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    Cachez ce foulard que je ne saurais voir !

    28 août 2013 09h36 |Michel Seymour Département de philosophie Université de Montréal | Québec
    La Charte des valeurs québécoises promise par le gouvernement Marois soulève la tempête avant même son dépôt. Mais dans quel contexte s’inscrit-elle ? Une réponse éditoriale en trois signatures et en trois temps : jeudi avec Antoine Robitaille, vendredi avec Josée Boileau et samedi avec Bernard Descôteaux.
    L'expérience québécoise ne peut pas et ne doit pas reproduire l'expérience française. Celle-ci a étouffé les langues des minorités nationales vivant sur son territoire, a refusé la charte des langues régionales et minoritaires et refusé la reconnaissance formelle du peuple corse. Elle impose des contraintes sévères à la liberté d'expression dans les institutions publiques en refusant le port de signes ostentatoires. Au Québec, nous avons l'expérience du statut de minoritaire. Nous avons historiquement très bien traité la minorité anglo-québécoise. Nous avons reconnu les onze peuples autochtones (d’accord, il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine). Il faut donc adopter un point de vue nuancé.

    Oui au port de signes religieux dans les institutions publiques, pourvu que cela ne nuise pas aux échanges (pas de niqab et de burqa alors dans les CPE !). Concernant les pratiques religieuses, cependant, il faut procéder au cas par cas. Les accommodements ne peuvent être acceptés ou refusés en bloc. Tout dépend de la demande, des inconvénients, des coûts, des liens de la pratique avec l'identité du groupe, de la contestation au sein du groupe, etc. Telle qu’elle se présente, la charte des valeurs québécoises du PQ est mal avisée. Encore une fois, c'est Québec Solidaire qui voit clair dans les enjeux.

    Il faut que les souverainistes élèvent la voix pour se démarquer de la position défendue par le PQ. Il est faux de prétendre que les nationalistes québécois souscrivent en bloc à cette idéologie du «cachez ce voile que je ne saurais voir» ! Le PQ ERRE ! Il se trompe énormément ! Faisons les reculer ! Sur ces questions, le Québec des régions, que les péquistes courtisent peut-être, n'a pas l'heure juste. Sur ces questions, le Québec profond est superficiel. BRAVO À QS ! HONTE AU PQ !!!!!

    Nationalisme minoritaire et nationalisme d’État

    Je suis un nationaliste et je m'oppose à cette politique importée directement de France. C'est que mon nationalisme traîne l'expérience des minorités. Si on comprend profondément ce que signifie d'être minoritaire, alors on n'impose pas un nationalisme d'État qui lamine les différences. On peut être contre le multiculturalisme canadien et contre l'interculturalisme québécois, mais notre expérience historique est traversée par le respect de la diversité et son expression dans l'espace public. Le Québec sera pluriculturel ou ne sera pas. Les nationalistes québécois doivent être les défenseurs d'une politique de pluralisme culturel: à l'égard des anglophones, des peuples autochtones, des minorités historiques et des groupes issus de l’immigration. La moindre des choses est de maintenir une telle ouverture à l'égard de l'expression de la différence religieuse dans l'espace public.

    Je suis contre le nationalisme d'État. C'est souvent un nationalisme qui se croit au-dessus de tout nationalisme et qui se drape dans la république en croyant n'incarner rien d'autre que des valeurs universelles. Je défends les nationalismes minoritaires qui demandent à être reconnus dans leurs différences. J'ai été choqué de ne pas voir dans le rapport Bouchard-Taylor des recommandations pour renforcer l'identité québécoise. Le peuple québécois est aussi une minorité qui doit être reconnue et renforcée ! Les commissaires auraient dû proposer une constitution québécoise comprenant trois piliers : la Charte des droits et libertés, la Charte de la langue française et... la Charte de la laïcité...OUVERTE ! Une laïcité qui assure la séparation entre l'Église et l'État, mais qui permet la libre expression des croyances et le port de signes religieux. Je suis pour une laïcité qui supposerait la mise en place d’une commission chargée d'intervenir au cas par cas pour décider si un accommodement est raisonnable ou non. On peut s'affirmer tout en étant tolérant. Autrement, on tombe dans un nationalisme du ressentiment.

    La réaction de Taylor

    J’ai été heureux de la réaction rapide et critique de Charles Taylor au projet péquiste d'exclure le port de signes religieux dans les institutions publiques québécoises. Comme il l'a dit à RDI, les institutions publiques doivent être laïques et les personnes doivent être libres. Je partage ce point de vue. Là où je ne le suis plus, cependant, c'est lorsqu'il met au rancart l'identité québécoise. Or, celle-ci ne doit pas non plus être exclue. Elle doit aussi être reconnue. La «crise» des accommodements raisonnables est une crise identitaire du peuple québécois à laquelle il faut apporter des réponses. Le rapport de la Commission Bouchard -Taylor ramenait cette crise à une perception erronée de la population québécoise concernant l'intégration des immigrants. Mais c'est en fait un besoin de reconnaissance et d'affirmation qui s'exprime au travers de cette crise.

    Il ne faudrait pas que la question identitaire soit considérée comme une problématique de «droite» qu'il faut par conséquent éluder, effacer et reléguer aux oubliettes, sous prétexte qu'elle est mal gérée par le PQ. Il faut au contraire la prendre à bras le corps et apporter des réponses. L'une de ces réponses serait l'adoption d'une constitution québécoise dans laquelle les Chartes des droits et libertés, de la langue française et de la laïcité seraient enchâssées. Mais cette laïcité doit être ouverte. Je m'accorde avec Bouchard et Taylor sur les exigences d'ouverture du peuple québécois à l'égard des minorités qui y vivent : d'accord avec une laïcité ouverte, d'accord avec des accommodements si ceux-ci sont raisonnables – mais il faut qu'une commission se penche sur chaque cas sans solution mur à mur-, d'accord avec une politique de pluralisme culturel (à l'égard des peuples autochtones, de la minorité anglophone et des communautés issues de l'immigration) et d'accord avec un cours d'éthique et culture des religions (pourvu qu'on y enseigne aussi l'athéisme et l'agnosticisme).

    Mais que dire de l'ouverture du Canada à l'égard du peuple québécois ? Il fut un temps où Charles Taylor défendait la reconnaissance du Québec, mais il ne dit plus rien sur cette question. Puis étant donné le désaccord entre les deux commissaires sur le sujet (Gérard Bouchard est favorable à la souveraineté du Québec), la question nationale a entièrement été évacuée du rapport Bouchard Taylor. Elle est pourtant à l'origine de la crise des accommodements.

    Une question de cohérence

    C'est une question de cohérence. Vous ne pouvez pas monter aux barricades concernant l'ouverture du peuple québécois à l'égard des questions identitaires minoritaires et vous réfugier dans le mutisme lorsqu'il s'agit de soulever la problématique identitaire québécoise. Voilà pourquoi les commissaires auraient dû proposer l'idée d'une constitution québécoise. Comme le propose Québec Solidaire d'ailleurs, le seul parti qui adopte une position nuancée et cohérente dans ce débat.

    Michel Seymour
    Département de philosophie
    Université de Montréal
    Auteur de De la tolérance à la reconnaissance, Boréal, 2008



     
     
     
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