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    L’habit ne fait pas le moine

    29 août 2013 |René Bolduc - Professeur de philosophie Cégep Garneau | Québec
    Ce qui compte vraiment, c’est l’authenticité de sa croyance, à mille lieues de toute apparence.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Ce qui compte vraiment, c’est l’authenticité de sa croyance, à mille lieues de toute apparence.

    Il y a une tradition philosophique qui enseigne depuis plus de deux millénaires la différence entre l’être et le paraître. Cette différence, admise par les êtres rationnels, n’est pas toujours facile à établir dans les faits. Mais qui pourrait tromper des dieux, aux pouvoirs surnaturels, quant à l’authenticité de sa croyance ?

     

    En effet, si Dieu, Yahvé ou Allah existent vraiment, il va de soi qu’ils savent faire la différence entre l’être et le paraître, c’est-à-dire, dans le cas qui nous intéresse ici, qu’ils ne se laissent pas berner par le simple fait de porter tel ou tel vêtement comme preuve de croyance. S’ils se laissaient tromper, il s’agirait alors de dieux bien limités, et s’ils se laissaient influencer par ces apparats, ils seraient bien superficiels et ne mériteraient pas notre dévotion. Il n’est pas inutile non plus de rappeler que ces rituels associés aux religions sont le fruit de décisions humaines : comment être sûr de leur bien-fondé ? Il serait étonnant que ces mêmes dieux nous tiennent rigueur de ne pas avoir porté leurs symboles parce que des conditions étrangères à nos convictions ne nous le permettaient pas.

     

    Rappelons ce qu’est un symbole. Par définition, un symbole renvoie à autre chose que lui-même. Picasso a dessiné une colombe représentant la paix. Cette colombe n’est pas la paix elle-même, elle ne fait que la signaler ; on ne saurait la confondre avec ce dont elle est le symbole. Il n’en va pas autrement pour les symboles religieux. L’habit ne fait pas le moine, dit la sagesse populaire avec raison. Ce qui compte vraiment, c’est l’authenticité de sa croyance, à mille lieues de toute apparence.

     

    Interdiction

     

    Aussi, quand on confond l’interdiction temporaire de porter un symbole (par exemple pendant les heures de travail ou une partie de soccer) avec l’interdiction de liberté de religion, on commet un sophisme de substitution : on prend le signe pour la chose. Il est étonnant de voir apparaître ce sophisme chez des gens qu’on aurait cru plus avisés. On n’a pas, à mon avis, une très haute opinion de la religion quand on pense ainsi. On la rabaisse à une question d’apparence, de pratique extérieure, alors que, si l’on veut être sérieux en matière de religiosité, c’est d’abord et avant tout l’attitude intérieure qui prévaut. Dieu, Yahvé ou Allah, s’ils existent, ne se trompent pas sur nos véritables intentions quand on affiche ces signes. Ils savent distinguer entre conviction profonde, hypocrisie et revendication politique. Ils savent aussi qu’un véritable croyant ne cesse pas de l’être du moment qu’il ne porte pas son symbole religieux en tout lieu.

     

    Je ne peux alors que demeurer sceptique quand des croyants ou un de leurs défenseurs prétendent le plus sérieusement du monde que la liberté de religion est brimée (avec la pente glissante qui s’ensuit : non-accessibilité au travail, non-intégration, etc.), alors qu’il s’agit de renoncer temporairement à ses symboles et non de renier ses convictions profondes. Je demeure aussi très sceptique quant à une croyance religieuse qui dépendrait aussi fortement d’apparences.


    René Bolduc - Professeur de philosophie Cégep Garneau













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