Commission Charbonneau — Zampino aurait demandé 100 000$ à Roche, dit Cloutier
L'ex-organisateur politique Gilles Cloutier implique directement l'ex-président du comité exécutif de Montréal, Frank Zampino, dans le financement du parti Union Montréal en 2001, rapportant que celui-ci lui aurait réclamé 100 000 $ pour sa campagne électorale.
«M. Zampino m'a appelé, m'a fait venir dans son bureau, au mois de mai avant l'élection de novembre 2001. Il m'a fait rentrer dans son bureau. On s'est assis, on a jasé et il m'a dit "ça nous prendrait de ta firme 100 000 $"», a rapporté le témoin, mardi, devant la Commission Charbonneau.
Vu l'importance de la somme demandée, M. Cloutier a dû obtenir l'aval d'un supérieur au sein de la firme de génie Roche, Marc-Yvan Côté, un ancien organisateur du Parti libéral du Québec, ex-ministre des Transports et ex-ministre de la Santé.
La firme Roche a bel et bien donné 100 000 $, a-t-il précisé, pensant ainsi obtenir des contrats à Montréal.
600 000 $ au total
Et, selon lui, cinq autres firmes de génie ont versé une somme similaire, soit au total 600 000 $ de la part de Cima+, SNC-Lavalin, Génivar, BPR et Dessau, en plus de Roche.
M. Cloutier s'est personnellement acquitté de la tâche de verser la première tranche de 25 000 $ à un homme d'origine italienne qu'il a pu identifier sur une vidéo, mais dont il ne se rappelle plus du nom.
Frank Zampino l'aurait même appelé, s'impatientant devant le fait que le versement du solde prenait trop de temps.
C'est Yves Lortie, directeur du bureau de Montréal chez Roche, la firme dont il était vice-président, qui s'est occupé de remettre le solde. Mais les contrats ne venaient toujours pas pour Roche. Il s'en est plaint à M. Zampino. «Il (Zampino) m'a dit "continuez à soumissionner et vous allez en avoir des jobs"», a rapporté M. Cloutier.
Un an après l'élection, Roche attendait toujours les contrats, en vain. «On est allé voir (le maire) Gérald Tremblay dans son bureau avec Yves Lortie, moi et Marc-Yvan. Zampino, on l'a accoté au mur. On a accoté M. Tremblay au mur en disant "hey, écoutez, donnez-nous de l'ouvrage, on a payé pour ça"», a rapporté M. Cloutier.
Mais il n'a jamais parlé au maire Tremblay de la requête précise de M. Zampino. «Devant M. Tremblay, j'ai été prudent, je n'ai pas mentionné un sou devant lui. Je n'ai jamais dit que Frank Zampino m'avait demandé 100 000$.»
Invité à expliquer ce qu'il entendait par «accoter au mur» le maire Tremblay, M. Cloutier est resté vague. «J'ai dit "on a aidé pour la campagne financièrement et c'est un montant, pour une petite compagnie comme Roche à Montréal — on venait d'ouvrir — qui était gros. Et on n'a rien"."»
Le maire a alors dit: «je vais faire venir Frank». M. Zampino est arrivé et il a dit qu'il trouverait quelque chose pour Roche «dans les prochains jours».
Finalement, Roche a décroché des contrats, mais pas dans le secteur du génie. C'est plutôt une de ses filiales qui s'occupait d'évaluation municipale qui a décroché des contrats à Montréal, a-t-il relaté.
Tremblay mis en garde
Par ailleurs, M. Cloutier a rapporté avoir deux fois mis en garde le maire Tremblay contre le responsable du financement de son parti, Bernard Trépanier, au milieu des années 2000.
«On s'en allait dans un coin et je parlais. Je disais "Gérald, tu fais une mauvaise affaire. Bernard Trépanier, ce n'est pas un bon homme pour toi. Je le connais depuis 25 ans. Il joue avec l'argent. Tu devrais te débarrasser de ce gars-là". Il ne s'en est jamais débarrassé», a relaté M. Cloutier.
Quand la procureure chef, Me Sonia LeBel, lui a demandé pourquoi il tenait tant à ce que le maire Tremblay ne fasse pas affaire avec M. Trépanier, M. Cloutier a eu cette réponse: «C'était pour l'aider. Je savais que c'était un gars honnête, Gérald, que ce n'est pas un magouilleur. Et je voulais qu'il sache que l'autre le volait, dans le fond.»
