Opération charme à Chibougamau
«Le Nord pour tous» n’est pas qu’un slogan, affirme Pauline Marois, mais plusieurs questions demeurent encore sans réponse
Entourée de cinq ministres et de deux députés de la région, la première ministre Pauline Marois tenait à marquer le coup et à rassurer les élus locaux et les représentants de l’industrie, que l’on comptait par dizaines au club de golf de Chibougamau.
« La forte présence des membres du gouvernement marque notre volonté de soutenir et d’appuyer les communautés, a affirmé Pauline Marois. Le développement nordique, on y croit. »
La première ministre a annoncé la création du Fonds de développement nordique, qui bénéficiera d’investissements de plus de 800 millions de dollars pour les infrastructures publiques, « des fonds qui sont provisionnés, disponibles et prévus dans les budgets », a-t-elle répété fièrement.
Le gouvernement n’a pas précisé le détail de ces investissements, affirmant qu’ils permettraient d’assurer « la construction d’infrastructures routières, de logements sociaux, de parcs nationaux et de centres multifonctionnels pour la formation professionnelle ».
Dans le plan de séduction du gouvernement Marois, c’est le ministre des Transports, Sylvain Gaudreault, qui a eu le beau rôle en annonçant pour 20 millions de projets à retombées locales, un réseau d’égout par ci, des terrains résidentiels par là. « Ça m’a fait plaisir de vous serrer la main à l’aéroport, mais tantôt, je vais même vous embrasser ! », s’est exclamée la mairesse de Chibougamau, Manon Cyr.
Secrétariat au développement nordique
La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, qui a été fortement critiquée par les oppositions ces dernières semaines, est venue présenter les grandes orientations du Secrétariat au développement nordique, qui sera sous sa responsabilité. Elle parle d’une structure « souple et efficace » qui « permettra de coordonner l’ensemble des interventions des ministères ».
Le secrétariat aura trois « antennes » : à Chibougamau, à Baie-Comeau et à Sept-Îles. Il aura notamment le mandat de « revoir le modèle d’affaires au niveau des infrastructures » pour permettre un « accès équitable » au territoire avec un partage des coûts avec les utilisateurs. La ministre regarde du côté du Port de Sept-Îles, qui est un modèle « exemplaire », mais avoue n’en être encore qu’à l’étape de « l’étude ».
Absence du ministre de l’Environnement
« L’ensemble des députés concernés par le Nord sont présents », a lancé fièrement Martine Ouellet, en présentant les membres du Secrétariat au développement nordique. Dans le lot, nulle trace de son collègue du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP), Yves-François Blanchet.
Pourtant, les mots « environnement » et « développement durable » figurent dans toutes les communications du gouvernement sur le Nord pour tous. C’est même l’un des trois grands axes, avec le développement social et économique, autour duquel s’articule la stratégie qui reste à être définie par le Secrétariat.
En entrevue au Devoir, Yves-François Blanchet répète que « ce n’est tellement pas un problème », puisque « tous les projets » du développement du Nord devront ultimement passer par son ministère pour obtenir des certificats d’autorisation.
« On a pas mal de chaudrons au feu. […] Ça ne veut pas dire que le ministère de l’Environnement n’est pas préoccupé par les questions nordiques. »
Confusion autour des cibles de conservation
Le ministre de l’Environnement a réitéré, comme l’avait fait plus tôt Pauline Marois, son intention de soustraire 50 % du territoire du Nord à toute activité industrielle d’ici 2035. De ce 50 %, l’ancien gouvernement libéral s’était engagé à mettre 20 % en aires protégées.
En point de presse en matinée, Pauline Marois a confondu, parlant plutôt de la cible officielle du gouvernement de 12 % pour l’ensemble du Québec. Après quelques heures de flou, le ministre de l’Environnement est venu rectifier la donne : il n’a « jamais même pris en considération » cette cible de 20 % d’aires protégées dans le Nord. « Je ne me sens pas lié par les engagements du Parti libéral », a-t-il affirmé en entrevue. Sur le site du Nord pour tous, cette cible est néanmoins indiquée clairement.
Sur la façon dont les territoires à protéger seront choisis, le ministre de l’Environnement se « garde la totalité de la latitude », mais assure qu’il y aura des « consultations hautement représentatives » qui seront « passablement en continu ».
Opposition
Pour le député Jean D’Amour, porte-parole libéral pour les mines, le plan annoncé par la première ministre est une « copie » du Plan Nord de Jean Charest. « Ils [les péquistes] ont dénoncé le Plan Nord et aujourd’hui [mardi], ils annoncent encore une fois le Plan Nord avec à peu près les mêmes éléments », juge Jean D’Amour.
Dans son dernier budget, l’ex-ministre des Finances Raymond Bachand énumérait les investissements publics dans le Nord québécois qui totalisaient 890 millions en cinq ans. « Nous, on autofinançait le développement du Nord. Ce n’est pas le cas aujourd’hui », a fait valoir le député libéral.
Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a déploré, de son côté, que Pauline Marois n’ait pas annoncé d’investissements du secteur privé. « C’est normal qu’il y ait une part publique. Mais il faut aussi qu’on soit assez sûr qu’on ait un plan et des investissements privés. Si les contribuables sont les seuls à investir dans le Plan Nord, ça ne sera pas très payant », a-t-il fait remarquer.









