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    La réplique › Politique de souveraineté alimentaire - Une campagne d’achat chez nous ne fait pas une politique agricole

    Le gouvernement a complètement fait fi des recommandations du rapport Pronovost

    23 mai 2013 |Roméo Bouchard - Saint-Germain-de-Kamouraska, Coordonnateur de la Coalition SOS-Pronovost et ex-président-fondateur de l’Union paysanne | Québec
    Le déclencheur

    « Les attentes sont énormes en matière agricole. S’y croisent l’économie, l’occupation du territoire, l’environnement, la qualité de vie… et l’alimentation ! Des visions s’affrontent. C’est tout à l’honneur du ministre Gendron que son plan ait été accueilli avec ouverture et accompagné de la création d’une table de concertation où une quinzaine d’organismes des plus divers pourront discuter de sa mise en œuvre. L’agriculture n’est plus sur une tablette. C’est un très heureux changement. »
    Comme beaucoup d’autres, Josée Boileau, dans son éditorial sur la nouvelle Politique de souveraineté alimentaire, s’est laissé berner par le discours racoleur du gouvernement qui, pour une fois, semble avoir réussi à vendre sa salade. Le dossier agricole n’est visiblement pas familier à Mme Boileau et elle n’a visiblement pas lu, ou du moins compris, le rapport Pronovost.

    Personne ne peut s’opposer à une présence accrue des aliments produits et transformés au Québec, surtout quand on se sert d’un concept popularisé par les petits agriculteurs paysans, comme celui de souveraineté alimentaire, pour vendre des aliments industriels à haute teneur en OGM et résidus de pesticides.


    Mme Boileau croit sans doute sur parole le ministre Gendron quand il affirme sans sourciller que les agriculteurs du Québec ont réussi une prodigieuse révolution verte en agriculture, quand la part de l’agriculture biologique dépasse à peine 1 %, quand les cultures OGM nous envahissent, quand les ventes de pesticides et d’engrais chimiques ne cessent d’augmenter, quand la pollution des cours d’eau par les lisiers continue de plus belle, et cela, en dépit de réalisations agroenvironnementales positives ici et là.


    Des voeux pieux


    Mme Boileau, en tant qu’éditorialiste, devrait savoir qu’une politique agricole ne peut se limiter à une campagne d’achat chez nous qui ne dépasse pas les voeux pieux. On peut douter que les marges bénéficiaires des grandes chaînes d’alimentation et les budgets d’austérité des institutions publiques ne permettent une augmentation substantielle des achats d’aliments du Québec, encore faut-il qu’ils soient disponibles en quantité et aux conditions requises : le Québec n’est pas la Floride.


    Le rapport Pronovost avait bien compris que la crise que vivent les agriculteurs ne pourrait se régler sans une réorientation majeure de notre agriculture impliquant des réformes structurelles, particulièrement en ce qui concerne le soutien financier, les plans conjoints de mise en marché, l’accès à la zone agricole, la représentation syndicale et la réglementation sanitaire et environnementale, pour permettre le développement d’une agriculture d’appellation et de proximité, une agriculture territoriale, multifonctionnelle, une vraie agriculture de souveraineté alimentaire, rentable au surplus. Rien, dans cette politique, ne va dans cette direction.


    En réalité, au-delà du spectacle, la Politique de souveraineté alimentaire du gouvernement fait complètement fi des recommandations du rapport Pronovost, qu’a toujours refusé l’Union des producteurs agricoles parce qu’elles remettaient en question son contrôle absolu du secteur. Comme dans le cas des mines, de la forêt, de l’énergie, ce gouvernement vient de céder, malgré les apparences, au plus puissant lobby du secteur et de consacrer le statu quo. Du même coup, il fait fi de la vaste prise de conscience des 15 dernières années au Québec et dans le monde concernant une agriculture et une alimentation écologiques.


    Les entreprises agricoles traditionnelles vont donc continuer à passer aux mains des grands investisseurs, et les agriculteurs écologiques et artisans vont continuer d’être marginalisés.


    La table est mise, en effet… pour l’agrobusiness, et au menu, c’est de la tarte aux pommes !

     

    Roméo Bouchard - Saint-Germain-de-Kamouraska, Coordonnateur de la Coalition SOS-Pronovost et ex-président-fondateur de l’Union paysanne













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