Me LeBel lui a rappelé que lui-même tripotait les chiffres des budgets électoraux municipaux, de son propre aveu, avec les deux colonnes de chiffres officiels et réels.
«C'était pas mal la même chose, mais moi c'était un petit montant, lui (Trépanier) c'était à coups de millions», a-t-il répliqué à la procureure.
Il a précisé avoir ainsi mis en garde M. Tremblay à deux occasions, en sept ou huit mois. Il a avoué sans hésitation son inimitié pour Bernard Trépanier, à qui il refuse même d'adresser la parole.
Peu de financement légal
En début de journée, Gilles Cloutier a soutenu qu'à peine 5 à 10 % du financement électoral serait effectivement du financement populaire, au palier municipal, et peut-être 15 à 20 % au provincial.
«M. Zampino m'a appelé, m'a fait venir dans son bureau, au mois de mai avant l'élection de novembre 2001. Il m'a fait rentrer dans son bureau. On s'est assis, on a jasé et il m'a dit "ça nous prendrait de ta firme 100 000 $"», a rapporté le témoin, mardi, devant la Commission Charbonneau.
Vu l'importance de la somme demandée, M. Cloutier a dû obtenir l'aval d'un supérieur au sein de la firme de génie Roche, Marc-Yvan Côté, un ancien organisateur du Parti libéral du Québec, ex-ministre des Transports et ex-ministre de la Santé.
La firme Roche a bel et bien donné 100 000 $, a-t-il précisé, pensant ainsi obtenir des contrats à Montréal.
600 000 $ au total
Et, selon lui, cinq autres firmes de génie ont versé une somme similaire, soit au total 600 000 $ de la part de Cima+, SNC-Lavalin, Génivar, BPR et Dessau, en plus de Roche.
M. Cloutier s'est personnellement acquitté de la tâche de verser la première tranche de 25 000 $ à un homme d'origine italienne qu'il a pu identifier sur une vidéo, mais dont il ne se rappelle plus du nom.
Frank Zampino l'aurait même appelé, s'impatientant devant le fait que le versement du solde prenait trop de temps.
C'est Yves Lortie, directeur du bureau de Montréal chez Roche, la firme dont il était vice-président, qui s'est occupé de remettre le solde. Mais les contrats ne venaient toujours pas pour Roche. Il s'en est plaint à M. Zampino. «Il (Zampino) m'a dit "continuez à soumissionner et vous allez en avoir des jobs"», a rapporté M. Cloutier.
Un an après l'élection, Roche attendait toujours les contrats, en vain. «On est allé voir (le maire) Gérald Tremblay dans son bureau avec Yves Lortie, moi et Marc-Yvan. Zampino, on l'a accoté au mur. On a accoté M. Tremblay au mur en disant "hey, écoutez, donnez-nous de l'ouvrage, on a payé pour ça"», a rapporté M. Cloutier.
Mais il n'a jamais parlé au maire Tremblay de la requête précise de M. Zampino. «Devant M. Tremblay, j'ai été prudent, je n'ai pas mentionné un sou devant lui. Je n'ai jamais dit que Frank Zampino m'avait demandé 100 000$.»
Invité à expliquer ce qu'il entendait par «accoter au mur» le maire Tremblay, M. Cloutier est resté vague. «J'ai dit "on a aidé pour la campagne financièrement et c'est un montant, pour une petite compagnie comme Roche à Montréal — on venait d'ouvrir — qui était gros. Et on n'a rien"."»
Le maire a alors dit: «je vais faire venir Frank». M. Zampino est arrivé et il a dit qu'il trouverait quelque chose pour Roche «dans les prochains jours».
Finalement, Roche a décroché des contrats, mais pas dans le secteur du génie. C'est plutôt une de ses filiales qui s'occupait d'évaluation municipale qui a décroché des contrats à Montréal, a-t-il relaté.
Tremblay mis en garde
Par ailleurs, M. Cloutier a rapporté avoir deux fois mis en garde le maire Tremblay contre le responsable du financement de son parti, Bernard Trépanier, au milieu des années 2000.
«On s'en allait dans un coin et je parlais. Je disais "Gérald, tu fais une mauvaise affaire. Bernard Trépanier, ce n'est pas un bon homme pour toi. Je le connais depuis 25 ans. Il joue avec l'argent. Tu devrais te débarrasser de ce gars-là". Il ne s'en est jamais débarrassé», a relaté M. Cloutier.
