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    Printemps érable - Ménard invite les policiers à venir se «vider le coeur» à huis clos

    Mais seuls les dirigeants des corps policiers acceptent de collaborer aux travaux de la commission spéciale

    4 juin 2013 |Marco Fortier | Québec
    Serge Ménard et ses deux commissaires adjoints, l’ex-présidente de la CSN Claudette Carbonneau et l’ancien juge Bernard Grenier
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Serge Ménard et ses deux commissaires adjoints, l’ex-présidente de la CSN Claudette Carbonneau et l’ancien juge Bernard Grenier
    Le président de la commission d’enquête sur le printemps étudiant de 2012, Serge Ménard, a lancé lundi ses travaux en invitant les policiers à venir « se vider le coeur » en privé, loin des caméras de télévision.

    M. Ménard et les deux commissaires adjoints, l’ex-présidente de la CSN Claudette Carbonneau et l’ancien juge Bernard Grenier, ont défendu farouchement leur indépendance par rapport au gouvernement. Ils ont rejeté les critiques des associations de policiers, de partis de l’opposition à l’Assemblée nationale et de groupes étudiants, qui boycotteront la Commission dont ils mettent en doute l’impartialité.


    Serge Ménard a invité les policiers à ignorer l’avis de leurs associations professionnelles, qui maintiennent leur recommandation de ne pas collaborer avec la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012. Les policiers qui le voudront pourront venir témoigner derrière des portes closes à titre individuel, a-t-il dit.


    « Nous aimerions avoir l’opinion des policiers qui étaient sur le terrain et nous voudrions probablement les entendre aussi en privé pour qu’ils se vident le coeur, qu’ils nous expliquent les difficultés qu’ils ont eues, qu’ils ne soient pas gênés, qu’ils n’aient pas peur de passer pour des plaignards devant les caméras », a déclaré le président de la Commission lors d’un point de presse, lundi matin.


    Les explications de Serge Ménard et de ses adjoints sont loin d’avoir rassuré les sceptiques, qui dénoncent la proximité de deux des trois commissaires avec le gouvernement Marois. Après une carrière d’avocat criminaliste, Serge Ménard a été ministre péquiste de la Sécurité publique, au tournant des années 2000, puis a siégé à Ottawa comme député du Bloc québécois, de 2004 à 2011. Quant à Claudette Carbonneau, ex-présidente de la CSN, elle a déjà vivement critiqué la loi 78 qui encadrait le droit de manifester, votée par le gouvernement Charest en plein Printemps érable.


    « Ce n’est pas parce que tu es pour un gel des droits de scolarité que tu es contre la police. Ce n’est pas parce que tu défends le droit de manifester que tu fais des appels à la violence, au contraire. Et ce n’est pas parce que tu défends le droit de manifester que tu ne reconnais pas qu’il y a un rôle légitime, utile, nécessaire de la police dans les circonstances », a fait valoir Claudette Carbonneau.


    Examiner les techniques


    Les trois commissaires parlaient pour la première fois en public depuis leur nomination controversée par le ministre Stéphane Bergeron, le mois dernier. Ils comptent tenir leurs premières audiences - dont certaines à huis clos - autour du 1er août et doivent remettre leur rapport le 20 décembre. Le coût estimé de la Commission est d’environ un demi-million de dollars.


    « Ce que le ministre nous demande, c’est essentiellement d’examiner les techniques utilisées par les forces policières et les méthodes employées par les agitateurs lors des manifestations », a expliqué Serge Ménard, lundi.


    « Bien que de façon générale, les très nombreuses manifestations du printemps 2012 se soient déroulées dans l’ordre et dans la bonne humeur, sous le signe de l’humour, il y a eu chez certains manifestants et certains policiers des débordements regrettables qui ont fait l’objet d’accusations devant les tribunaux ou de plaintes devant le conseil de discipline de la police », a-t-il précisé.


    Pas question de collaborer


    Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, dit être resté sur son appétit après le point de presse de Serge Ménard. Il a déploré l’utilisation des mots « débordements regrettables » par le commissaire, avant même le début des travaux de la Commission. « Ça nous laisse perplexes, et on n’a pas l’intention de collaborer », a insisté M. Francoeur.


    Il recommande à ses 4600 membres de ne pas aller témoigner devant la commission, même à huis clos. Selon lui, les policiers n’auront « aucune immunité » et risquent de s’incriminer en allant parler de leur travail au cours des 700 manifestations qui sont survenues durant le Printemps érable. Quelque 300 policiers sont cités devant le comité de déontologie policière dans 170 dossiers liés aux manifestations du printemps 2012, note Yves Francoeur.


    « Les policiers ne sont pas la cause de cette crise-là. Pourquoi vouloir nous faire porter le chapeau ? », dit-il.


    La direction des corps policiers provincial et municipal compte collaborer aux travaux de la commission, mais l’Assocation des policiers provinciaux du Québec boycottera elle aussi les audiences.


    Le député libéral Robert Poëti, un ancien policier qui a fait carrière durant 28 ans à la Sûreté du Québec, a dit comprendre la frustration de ses anciens collègues. La Commission « est une action partisane tout à fait inutile qui va coûter un demi-million de dollars », a-t-il réagi lundi.


    « Le rapport est déjà écrit d’avance, c’est un gros scoop : c’est la faute aux libéraux », a-t-il ajouté sur un ton ironique.


    De son côté, Québec solidaire invite les policiers et les associations étudiantes à venir témoigner, pour que la lumière soit faite sur le travail des policiers durant la crise. Le rapport accablant de la Ligue des droits et libertés, qui soulignait le manque de cohérence dans le travail des policiers, semble fondé, selon Françoise David.


    L’ASSE entend boycotter la Commission. Les deux autres associations étudiantes doivent déterminer la marche à suivre en congrès au cours des prochains jours.


     

    Avec la collaboration de Jeanne Corriveau

    Serge Ménard et ses deux commissaires adjoints, l’ex-présidente de la CSN Claudette Carbonneau et l’ancien juge Bernard Grenier Serge Ménard, président de la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012
     
     
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