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    Marcher et mâcher de la gomme en même temps…

    9 août 2013 |Lise Payette | Québec

    Tout le monde sait que la phrase est de Jacques Parizeau. Quand on l’entend la première fois, elle fait sourire. Mais si on prend le temps d’y réfléchir, on se rend compte qu’elle représente un véritable défi pour une société qui vit des bouleversements énormes et qui se serre les coudes pour affronter la tempête, sans jamais perdre de vue que son avenir en dépend. Faits forts les Québécois ? Capables d’en prendre ? Tu parles !

     

    Et puis, parfois, « ils pètent une coche »… Non, elle n’est pas de Parizeau celle-là. Le Québec, un peuple en constante mutation qu’on n’arrête jamais de tasser dans le coin, sur les pieds duquel on marche en lui disant que c’est pour son bien, un peuple qu’on voudrait pouvoir effacer de la planète et qu’on tourne comme une crêpe sans lui demander son avis, ça finit par avoir la coche fragile.

     

    Prenez la dernière année. Ma chronique est trop courte pour que je puisse faire le tour. Août 2012 : les étudiants sont dans la rue à Montréal, à Québec, à Sherbrooke, à Gatineau et pratiquement partout ailleurs au Québec. Ils tapent sur des casseroles et finissent par réveiller les parents et même les grands-parents, qui joignent le mouvement. Les très nombreux policiers préfèrent taper sur les étudiants… Allez, ouste ! dans l’autobus. Avec des amendes salées qui vont réduire la consommation de hot-dogs et de hamburgers pour les étudiants durant toute l’année qui vient.

     

    Parallèlement, nous subissons la loi 78, cadeau empoisonné de M. Jean Charest pour son peuple bien-aimé dont il n’a jamais cessé de creuser la tombe durant son passage de neuf ans au pouvoir. Cet homme, il nous a fallu du temps pour le comprendre, ne fait pas dans la dentelle.

     

    L’élection finira par avoir lieu et le 4 septembre, les citoyens ont vraiment l’embarras du choix. Il y a tellement de monde sur la ligne de départ que personne n’ose dire qui va l’emporter. Jusqu’au moment où le premier ministre du Québec devient une première ministre. Dans les minutes qui suivent, Mme Pauline Marois aura failli être la première ministre qui aura occupé le poste le moins longtemps de notre histoire. Un homme y laissera sa vie, un autre sera blessé et Mme Marois fera la preuve qu’elle est capable de sang-froid et de calme même dans les moments difficiles, dont elle ne sait pas encore qu’ils ne manqueront pas dans son année qui commence.

     

    Les étudiants ont repris les études. Le ton a baissé partout. La commission Charbonneau a vu le jour, et nous, nous avons vu, sous nos yeux vu, ce que nous soupçonnions depuis longtemps : la corruption élevée à la hauteur d’un grand art, pratiquée avec le sourire, et des enveloppes de toutes sortes. Des réputations sont brûlées en quelques mots. Ils ont le ton arrogant, jurent de dire la vérité, toute la vérité, sur tout et sur rien. Ils mentent à moitié ou totalement. Certains tentent de s’excuser à la fin avec un « j’aurais pas dû » qui tombe dans le vide. Ils repartent pas trop mécontents de leur performance. Et puis, bien sûr, il y a ceux qui ne se souviennent de rien. C’est un film d’hommes… presque pas de femmes. Elles sont sans doute chez elles, mais peut-être ne savaient-elles rien.

     

    Les vacances, enfin, allaient permettre à tout le monde de réfléchir. De prendre le temps de s’intéresser vraiment aux élections municipales que d’autres ambitieux travaillent déjà à mettre dans leur poche en ce moment. À moins que nous ne voulions ravoir la même qualité que ce que nous avons vu défiler à la commission Charbonneau, il faudrait se décider à devenir des citoyens informés. Sans ça, on va ravoir les sosies de ceux qui sont partis. Est-ce que vous voulez ? On a eu une année de fous. Et ce n’est pas le moment de détourner les yeux pour ne plus voir ce qu’on a tous vu.

     

    Il faut pousser constamment sur le dossier de Lac-Mégantic. C’est trop long. Il faut qu’il reste en urgence dans nos préoccupations. Les réponses devraient rentrer maintenant. Pas dans six mois. Les citoyens de cette petite ville, qui se tiennent debout sans fléchir, vont s’épuiser. Nous devons les soutenir et nous battre pour eux. C’est là où la phrase de Parizeau nous interpelle. L’année qui s’annonce sera chargée et demandera que chacun de nous soit capable du maximum. Marcher et mâcher de la gomme en même temps, c’est à la portée de tout le monde. Il faudra beaucoup plus.

     

    Faire le ménage dans les villes et villages, sauver Lac-Mégantic en faisant payer les vrais responsables, garder Mme Marois à son poste parce qu’elle a le coeur à la bonne place et du sang-froid quand il le faut. Ça nous repose des énervés du Pouvoir qui ont déjà la langue pendante.

     
     
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