L’ancien président du BAPE conseille une minière

Pierre Renaud
Photo: Source McCarthy Tétrault Pierre Renaud

Québec — Limogé par le gouvernement péquiste, l’ancien président du BAPE, Pierre Renaud, vient d’obtenir un contrat d’Investissement Québec pour conseiller Mine Arnaud en préparation des audiences publiques qui débuteront le mois prochain à Sept-Îles.


Selon ce qu’a appris Le Devoir, la société d’État va donc payer l’ancien grand patron du BAPE pour conseiller la minière québécoise Arnaud, qui se heurte à beaucoup à résistance pour son projet de mine d’apatite à Sept-Îles. Et ce, alors que le gouvernement Marois a annulé son contrat comme président du BAPE pas plus tard qu’en octobre dernier. L’ex-ministre de l’Environnement, Daniel Breton, lui reprochait notamment d’avoir politisé le BAPE en raison de sa proximité avec l’ancien gouvernement Charest.


À la tête du groupe du droit de l’environnement de McCarthy Tétrault depuis janvier, Pierre Renaud s’est vu confier le mandat d’aider la minière Arnaud à « préparer les audiences du BAPE », confirme Chantal Corbeil, porte-parole d’Investissement Québec, qui précise que trois ententes de service ont été passées avec la firme McCarthy Tétrault.


La décision de faire affaire avec la firme qui embauche notamment Jean Charest n’émane pas de la société d’État - propriétaire aux deux tiers de Mine Arnaud via sa filière Ressources Québec -, mais plutôt de la direction de mine Arnaud, qui a une longue relation d’affaires avec McCarthy Tétrault, précise-t-elle. « Nous, on finance, mais on n’est pas des experts de mines. On approuve les dépenses, mais on n’est pas dans la gestion quotidienne. »


Selon Chantal Corbeil, Investissement Québec n’a pas fait de vérifications particulières pour voir si l’ancien président du BAPE pouvait être en conflit d’intérêts, estimant qu’il n’y avait pas de problème puisque l’offre de service visait la firme d’avocats et non pas l’individu.


La porte-parole de McCarthy Tétrault, Hélène Sansoucy, n’a pas voulu commenter le mandat spécifique de Pierre Renaud, mais s’est portée garante de l’éthique du cabinet et de son personnel. « Je peux vous garantir à 110 % que toutes les mesures ont été prises. Tout a été fait de façon tout à fait transparente et dans l’éthique de la profession juridique. »


Critiques de Québec


Sans aller jusqu’à parler de conflit d’intérêts, le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, a remis en question les « convictions environnementales » de l’ancien président du BAPE. « C’est toujours préoccupant de voir une personne, dont la responsabilité a été d’être un chien de garde de l’environnement, mettre ses talents au service de ce qui pourrait s’avérer un intérêt contraire. Mais outre cela, moi, je ne vis pas dans la conscience de ces gens-là. »


Ce n’est pas la première fois que Pierre Renaud s’attire les foudres des politiciens à Québec depuis son départ du BAPE. En mars dernier, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, avait affirmé qu’il était « indécent qu’un ancien président du BAPE prenne la défense de l’industrie minière ».


Il réagissait aux propos de Pierre Renaud, qui avait affirmé, devant des leaders de l’industrie minière, que Québec était géré par une clique d’environnementalistes. Il leur suggérait notamment de prendre « le taureau par les cornes » et d’investir les médias pour « propager la bonne nouvelle ».


Débats houleux à prévoir


Comme président du BAPE, Pierre Renaud avait dû superviser un certain nombre d’audiences houleuses, dont celle sur les gaz de schiste, de même que sur le controversé projet d’Osisko à Malartic. Aujourd’hui passé du côté des promoteurs, Pierre Renaud risque encore une fois de connaître des audiences explosives.


En effet, le projet de mine d’apatite dans le canton Arnaud à Sept-Îles est loin de faire l’unanimité. Ces derniers mois, quelque 5000 résidants ont signé une pétition dans le but de convaincre la Ville de tenir un référendum consultatif. Dans sa décision, rendue le 13 mai dernier, la Ville dit s’en remettre au BAPE.


Une première séance d’information aura lieu le 11 juin à Sept-Îles. Le promoteur, Mines Arnaud, devra présenter au public son étude d’impacts. Les citoyens auront par la suite 45 jours pour demander une audience publique du BAPE.


