La réplique › Le syndicalisme - 1er mai, fête des Travailleurs, pas des syndicats!
Le «modèle québécois» de la construction a conduit à un vaste détournement de mission
« Il faut chérir le modèle de concertation social que nous avons développé au Québec entre les représentants des travailleurs, les employeurs et le gouvernement. Nous nous sommes donné, au cours des années, plusieurs pratiques et institutions pour alimenter le dialogue entre tous ces acteurs. […] En tant que première ministre, je m’engage à relancer ce dialogue et à le défendre chèrement. C’est cet esprit qui m’animera lorsque je rencontrerai les chefs syndicaux dans quelques instants. Je salue d’ailleurs leur présence aujourd’hui parmi nous. Merci d’être là. […] Merci de contribuer au développement social, culturel, économique du Québec. »
— La première ministre Pauline Marois, à l’Assemblée nationale, mercredi.
La semaine dernière, on apprenait, sans grande surprise, que le leader syndical, Donald Fortin, directeur général de Conseil provincial (International), a profité de matériaux gratuits de la part d’entrepreneurs, du « bénévolat » de travailleurs syndiqués et même d’un prêt sans intérêt pour se construire une somptueuse demeure.
Si des entrepreneurs, des travailleurs ou des prêteurs font preuve d’autant de générosité, ce n’est pas nécessairement de gaieté de coeur.
Le « modèle québécois » des organisations supposément vouées à la défense de l’intérêt des travailleurs conduit présentement à un vaste détournement de mission. L’industrie québécoise de la construction est la plus syndiquée et réglementée du continent.
Le gouvernement oblige tous les travailleurs à être syndiqués avec l’un des cinq syndicats officiellement reconnus. Les compétences et l’expérience, pour ne nommer que celles-là, ne sont plus les qualités premières qui garantissent l’embauche sur un chantier.
Pour complexifier les choses, le travail est cloisonné en 26 métiers, divisé en 15 régions. À titre de comparaison, l’Ontario ne compte que 6 métiers et le travailleur est libre d’exercer sa profession n’importe où dans sa province. Cette surdivision arbitraire augmente d’autant le pouvoir des roitelets syndicaux dans chaque région, comme on l’a vu avec « Rambo » sur la Côte-Nord.
Des coûts importants
L’économiste Pierre Fortin évalue que cette simple réglementation fait augmenter les coûts de 10,5 % sur les chantiers québécois, soit l’équivalent d’une perte annuelle de 3,4 milliards.
Ça coûte cher, un système où les syndicats décident qui est embauché, pendant combien de temps, à quelles conditions et, surtout, où on envoie les moins productifs.
Si vous avez le malheur de diriger un chantier, vous êtes bien mieux d’être dans les bonnes grâces du syndicat.
L’entrepreneur n’a d’autres choix que « d’investir » pour maintenir de bonnes relations avec le représentant syndical de sa région ou du local convoité.
Les enveloppes brunes pullulent. Certains syndicalistes ont aussi raffiné leurs techniques d’extorsion. Ainsi, un leader syndical originaire des îles de la Madeleine remplit son garage tous les ans de homards lorsqu’arrive la saison pour inviter les donneurs d’ouvrages et les travailleurs qui souhaitent avoir un job 12 mois par année à acheter des caisses de homards vendues à dix fois la valeur marchande.
L’émission J.E. a également révélé un autre stratagème : une loterie moitié-moitié vendue 20 $ par le représentant syndical aux travailleurs qui acceptent « volontairement » d’acheter un billet hebdomadairement. Les 100 meilleurs parieurs se retrouvent, comme par hasard, en tête de liste lorsque vient le temps de trouver du travail, et le leader syndical corrompu se met un beau 1000 $ supplémentaire dans les poches toutes les semaines.
Doit-on alors s’étonner lorsque L’actualité rapporte que Tony Accurso est « le favori des favoris » du Fonds de solidarité FTQ, qui a investi plus de 250 millions dans ses entreprises ? Accurso avoue même qu’il ne serait jamais devenu un prospère homme d’affaires sans l’appui de celui qu’il décrit comme son « père », l’ex-président de la FTQ, Louis Laberge.
Malheureusement, la liste des complices du système syndical québécois n’inclut pas uniquement les entrepreneurs et les travailleurs de l’industrie. Nos politiciens font aussi partie de la magouille.
J’ai travaillé pendant plusieurs années pour le Bloc québécois à Ottawa. Je me souviens encore, lorsque j’étais conseiller politique au cabinet du chef Gilles Duceppe, nos organisateurs appelaient la CSN, la FTQ ou d’autres syndicats pour : remplir des salles, préparer une conférence de presse commune, payer des activités quasi partisanes, appuyer publiquement nos initiatives politiques, réclamer un délégué « bénévole » dans chacune des circonscriptions pendant les élections ou même assurer la sécurité de nos rassemblements. Le même copinage syndicalo-politique s’applique à plusieurs autres partis. AUCUN autre lobby n’intervient aussi directement dans le processus politique, en défiant ouvertement l’esprit et la lettre de nos lois électorales, sans être sanctionné sévèrement.
Si on donnait le choix d’adhérer ou non à ces organisations syndicales, plusieurs gars de la construction décideraient, demain matin, de ne plus payer de cotisations. En Ontario, les 30 % de travailleurs syndiqués côtoient sur les chantiers les 70 % de leurs collègues non syndiqués. Et, croyez-le ou non, les bâtiments sont aussi bien construits et généralement à meilleur prix.
À la prochaine Journée internationale des travailleurs, ferblantiers, menuisiers, plombiers, électriciens et travailleurs des autres corps de métier, je vous souhaite rien de moins que de vous libérer des syndicats !