Quand la procureure chef, Me Sonia LeBel, lui a demandé pourquoi il tenait tant à ce que le maire Tremblay ne fasse pas affaire avec M. Trépanier, M. Cloutier a eu cette réponse: «C'était pour l'aider. Je savais que c'était un gars honnête, Gérald, que ce n'est pas un magouilleur. Et je voulais qu'il sache que l'autre le volait, dans le fond.»
Me LeBel lui a rappelé que lui-même tripotait les chiffres des budgets électoraux municipaux, de son propre aveu, avec les deux colonnes de chiffres officiels et réels.
«C'était pas mal la même chose, mais moi c'était un petit montant, lui (Trépanier) c'était à coups de millions», a-t-il répliqué à la procureure.
Il a précisé avoir ainsi mis en garde M. Tremblay à deux occasions, en sept ou huit mois. Il a avoué sans hésitation son inimitié pour Bernard Trépanier, à qui il refuse même d'adresser la parole.
Peu de financement légal
En début de journée, Gilles Cloutier a soutenu qu'à peine 5 à 10 % du financement électoral serait effectivement du financement populaire, au palier municipal, et peut-être 15 à 20 % au provincial.
Devant la Commission Charbonneau, cet ancien organisateur sur le terrain, qui a également fait du financement, a aussi affirmé sous serment que le bénévolat n'existe pratiquement plus dans les partis politiques.
«Les élections depuis 20 ans, le bénévolat veut être payé. Il n'y en a plus de bénévolat. Ceux qui sont venus ici et qui ont dit qu'ils ont des pyramides de bénévolat, c'est faux», a-t-il lancé.
Deux budgets
«Les élections depuis 20 ans, le bénévolat veut être payé. Il n'y en a plus de bénévolat. Ceux qui sont venus ici et qui ont dit qu'ils ont des pyramides de bénévolat, c'est faux», a-t-il lancé.
Deux budgets
L'homme de 73 ans a aussi avoué bien candidement qu'il existe deux budgets en politique, une colonne officielle présentée à l'agent officiel du parti et une colonne illustrant les véritables dépenses encourues.
Pour expliquer le fonctionnement d'une élection clé-en-main, il a donné en exemple une élection municipale dont il a fait l'organisation à Sainte-Julienne, près de Rawdon.
«Le candidat à la mairie, je comprends qu'il est au courant de votre arrangement avec Roche, mais il ne connaît pas nécessairement le "budget 2"? S'il ne pose pas de questions, il n'a pas besoin d'avoir des réponses. Et pour les conseillers, c'est la même histoire?» lui a demandé la procureure chef, Me Sonia LeBel.
«Les conseillers, eux autres, ils ne savent rien», a répondu le témoin, en faisant référence au cas de Sainte-Julienne.
La commission a déposé un exemple de ses budgets 1 et 2 et de l'équilibre qu'il devait garder entre les deux, en manipulant les chiffres, pour ne pas défoncer le budget dont il disposait en vertu de la loi. Par exemple, un montant réellement dépensé de 380 $ pour des lots de cartes d'affaires était subdivisé en une somme de 275 $ dans le budget 1 remis à l'agent officiel et 105 $ dans le budget 2 qui était payé avec de l'argent comptant.
Des agents officiels dans l'ignorance
De façon générale, les agents officiels étaient tenus dans l'ignorance. «Toutes mes factures étaient cachées dans mes affaires. Avec moi, le maire ne le savait seulement pas. Je ne lui disais rien», a-t-il admis.
Il a indiqué qu'il se débarrassait même des agents officiels qui posaient trop de questions sur sa double comptabilité. Dans de tels cas, «je suis obligé de dire au chef du parti: "vas parler à l'agent officiel et demande-lui qu'elle se mêle de ses affaires"», a raconté celui qui a coordonné l'organisation de plusieurs élections municipales pour Roche, en retour d'éventuels contrats municipaux pour la firme de génie.
Le commissaire Renaud Lachance lui a demandé quelles dépenses, au juste, étaient payées comptant. M. Cloutier a énuméré les téléphonistes, les imprimeries et firmes de communication, l'installation des panneaux promotionnels, par exemple.
