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    Graves lacunes dans les soins à domicile

    Le vérificateur général dénonce les délais d'attente pouvant aller jusqu'à trois ans et les disparités importantes entre les régions

    6 juin 2013 | Robert Dutrisac | Québec
    Carmine Di Raddo reçoit des soins palliatifs à la maison, entouré de sa fille Milena et de sa petite-fille Krizia.
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Carmine Di Raddo reçoit des soins palliatifs à la maison, entouré de sa fille Milena et de sa petite-fille Krizia.

    Québec — Alors que le gouvernement Marois promet un virage vers le maintien à domicile des personnes âgées, le vérificateur général du Québec constate de graves lacunes dans la prestation des soins à domicile, lacunes qui se traduisent par des délais d’attente allant jusqu’à trois ans et par d’importantes disparités entre les régions.

    « Il y a un redressement à faire », a affirmé le vérificateur général (v.g.) par intérim, Michel Samson, qui rendait public mercredi son rapport pour l’année 2013-2014. Il a rappelé que le gouvernement a dépensé 499 millions en 2011-2012 pour les soins à domicile destinés aux personnes âgées.


    Dans le chapitre iv de ce rapport, le v.g. s’est penché sur la prestation des soins à domicile que chapeautent les trois centres de santé et de services sociaux (CSSS) d’Ahuntsic et Montréal-Nord, de Gatineau et du sud de Lanaudière.


    Le v.g. relève que les usagers dont les besoins ne sont pas jugés « les plus prioritaires » peuvent attendre longtemps avant d’avoir accès aux services, « ce qui peut entraîner une détérioration de leur autonomie et une orientation en hébergement avant même qu’ils aient eu accès aux services ». Ainsi, au CSSS du sud de Lanaudière, les personnes qui se sont vu attribuer un niveau de priorité 2 (sur une échelle de 4, le niveau 1 étant le plus élevé) attendent en moyenne 453 jours pour obtenir des services sociaux, 896 pour des services d’ergothérapie et 991 jours pour des services de nutrition.


    Les évaluations des besoins des personnes âgées ne sont souvent pas à jour : le quart d’entre elles remontent à plus d’un an. Dans 7 % des cas, elles sont inexistantes. Les plans d’intervention, dont la production est une obligation imposée par la loi, manquent au dossier une fois sur deux. Plus du tiers de ces plans datent de plus d’un an.


    Le nombre d’heures moyen de services à domicile prodigués annuellement à chaque personne âgée varie considérablement : 54 heures en Outaouais, 96 heures à Montréal et 107 heures dans Lanaudière. Michel Samson n’avait pas d’explications à fournir à ce sujet, mais en 2011, la protectrice du citoyen avait constaté que des CSSS avaient « réorienté » des fonds réservés aux soins à domicile pour éponger des déficits ailleurs.


    Les professionnels passent peu de temps au domicile des personnes âgées et la proportion des heures qu’ils consacrent à ces activités diffère grandement d’un CSSS à l’autre, constate le v.g. Cette proportion peut varier de 17 % à 43 % pour les soins infirmiers et de 3 % à 55 % pour les services d’ergothérapie. Il n’existe aucune norme nationale quant au nombre moyen d’interventions par type de service.


    Pour le ministre de la Santé et des Services sociaux, le rapport du v.g. confirme ce qu’il observe depuis des dizaines d’années, a-t-il affirmé. L’assurance autonomie va changer la situation, a-t-il promis. « À l’heure actuelle, les gens sont à la merci du CSSS. » Dans deux ans, le v.g. ne pourra pas écrire le même rapport, a-t-il prédit. L’allocation de soutien à l’autonomie sera versée à la personne âgée à la suite d’une évaluation qui sera faite tous les ans et des standards nationaux seront introduits.

     

    Négligence auprès des déficients intellectuels


    Si le rapport du v.g. est sévère en matière de soins à domicile, il est encore plus accablant en ce qui a trait au programme visant la déficience intellectuelle (DI) et les troubles envahissants du développement (TED) comme l’autisme et pour lequel l’État a dépensé 869 millions en 2011-2012.


    Souvent placées dans des centres d’hébergement et desservies par des centres de réadaptation spécialisés (CRDITED), les personnes qui présentent une DI ou un TED sont « négligées », a fait observer Michel Samson. « Il y a négligence sur certains aspects. Mais c’est certain qu’ils méritent beaucoup mieux. Un redressement est nécessaire à plusieurs égards. » Il a rappelé qu’il s’agit d’une « clientèle vulnérable […] qui peut avoir certaines difficultés à défendre ses droits ».


    Dans les trois régions analysées - Bas-Saint-Laurent, ouest de l’île de Montréal et Montérégie -, « l’obtention d’un diagnostic est longue et ardue, note le v.g. Le délai va jusqu’à deux ans, ce qui limite l’intervention précoce auprès des enfants. »


    Au Centre de réadaptation de l’ouest de Montréal (CROM), 84 usagers étaient en attente depuis au moins 2008 d’une première intervention après l’évaluation de leurs besoins, pour une moyenne par personne de 1797 jours.


    Tant les CSSS que les CRDITED ne respectent pas les délais fixés par le ministère. En outre, « l’intensité » des services offerts diffère beaucoup d’un centre à l’autre : de 49 heures annuellement par usager en Montérégie à 119 heures dans l’ouest de Montréal.


    La ministre déléguée aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse, Véronique Hivon, a dit accueillir « très positivement » le rapport du v.g. « malgré la sévérité de certains constats ». À son arrivée en poste, elle a été « excessivement troublée » en prenant connaissance des délais d’attente, a-t-elle relaté.


    « Malheureusement, entre 2004 et 2012, l’attente a augmenté de 176 % pour les personnes qui ont un TED, a-t-elle indiqué. Je pense que le gouvernement précédent n’a pas vu venir le choc qui est causé par le fait que la prévalence en autisme - pour les TED - double chaque quatre ans depuis le début des années 2000. » Le gouvernement Marois a consenti 10 millions de plus aux cinq régions les plus touchées, dont la Montérégie, a mentionné la ministre.

    Carmine Di Raddo reçoit des soins palliatifs à la maison, entouré de sa fille Milena et de sa petite-fille Krizia. Réjean Hébert
     
     
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