La réplique > Construction - À la défense de la Charte du bois!
Il est logique que le gouvernement du Québec se préoccupe du traitement équitable du matériau bois: nous sommes un pays forestier et 63 000 emplois en dépendent!
«La politique “bois d’abord” est aussi le reflet du lobby intensif de l’industrie du bois, un lobby largement financé par des fonds publics, pour convaincre les politiciens de contourner le processus du Code du bâtiment. En agissant de la sorte, ces efforts ne tiennent pas compte de l’expérience et du jugement professionnel de bien des architectes et ingénieurs. De plus, les sérieuses réserves au sujet de la sécurité incendie semblent être ignorées.»
Les risques de la Charte du bois, Michael McSweeney, président et chef de la direction de l’Association canadienne du ciment, Le Devoir, 7 mai 2013.
Doit-on vraiment s’étonner que l’industrie du ciment s’inquiète de l’arrivée d’un matériau concurrent pour la construction des édifices de cinq et six étages et qu’elle craigne de perdre des parts de marché au profit de l’industrie du bois. Évidemment, personne ne se surprendra non plus d’apprendre que nous ne partageons pas l’opinion du lobby du ciment par rapport aux possibilités qu’offre le matériau bois en construction. Sans entrer dans une guerre de chiffres et d’interprétations techniques, nous ne pouvons cependant rester passifs devant le dénigrement que fait l’Association canadienne du ciment de la « Charte du bois » et des politiques de développement durable que nos gouvernements mettent de l’avant.
Dans un premier temps, et contrairement à ce que l’industrie du ciment prétend dans son article, la Charte du bois du gouvernement du Québec n’oblige pas la construction en bois, pas plus qu’en ciment ou en acier. Elle prescrit simplement que le bois soit considéré et évalué, au même titre que les autres matériaux, pour la construction de bâtiments publics et ceux subventionnés par l’État. Reconnaissant les avantages environnementaux du bois, à savoir que c’est une ressource locale, renouvelable, recyclable et qui requiert peu d’énergie à fabriquer. Cette politique vise à s’assurer d’un choix plus éclairé au moment de concevoir un édifice public avec un minimum d’impact sur l’environnement.
Plus de 63 000 emplois
N’est-il pas plutôt logique que le gouvernement du Québec, ou de la Colombie-Britannique, se préoccupe du traitement équitable du matériau bois dans le contexte où nous sommes un pays forestier générant plus de 63 000 emplois au Québec seulement. Tout comme il est cohérent que nos politiciens se préoccupent de développement durable dans le domaine de la construction.
Dans son article, l’Association canadienne du ciment soulève l’importance de considérer l’impact environnemental d’un bâtiment du berceau au tombeau. Mais du même souffle, il suggère de ne pas considérer l’impact environnemental du choix des matériaux de construction. Cette industrie suggère que le bilan environnemental d’un bâtiment ne se limite qu’à son efficacité énergétique ou à l’énergie requise pour le chauffer. On doit se questionner sur les motifs de l’industrie du ciment pour remettre en question les fondements mêmes du principe de l’analyse du cycle de vie (ACV). À quoi bon atteindre une haute performance énergétique si en contrepartie on le fait avec des matériaux polluants, faits à partir de ressources non renouvelables, non recyclables ou encore importées sur de grandes distances ?
En ce qui concerne les présumés risques de sécurité incendie et d’intégrité des bâtiments en bois qu’entraînerait un changement au Code pour permettre la construction de bâtiments de cinq et six étages en bois, rappelons que les codes de construction ne sont pas statiques et ils évoluent avec les avancées scientifiques. N’en déplaise à l’Association canadienne du ciment, la construction bois a évolué depuis trente ans avec de nouveaux produits en bois d’ingénierie, et la mise à niveau du Code n’est qu’un processus normal. Il est pour le moins étonnant de voir le lobby du ciment prétendre que les changements en cours sont de l’« improvisation » et que les professionnels et autres spécialistes des codes de constructions qui acceptent ces changements sont « irresponsables » et mettent en danger la sécurité du public ; on peut se demander qui, du gouvernement ou de l’Association du ciment, a une vision étroite et faussée !
Efficace, sécuritaire et économique
Les propositions de modification du Code de construction pour faire passer la limite du nombre d’étages pour les bâtiments en bois de quatre à six sont justement basées sur plus de 20 ans de recherches scientifiques, non seulement au Conseil national de recherche du Canada, mais également aux États-Unis, au Japon, au Royaume-Uni, en Italie et en Australie, pour ne nommer que quelques pays. C’est d’ailleurs dans les régions situées dans des zones à forts risques séismiques que les scientifiques et les professionnels retiennent les constructions bois comme une solution efficace, sécuritaire et économique.
Rappelons que la majorité des bâtiments résidentiels de trois et quatre étages au Canada sont déjà en bois et autorisés par le Code et qu’ils sont tout à fait sécuritaires. Rehausser cette limite à six étages sur la base des nombreux essais scientifiques réalisés ne constitue pas une révolution. Ce type de construction se fait déjà aux États-Unis et ailleurs dans le monde. La Colombie-Britannique construit depuis quatre ans des bâtiments en bois de six étages et les seuls qui s’en préoccupent à l’heure actuelle sont les autres lobbys. Contrairement à ce qu’avance l’industrie du ciment, ces édifices sont de construction privée et les professionnels qui ont fait ce choix ne sont pas tous des imbéciles.
Enfin, plutôt que de critiquer à tout vent le jugement de nos politiciens et de nos professionnels impliqués dans la rédaction des codes de construction et dans l’établissement des politiques de développement durable, j’invite M. McSweeny à faire ce qu’il prêche ; soit de laisser aux professionnels qualifiés le soin de déterminer les règles de sécurité dans le domaine du bâtiment, à nos politiciens d’établir les politiques de développement durable et, finalement, à nos architectes et ingénieurs de choisir d’utiliser le bon matériau au bon endroit.