À une occasion, il a malencontreusement défoncé son budget de campagne électorale, à Sainte-Julienne. Il s'est alors arrangé avec la firme Tapage Communications pour se faire émettre une note de crédit de 600 $ pour le budget légitime élaboré par l'agent officiel. Mais en réalité, il avait procédé au réarrangement des dépenses électorales avec une de ses propres compagnies, Signavision, et il s'était remboursé avec de l'argent comptant, a-t-il expliqué.
C'est en 1995 que M. Cloutier a été recruté pour travailler au développement des affaires chez Roche par l'ex-organisateur libéral et ex-ministre des Transports et de la Santé, Marc-Yvan Côté.
C'est surtout pour Roche qu'il a fait de l'organisation d'élections clé-en-main, a-t-il relaté.
La firme de génie-conseil «n'avait rien à Laval». Il a donc rencontré l'ex-maire Gilles Vaillancourt pour lui dire: «j'aimerais ça avoir un petit bout de la tarte», mais M. Vaillancourt lui aurait dit qu'il ne pouvait pas y faire grand-chose. Il s'est donc concentré sur Montréal.
Lorsqu'il était chez Dessau, il a notamment travaillé à l'élection du candidat libéral Guy Ouellette en 2007 — qui est devenu député. (Ce dernier s'est retrouvé dans l'embarras quelques heures seulement après le début du témoignage de M. Cloutier.)
Mais en cours de campagne électorale, M. Ouellette, un ancien policier, avait appris que le Bureau de la concurrence enquêtait sur M. Cloutier, qui avait également fait du déneigement, en plus d'avoir travaillé au développement des affaires pour les firmes de génie-conseil Roche et Dessau. Il l'a donc remercié de ses services, mais sans lui dire pourquoi.
M. Cloutier a appris le motif de son congédiement notamment du directeur de cabinet de l'ex-ministre Michelle Courchesne, responsable de la région de Laval à l'époque.
Cartel du déneigement
Il ne s'en cache pas. À une certaine époque, «j'étais le chef du cartel du déneigement». Et il a dû payer une amende de 1,3 million — avec d'autres entreprises de déneigement — en 2001-2002. Et après le Bureau de la concurrence, c'est Revenu Canada qui s'est lancé à ses trousses, a-t-il relaté. Et il paie encore aujourd'hui son dû.
Mais en 2007, quand une autre histoire de cartel de déneigement est sortie, les enquêteurs n'ont rien trouvé cette fois, a-t-il raconté.
M. Cloutier a précisé qu'il a lui-même eu au moins trois compagnies, dont deux compagnies à numéros, qui lui servaient notamment à faire de la fausse facturation pour blanchir de l'argent comptant.
M. Cloutier a aussi exposé un autre atout dans son jeu de cartes d'organisateur: le parrainage. Celui-ci consistait à trouver un électeur «motivant», qui s'engageait à faire voter son père, sa mère, son cousin, son voisin, idéalement 20 personnes.
«Quand j'en avais 30, 40, 50, je les faisais tous venir», a-t-il raconté à la commission. Et pour les stimuler et les encourager à remplir leurs promesses de faire voter d'autres personnes, il organisait un tirage de quatre billets de hockey avec un souper au restaurant Mise au jeu, par exemple.
Il les convainquait ensuite d'aller voter le jour du vote par anticipation, afin d'avoir moins d'électeurs dont il fallait s'occuper le jour du scrutin.
Pour expliquer le fonctionnement d'une élection clé-en-main, il a donné en exemple une élection municipale dont il a fait l'organisation à Sainte-Julienne, près de Rawdon.
«Le candidat à la mairie, je comprends qu'il est au courant de votre arrangement avec Roche, mais il ne connaît pas nécessairement le "budget 2"? S'il ne pose pas de questions, il n'a pas besoin d'avoir des réponses. Et pour les conseillers, c'est la même histoire?» lui a demandé la procureure chef, Me Sonia LeBel.
«Les conseillers, eux autres, ils ne savent rien», a répondu le témoin, en faisant référence au cas de Sainte-Julienne.
La commission a déposé un exemple de ses budgets 1 et 2 et de l'équilibre qu'il devait garder entre les deux, en manipulant les chiffres, pour ne pas défoncer le budget dont il disposait en vertu de la loi. Par exemple, un montant réellement dépensé de 380 $ pour des lots de cartes d'affaires était subdivisé en une somme de 275 $ dans le budget 1 remis à l'agent officiel et 105 $ dans le budget 2 qui était payé avec de l'argent comptant.
