Référendum de 1995: le camp du Non financé illégalement

Gilles Cloutier
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gilles Cloutier

L’organisateur libéral Gilles Cloutier a admis mardi, devant la commission Charbonneau, avoir financé illégalement des activités de la campagne du Non dans les régions des Laurentides et de Lanaudière, lors du référendum de 1995.

Gilles Cloutier coordonnait les activités du comité du Non dans les 35 circonscriptions situées dans ces deux régions au nord de Montréal, lors de la campagne référendaire. Alors que les forces du Oui et du Non étaient au coude à coude dans les sondages, il a dépensé des milliers de dollars, en argent comptant, pour louer des panneaux publicitaires en faveur de l’option fédéraliste. Il a également pris soin d’embaucher des gardiens de sécurité afin de tenir les vandales à l’écart.


Il n’a pas déclaré ses dépenses. Fidèle à ses habitudes, il dit avoir caché ses dépenses illégales même à l’agent officiel du comité du Non dans les Laurentides et Lanaudière. « J’ai fait passer ça par une compagnie d’enseignes et je trouvais des amis qui étaient dans les affaires et le compte allait là, a-t-il expliqué. Ceux qui étaient bien partisans du Non payaient les affiches et les installations. »


De son propre aveu, il a dû livrer « une grosse bataille » dans des circonscriptions qui n’étaient pas acquises au Non. « Le feu prenait dans nos pancartes la nuit. Il fallait les remettre. On s’est battus jour et nuit », a-t-il dit.


L’organisateur n’en était pas à sa première campagne référendaire. Il s’est impliqué dans le camp du Non en 1980, dans les circonscriptions de Deux-Montagnes et de Groulx.

 

« Manipulation »


À Québec, des membres influents du gouvernement Marois ont affirmé que le témoignage de Gilles Cloutier vient confirmer les méthodes contestables du camp du Non, dans la bataille référendaire. Le Non l’a emporté par une marge extrêmement serrée de quelque 50 000 votes.


Les aveux de l’organisateur libéral « confirment les pires scénarios par rapport à la manipulation qu’il y a eu sur le référendum de 1995 », a réagi Stéphane Bédard, président du Conseil du trésor et leader parlementaire du gouvernement.


Le Directeur général des élections n’a jamais pu faire la lumière sur les dépenses du camp fédéraliste au référendum de 1995, parce que plusieurs de ces dépenses émanaient de l’extérieur du Québec, souligne M. Bédard. Les fédéralistes ont notamment financé le grand rassemblement d’amour du Canada pour le Québec, à place du Canada, à trois jours du vote, a rappelé le ministre Bernard Drainville.


« M. Cloutier nous dit que lui-même a contribué au financement illégal du camp du Non. C’est une preuve de plus que les fédéralistes ont essayé d’acheter le résultat du référendum, ont essayé d’acheter la conscience des Québécois. Ça s’ajoute au programme des commandites qui visait ça également », a-t-il déclaré aux journalistes.

69 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 1 mai 2013 05 h 27

    C'est ahurissant...

    Qu'un tel individu ait pu sévir aussi longtemps en toute impunité.
    Il y a comme une espèce de nausée qui me prend : du jamais vécu!

    • Jean Boucher - Inscrit 1 mai 2013 09 h 54

      On peut reprôcher une chose au camp du Oui: une naïveté certaine. Il ne faut jamais que celà se reproduise.
      A bon entendeur Salut!

  • Guy Rivest - Abonné 1 mai 2013 06 h 12

    Quand la fin justifie les moyens

    Les révélations de M. Cloutier n'ont rien d'étonnant. Nous savions déjà qu'il y avait eu du magouillage dans le camp du Non quand Ottawa a refusé au Directeur général des élections du Québec de traverser la rivière Outaouais pour enquêter sur les malversations entourant le référendum de 1995. Nous savions aussi que les Canadiens, lors du love-in de la place du Canada à la veille du référendum, étaient venus nous affirmer leur amour à 10 pour cent du prix de leurs billets d'avion et de train, gracieuseté non comptabilisée d'Air Canada et de Via Rail. L'accélération à Immigration Canada du processus d'admission de milliers d'immigrants dont l'immense majorité était favorable au Non avait aussi fait les manchettes à l'époque. Il y a peu de doutes sur le fait que le Québec serait aujourd'hui un pays si le camp du nom n'avait pas triché.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 1 mai 2013 09 h 54

      La fin justifie les moyens. C’est ce que pensait également l’ancien directeur du programme des commandites Charles Guité en déclarant au juge Gomery qu’il fallait contourner les règles d’attribution des contrats parce qu’Ottawa "était en guerre" contre le gouvernement séparatiste du Québec et qu’il "fallait sauver le pays".

      Guité avait acheté, pour 8 millions de dollars, tout l’espace publicitaire au nom du NON afin de bloquer l’accès publicitaire au camp du OUI. Que sert d'avoir des règles quand on ne joue pas franc jeu?

    • Laurent Desbois - Inscrit 1 mai 2013 10 h 56

      Sheila Copps (candidate à la présidence nationale du Parti libéral du Canada 2012), qui souhaitait « écraser » les souverainistes lors du référendum volé de 1995 :
      « We have the cash. They follow the money. »
      “Nous avons le cash, Ils suivront l’argent.”

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 1 mai 2013 06 h 21

    Ingénieux

    L'ingénierie, le fleuron du Québec, ouais !

    Un ingénieur est une personne qui a appris à faire les choses autrement pourtant. Des ponts pour passer au dessus des rivières et bien ils en ont fait pour passer au dessus de nous aussi.

    Le nouveau Québec est construit avec les bonne vieilles méthodes à la Duplessis. Quand ça marche, pourquoi changer. Ingénieux ! Que va t'il arriver quand cette génération de magouilleurs va périr ? D'autres lois paravents ?

    Ne cherchez pas la démocratie ici, elle a été enterrée sous les viaducs !

    Ce matin, je crois que l'espoir a quitté nos terres. Tout ce que j'ai cru, tout ce combat, toutes mes valeurs, toutes mes prétentions effondrées ! Toute notre histoire n'est qu'une suite ininterrompue d'escroqueries depuis le tout début !

    Mon âme est en berne.

  • Daniel Houx - Inscrit 1 mai 2013 06 h 33

    Jacques Parizeau avait raison

    quand il a dit qu'on avait été battu par l'argent.

    • Pierre Schneider - Abonné 1 mai 2013 07 h 44

      L'argent et l'indéniable vote raciste de certaines circonscriptions à majorité anglophone.

    • David Kristal - Inscrit 1 mai 2013 11 h 00

      Porquoi raciste?

    • Pierre Schneider - Abonné 2 mai 2013 10 h 13

      @ David Kristal: Parce que les anglos ont voté massivement et en bloc contre l'autodétermination du Québec français. Tout simplement. Vote ethnique, comme le disait justement Monsieur Parizeau.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 1 mai 2013 06 h 52

    Et le vote ethnique...

    Quand on pense qu'aujourd'hui, nous serions un pays...
    Il est nécessaire de revoir le passé pour mieux comprendre l'histoire du référendum de 1995.

    La fripouille était au rendez-vous pour que le NON gagne. On s'est fait voler notre pays par un Trudeau et ses comparses.

    VIVE LE QUBEC LIBRE!