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Libre opinion - Ne laisser personne de côté!

8 mai 2013 | Françoise David - Députée de Gouin, porte-parole de Québec solidaire | Québec
Agnès Maltais, ministre de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Condition féminine, veut couper des allocations à l’aide sociale et répète qu’elle « n’échappera personne ». Ils seront supposément rencontrés dès le mois de juin, ces hommes seuls de 54 ans, à l’aide sociale depuis souvent plus de 10 ans et qui n’ont pas terminé une 5e secondaire. Les centres locaux d’emploi (CLE), pourtant en panne de personnel, leur trouveront un programme d’insertion au travail et un gentil employeur qui voudra bien leur donner une chance. À 55 ans. Vous y croyez, vous ? Je sais : les entreprises cherchent des travailleurs qualifiés, diplômés, ces temps-ci. Désolée, il n’y en a pas tellement à l’aide sociale. Sinon, vous pensez bien, ils seraient déjà au travail !

Au 30 septembre, on coupera aussi dans l’aide aux mères de jeunes enfants. Près de la moitié n’ont pas un diplôme d’études secondaires. Les rares fonctionnaires des CLE tenteront de les amener rapidement sur le marché du travail. Une baguette magique ne ferait pas mieux… mais dans la vraie vie, la ministre va « en échapper », des personnes pauvres, et beaucoup. Je ne suis pas seule à l’affirmer, plusieurs organismes sérieux ont dit exactement la même chose. Une question se pose alors : pourquoi cette obstination à couper dans les allocations de personnes déjà en situation de détresse ?

 

Comme un mauvais « remake »


En 2001, un gouvernement du Parti québécois lançait une consultation sur la lutte contre la pauvreté avec un document intitulé Ne laisser personne de côté. Un peu comme dans : « n’échapper personne » ! Pourquoi cette consultation ? Pour corriger l’impression désastreuse laissée par son insensibilité totale aux revendications relatives à la pauvreté, de la Marche mondiale des femmes en octobre 2000. Aussi pour répondre au formidable mouvement de solidarité qui avait émergé autour du projet de loi citoyen pour l’élimination de la pauvreté. En décembre 2002, une loi-cadre visant « à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale » était finalement adoptée et, qui plus est, à l’unanimité des voix à l’Assemblée nationale. Onze années plus tard, où en sommes-nous ? Ceux et celles qui sont au bas de l’échelle ont-ils amélioré leur sort ? Notre société est-elle moins inégalitaire ?


J’aimerais répondre oui à ces questions et passer à un autre appel. Mais nous n’en sommes pas là. Il y a moins de personnes à l’aide sociale aujourd’hui qu’il y a 11 ans. Les familles pauvres ont amélioré leur sort surtout à cause de l’augmentation importante des allocations pour les enfants. Et puis… c’est tout. En fait, le sort des personnes seules à l’aide sociale s’est grandement détérioré. Celles que l’on dit « aptes au travail » ont vu leur prestation à demi indexée durant quatre ans, gracieuseté du gouvernement libéral. On n’a connu aucune augmentation réelle de la prestation de base malgré une hausse importante du coût de la vie. Aujourd’hui, comme en 2002, une personne sur dix, au Québec, n’a pas un revenu lui permettant de couvrir ses besoins de base.


Et le nombre de travailleuses et de travailleurs pauvres augmente malgré une progression sensible du salaire minimum. Beaucoup de personnes au salaire minimum travaillent environ 25 heures par semaine. Comment arriver ? Sans compter tous ceux qui passent par des agences de placement temporaire pour dénicher un emploi généralement sous-payé ! Il n’est pas étonnant qu’entre 2008 et 2012, la fréquentation des banques alimentaires ait augmenté de 22 %.

 

Thérapie pour les angoissés fiscaux ?


Cette triste situation devrait secouer le gouvernement actuel, commander une intervention audacieuse et déterminée pour enfin s’attaquer à la pauvreté. En lieu et place, il coupe une allocation donnant juste un peu de répit à des parents de jeunes enfants et aux personnes qui atteindront l’âge de 55 ans le 1er juin prochain. Tout ça pour épargner 34 millions. Et pourquoi épargner 34 millions en sabrant le maigre, très maigre budget des plus pauvres ? Parce que ces personnes vulnérables, souvent en détresse physique et psychologique, ces exclus des salons mondains… doivent contribuer à une atteinte obsessionnelle de l’équilibre budgétaire en 2013-2014. Chacun doit collaborer, n’est-ce pas ?


Ce qui me révolte tout particulièrement, c’est que cet « effort budgétaire » est demandé à des personnes dépossédées d’une vie tout simplement décente. Pendant ce temps… eh bien, on ne demande aucun effort aux plus riches et aux entreprises. Il est vrai qu’il faut les ménager, ils font de l’angoisse fiscale ! Un psy gratis avec ça ?

 

Un défi, madame la ministre


Si vous voulez vraiment permettre à des milliers de personnes de sortir de la pauvreté, oubliez vos coupes et augmentez les prestations de base pour toutes les personnes assistées sociales. Embauchez des fonctionnaires pour les rencontrer et prendre le temps de bâtir avec elles un plan de retour au travail quand c’est possible et réalisable. Vous êtes aussi ministre du Travail ; faites le ménage dans les agences de placement ! Assurez-vous que des employeurs sont vraiment disposés à embaucher des travailleuses et des travailleurs sur une base régulière avec des salaires décents. Éliminez de la prestation des mères à l’aide sociale le montant reçu pour une pension alimentaire.


Si vous travaillez dans cette direction, alors je croirai que vous ne laissez personne de côté, que véritablement vous « n’échapperez personne ». Il y a des reculs qui sont l’expression du bon sens et de la générosité.

 
 
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