Des agents officiels dans l'ignorance
De façon générale, les agents officiels étaient tenus dans l'ignorance. «Toutes mes factures étaient cachées dans mes affaires. Avec moi, le maire ne le savait seulement pas. Je ne lui disais rien», a-t-il admis.
Il a indiqué qu'il se débarrassait même des agents officiels qui posaient trop de questions sur sa double comptabilité. Dans de tels cas, «je suis obligé de dire au chef du parti: "vas parler à l'agent officiel et demande-lui qu'elle se mêle de ses affaires"», a raconté celui qui a coordonné l'organisation de plusieurs élections municipales pour Roche, en retour d'éventuels contrats municipaux pour la firme de génie.
Le commissaire Renaud Lachance lui a demandé quelles dépenses, au juste, étaient payées comptant. M. Cloutier a énuméré les téléphonistes, les imprimeries et firmes de communication, l'installation des panneaux promotionnels, par exemple.
À une occasion, il a malencontreusement défoncé son budget de campagne électorale, à Sainte-Julienne. Il s'est alors arrangé avec la firme Tapage Communications pour se faire émettre une note de crédit de 600 $ pour le budget légitime élaboré par l'agent officiel. Mais en réalité, il avait procédé au réarrangement des dépenses électorales avec une de ses propres compagnies, Signavision, et il s'était remboursé avec de l'argent comptant, a-t-il expliqué.
C'est en 1995 que M. Cloutier a été recruté pour travailler au développement des affaires chez Roche par l'ex-organisateur libéral et ex-ministre des Transports et de la Santé, Marc-Yvan Côté.
C'est surtout pour Roche qu'il a fait de l'organisation d'élections clé-en-main, a-t-il relaté.
La firme de génie-conseil «n'avait rien à Laval». Il a donc rencontré l'ex-maire Gilles Vaillancourt pour lui dire: «j'aimerais ça avoir un petit bout de la tarte», mais M. Vaillancourt lui aurait dit qu'il ne pouvait pas y faire grand-chose. Il s'est donc concentré sur Montréal.
Lorsqu'il était chez Dessau, il a notamment travaillé à l'élection du candidat libéral Guy Ouellette en 2007 — qui est devenu député. (Ce dernier s'est retrouvé dans l'embarras quelques heures seulement après le début du témoignage de M. Cloutier.)
Mais en cours de campagne électorale, M. Ouellette, un ancien policier, avait appris que le Bureau de la concurrence enquêtait sur M. Cloutier, qui avait également fait du déneigement, en plus d'avoir travaillé au développement des affaires pour les firmes de génie-conseil Roche et Dessau. Il l'a donc remercié de ses services, mais sans lui dire pourquoi.
M. Cloutier a appris le motif de son congédiement notamment du directeur de cabinet de l'ex-ministre Michelle Courchesne, responsable de la région de Laval à l'époque.
Cartel du déneigement
Il ne s'en cache pas. À une certaine époque, «j'étais le chef du cartel du déneigement». Et il a dû payer une amende de 1,3 million — avec d'autres entreprises de déneigement — en 2001-2002. Et après le Bureau de la concurrence, c'est Revenu Canada qui s'est lancé à ses trousses, a-t-il relaté. Et il paie encore aujourd'hui son dû.
Mais en 2007, quand une autre histoire de cartel de déneigement est sortie, les enquêteurs n'ont rien trouvé cette fois, a-t-il raconté.
M. Cloutier a précisé qu'il a lui-même eu au moins trois compagnies, dont deux compagnies à numéros, qui lui servaient notamment à faire de la fausse facturation pour blanchir de l'argent comptant.
M. Cloutier a aussi exposé un autre atout dans son jeu de cartes d'organisateur: le parrainage. Celui-ci consistait à trouver un électeur «motivant», qui s'engageait à faire voter son père, sa mère, son cousin, son voisin, idéalement 20 personnes.
«Quand j'en avais 30, 40, 50, je les faisais tous venir», a-t-il raconté à la commission. Et pour les stimuler et les encourager à remplir leurs promesses de faire voter d'autres personnes, il organisait un tirage de quatre billets de hockey avec un souper au restaurant Mise au jeu, par exemple.
Il les convainquait ensuite d'aller voter le jour du vote par anticipation, afin d'avoir moins d'électeurs dont il fallait s'occuper le jour du scrutin.
Lia Lévesque, La Presse canadienne








