avait perdue au profit de la CAQ. Sans Jean-Martin Aussant, Option nationale ne pourra que vivoter et le vote solidaire semble se tasser. Bref, à l’aube de cette année électorale, les choses tendent à s’améliorer, même si le retour à l’équilibre budgétaire demeure problématique.

     

    Au moment où Bernard Drainville s’apprête à dévoiler les détails de sa Charte, on aurait cependant intérêt à méditer l’avertissement qu’avait lancé Jean Dorion au lendemain des élections du 4 septembre 2012. L’espèce de catho-laïcité que défend le PQ facilitera peut-être sa réélection, mais elle pourrait bien être fatale à la souveraineté.

     

    Dans une lettre publiée dans Le Devoir, l’ancien président de la SSJB de Montréal, qui avait également siégé à la Chambre des communes sous les couleurs du Bloc québécois, avait jugé très sévèrement les calculs des stratèges péquistes : « Les responsables de ce choix ne manifestent pas le jugement et la sensibilité requis par un projet aussi complexe et exigeant que l’accession du Québec à la souveraineté. Comme Maurice Duplessis, qui faisait lui aussi une partie de son beurre électoral sur le dos d’une minorité religieuse [les témoins de Jéhovah], ils s’intéressent davantage à leur réélection qu’à l’avenir du Québec comme société. »

     

    ***

     

    On n’a généralement retenu de M. Dorion que l’indépendantisme « pur et dur » et l’intransigeance dans la défense du français qu’il affichait à la SSJB, mais il avait précédemment été attaché politique du tout premier ministre de l’Immigration dans le gouvernement Lévesque, Jacques Couture, puis chef de cabinet de son successeur, Gérald Godin, et agent de liaison avec les communautés culturelles.

     

    Fort de cette expérience, il affirmait que la charte péquiste « [saccagerait] pour longtemps notre relation avec la plus grande immigration francophone qu’ait connue le Québec, un milieu, hier encore, plutôt ouvert à nos aspirations », c’est-à-dire la communauté maghrébine.

     

    La vice-présidente de l’Association des femmes algériennes, Ahlem Belkheir, expliquait au début de la semaine à un collègue de La Presse que même celles qui ne portent pas le voile défendent le droit de celles qui désirent le porter.

     

    Certains ont conservé un goût amer du ralliement massif des communautés culturelles au camp fédéraliste en 1995, mais cela ne change rien à la réalité démographique : le Québec demeurera à jamais une province canadienne si un grand nombre d’immigrants n’adhèrent pas à la souveraineté, qui serait le plus solide rempart de l’identité québécoise.

     

    Il n’y a peut-être pas de compromis possible sur la langue, mais peut-on sérieusement soutenir qu’interdire le port du voile dans une garderie ou un hôpital est indispensable à la préservation de cette identité ? Tout signe de subordination de la femme est assurément déplorable, mais cela justifie-t-il le PQ de sacrifier sa raison d’être ?

     

    ***

     

    On a beau avoir l’habitude du Quebec bashing, les comparaisons grossières avec la ségrégation des Noirs américains ou la Russie de Poutine ont de quoi faire enrager, mais rien ne pourra les empêcher. La moindre manifestation de la différence québécoise a toujours été présentée comme un crime contre l’humanité au Canada anglais. On peut également être certain que la Charte des valeurs québécoises aura très mauvaise presse aux États-Unis.

     

    « Bien sûr, on peut choisir de contrarier tout le reste du continent, je l’ai souvent fait moi-même sur la langue, mais encore faut-il que l’enjeu en vaille la peine : si on multiplie les cas, on permet à nos adversaires de les relier entre eux pour peindre le Québec en forteresse de l’intolérance tous azimuts », écrivait Jean Dorion.

     

    Il ne faut pas se faire d’illusions : le prochain référendum, s’il y en a un, donnera lieu à des attaques encore plus féroces que le précédent. Brandissant la Charte des valeurs québécoises, le camp du Non aura beau jeu d’opposer le sectarisme, voire le racisme qui sous-tend l’option souverainiste à l’ouverture d’esprit inhérente au fédéralisme canadien.

     

    Il est encore temps de faire preuve de retenue et de se concentrer sur l’encadrement des accommodements plutôt que de faire une fixation sur les signes religieux. Évidemment, si le PQ a renoncé à faire l’indépendance, c’est une autre histoire.

     
     
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