Virage jeunesse en politique municipale
Un conseiller municipal sur 10 est aujourd'hui âgé de moins de 35 ans
En région, l’image qu’on se fait d’un élu municipal est souvent celle d’un homme de plus de cinquante ans. La Commission des jeunes élus et élues de l’Union des municipalités du Québec tente de briser cette image et quand on parle à son président David Bousquet, on réalise qu’une petite révolution anime le monde de la politique municipale.
La Commission des jeunes élus et élues de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) voit le jour en 2007. Depuis sa mise sur pied, on y réalise de nombreux projets ayant pour but d’informer et de sensibiliser les jeunes à la politique municipale, ce qui est le mandat premier de cette commission. En conséquence, on cherche par tous les moyens à susciter la participation citoyenne des jeunes, qu’elle soit électorale ou civique, à encourager la relève chez les jeunes en politique municipale, à offrir un soutien aux jeunes élus municipaux, en encourageant notamment l’amélioration des relations intergénérationnelles au sein des conseils municipaux, à sensibiliser les conseils municipaux aux questions touchant la jeunesse et à communiquer à l’UMQ le point de vue des jeunes élus municipaux en matière de démocratie et dans certains autres dossiers politiques. Parmi les moyens mis en oeuvre par la commission dans le cadre de son mandat, on retrouve des ateliers politiques lors des Assises annuelles de l’UMQ, la création du prix Personnalité de la relève municipale de l’année. Enfin, en 2011, avait lieu la Course destination villes et villages.
David Bousquet, qui à l’aube de ses 35 ans ne se trouve « plus nécessairement très jeune », est le président de la commission des jeunes depuis 2011. « Quand j’ai appris l’existence de cette commission, j’étais impressionné parce qu’elle permettait de faire la connaissance d’autres jeunes élus de milieux variés et de partager nos expériences à titre d’élus », raconte celui qui s’est fait élire conseiller municipal à Saint-Hyacinthe pour la première fois en 2009.
Et le réseautage, il y croit : « On se sent beaucoup moins seuls et on est capables de partager les réalités qu’on vit comme jeunes. Par exemple, la conciliation travail-famille-politique, c’est un enjeu qui n’est pas facile, mais entre jeunes, quand on en discute, ça nous permet de voir comment les autres se sont organisés, comment ils arrivent à trouver du temps et de l’énergie pour entrer en politique et faire avancer des dossiers locaux. Ç’a été mon premier coup de foudre avec la Commission des jeunes. »
Nouvelle vision
Si la fonction première de la commission est d’intéresser les jeunes à la politique municipale, les élus de la commission se sont aussi donné comme mandat de fournir des avis au conseil d’administration de l’UMQ sur certains enjeux qui touchent la jeunesse. « Si on reprend l’exemple de la conciliation travail-famille dont on parlait précédemment, c’est un enjeu particulier en politique municipal en ce qui a trait au régime d’assurance parentale, puisque le mode de rémunération des élus est particulier et qu’on ne peut pas arrêter complètement de travailler », raconte David Bousquet. Dans ce contexte, la commission prend position et tente d’amener le conseil d’administration de l’UMQ à faire de même sur des enjeux propres aux jeunes.
En pourcentage, ce sont 10 % des conseillers municipaux à travers le Québec qui sont âgés de moins de 35 ans. Ce contingent amène des idées neuves et une nouvelle vision de la municipalité de demain. « Les jeunes sont réputés pour leur dynamisme et ils veulent du changement, donc ils sont de tous les dossiers qui permettent à leur municipalité de bouger, d’évoluer et de devenir plus proactive », explique David Bousquet. Celui-ci se rappelle que dans sa municipalité de Saint-Hyacinthe, en 2009, lors d’élections qui ont beaucoup rajeuni le conseil municipal, l’une des toutes premières initiatives aura été d’instaurer un programme de subvention aux jeunes parents pour l’achat de couches réutilisables. « Cette action, qui venait soutenir les jeunes familles, était pour notre nouveau conseil un geste qui rejoignait les valeurs des plus jeunes conseillers sensibles aux enjeux touchant la famille. »
Dans le même ordre d’idées, plusieurs chantiers ont aussi été entrepris pour améliorer les structures de loisirs dans la région, ce que réclamaient les jeunes familles et qui a été entendu par les conseillers municipaux. Le vieillissement de la population devient un enjeu de société majeur. Toutes les municipalités ont donc tout avantage à mettre sur pied des incitatifs pour attirer chez elles les familles avec de jeunes enfants.
Électeurs municipaux en herbe
Aujourd’hui, le monde municipal se fait malmener en raison de toutes les rumeurs de collusion et de corruption. Ici aussi, les jeunes désirent faire changer les choses : « On a moins de contraintes en matière de transparence, on est plus enclins à partager l’information. À cet égard, les jeunes ont beaucoup à apporter à la municipalité de demain et à l’UMQ aussi », ajoute M. Bousquet.
Quand on sait que dans la population générale, le taux de participation aux élections municipales oscille autour du 35 %, on se demande bien comment une commission de jeunes élus peut convaincre les jeunes de s’intéresser à la politique municipale. Depuis la création de la commission, plusieurs actions ont été entreprises.
Créée en 2007, tout juste avant les élections de 2009, on en avait donné le coup d’envoi en mettant sur pied une grande tournée dans tout le Québec « pour aller à la rencontre des jeunes afin de leur parler du monde municipal et de la démocratie municipale », rappelle David Bousquet. Ensuite, en 2011, la commission a amené les jeunes à créer des documentaires vidéo sur leur vision de leur municipalité. « On a présenté ces petits films lors des assises annuelles de l’UMQ et plusieurs élus ont visionné les documentaires pour connaître ce qu’était en effet cette vision qu’avaient les jeunes. »
En cette année d’élections, la commission a lancé deux projets : le premier s’appelle Électeurs municipaux en herbe. Il s’agit d’une série de capsules vidéo s’adressant aux 13 à 18 ans. Dans ces capsules, on entend de jeunes élus parler de leur implication et de leur rôle dans le monde municipal. Ce programme est actuellement distribué dans les écoles secondaires et plusieurs de ces capsules circulent déjà dans les réseaux sociaux. Le second projet s’appelle Relève municipale 2.0 et vise les jeunes de 18 à 25 ans. Ce projet utilise lui aussi des capsules vidéo pour rejoindre le jeune électorat. On peut voir ces films dans les cégeps et les universités dans le cadre de forums jeunesse organisés par ces établissements. « On utilise la vidéo pour amorcer la discussion, et ensuite, les élus, présents lors de réunions, participent à des échanges avec les jeunes étudiants », nous explique David Bousquet.
Lors des dernières élections provinciales, on a vu les jeunes participer en plus grand nombre qu’à l’habitude. David Bousquet souhaite que ce mouvement citoyen prenne de l’ampleur et qu’on puisse vérifier une telle participation pour les prochaines élections municipales.
Collaboratrice