Mine Arnaud entend extraire 556 millions de tonnes d’apatite, un minerai qui, une fois traité, permet de produire des fertilisants agricoles. Le projet est évalué à 750 millions de dollars et créerait de 800 à 1000 emplois directs. Les promoteurs espèrent commencer les travaux dès 2014 et être en production pour 2016, et ce, pour une période de 23 ans. La fermeture de la mine et la restauration du site prendraient un autre 2 ans.


Dans la description du projet sur le site du BAPE, le promoteur fait état des différentes répercussions sur le milieu humain, de même que pour l’air et les eaux de surface, mais s’engage déjà à prendre un certain nombre de mesures d’atténuation comme le propose l’étude d’impacts.


Les opposants craignent pour leur part que l’exploitation de la mine n’entraîne des impacts sur la santé des résidants et réclament une étude toxicologique.

11 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 24 mai 2013 08 h 20

    Les minières sont rusées, faut croire.

    Un peu comme l'étudiant qui trouverait les questions de l'examen important qu'il doit passer le lendemain. Ça peut aider, n'est-ce pas? Les minières sont risées, faut croire. Jusqu'à quel point gouvernement et fonctionnaires font semblant de jouer un jeu où les dés sont pipés, dans le but d'avantager les minières et leur faire empocher le magot? L'économie pèse lourd sur les frêles épaules d'un parti politique minoritaire au pouvoir. Somme toute, même pour un parti politique majoritaire, l'économie joue quasi un rôle de potentat sur la psychologie des pouvoirs en place.

  • Christian Fleitz - Inscrit 24 mai 2013 08 h 54

    Normal ?

    Démonstration évidente d'un manque de déontologie : les membres de l'administration et\ou d'organismes officiels devraient être interdits d'activité ultèrieures dans les domaines d'activité qui étaient les leurs, au moins pendant un laps de temps d'un certain nombre d'années. Mais, évidemment, ce principe n'existe que dans un cadre qui valorise le civisme et le respect de la chose publique et certainement pas dans un système néolibéral qui ne vise que le développement de l'individualisme et l'enrichissement personnel, même au détriment de l'intérêt commun.

  • Claude Lafontaine - Abonné 24 mai 2013 09 h 44

    L'Éthique, l'éthique !

    Pour compenser le manque d'éthique "naturel" possible d'anciens membres du BAPE, le Gouvernement devrait inclure dans leurs contrats d'embauche une clause qui empêche ces derniers de venir devant le BAPE défendre la cause d'une minière disons pour une durée de 2-3 ans après leur départ du BAPE.
    La cerise sur le gâteau ici c'est de voir qu'une socitété d'État (Investissement Québec) subventionne l'action de M.Renaud. Le bras droit du Gouv. ne sait pas ce que le gauche fait ? Où est la cohérence là-dedans vu de l'angle du Gouvernement ?

    • Serge Labossiere - Inscrit 24 mai 2013 12 h 51

      Oui M. Lafontaine, entièrement daccord, il faudrait faire le ménage aussi chez Investissement Québec et probablement ailleurs aussi, on constate de jour en jour que les libéraux ont truffés tous les organes du pouvoir.

      Est-ce que le PQ est capable de faire ce ménage? Aura t'il le courage de déplaire aux journalistes de l'Alliance médiatique: Corporation du Pouvoir et RadioCanada en tête qui recouvrent tout l'espace du même discours...

  • Danielle Houle - Abonnée 24 mai 2013 10 h 00

    Breton avait raison

    Daniel Breton avait certainement raison de faire un ménage au BAPE. Il connaissait bien les rouages de ce comité et de ses joueurs. De plus, l'impartialité des membres de l'ÉES sur les gaz de schiste semble confirmer que c'est normal qu'un comité ait un parti pris pour l'industrie. Au diable les résultats, au diable les humains.

  • Benoît Landry - Abonné 24 mai 2013 10 h 09

    Les portes tournantes...

    Ça devient de plus en plus clair que cet organisme ainsi que le ministère de l'environnement sont "partenaires" de l'industrie, autant au provincial qu'au fédéral.

    Je me demande bien comment se dépatouille M. Francoeur dans cet "environnement" ?