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Commission Charbonneau – Tremblay a démissionné à cause de Dumont et de l'absence d'appui de Marois

29 avril 2013 18h56 | La Presse canadienne | Québec
Gérald Tremblay, ce matin, lors de son départ pour la commission Charbonneau.<br />
Photo : Jacques Nadeau Le Devoir Gérald Tremblay, ce matin, lors de son départ pour la commission Charbonneau.
C'est non seulement à cause des déclarations de l'ex-organisateur Martin Dumont que le maire Gérald Tremblay a démissionné, en novembre dernier, mais aussi à cause de l'absence d'appui de la première ministre Pauline Marois.

Devant la Commission Charbonneau, lundi, il a évoqué ces deux principaux motifs et même un troisième: le fait que le président de la Fraternité des policiers de Montréal réclamait sa démission.

Martin Dumont est cet ex-organisateur politique d'Union Montréal qui avait soutenu qu'il existait une double comptabilité au parti pendant l'élection complémentaire dans Saint-Laurent qu'il avait organisée.

Il avait soutenu que le maire avait été mis au courant de cette double comptabilité, lorsqu'il en discutait devant l'agent officiel Marc Deschamps, et que le maire s'était alors levé en disant qu'il n'avait pas à savoir ça.

Cela était totalement faux, selon M. Tremblay. «Il n'y a jamais eu de rencontre» durant l'élection partielle entre MM. Dumont, Deschamps et lui, a-t-il assuré.

Dans un communiqué transmis lundi en début de soirée, Martin Dumont affirme qu'il «maintient intégralement» sa version des faits.

Il ajoute de plus qu'il y a lieu de s'interroger sur le «jugement de valeur» qu'a porté M. Tremblay à son égard, compte tenu que l'ex-maire aurait refusé sa démission comme conseiller à l'hôtel de ville en 2004 et qu'il aurait également approuvé sa nomination au poste de directeur du parti Union Montréal pour l'est de la métropole, également en 2004.

«Les affirmations de monsieur Tremblay en cette matière sont d'une totale incohérence, compte tenu que la suite des événements ne concorde absolument pas avec le jugement de valeur porté par l'ex-maire à mes dépens aujourd'hui à la Commission Charbonneau», a déclaré Martin Dumont dans son communiqué.

Absence d'appui à Québec



L'ex-maire Tremblay a donc confirmé, lundi, que c'est en partie ce témoignage qui a provoqué son départ de la vie politique. Ce témoignage a entraîné «un acharnement médiatique disproportionné», a-t-il commenté.

Mais il a aussi insisté sur l'absence d'appui du gouvernement du Québec, tant de la première ministre Pauline Marois que de son ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée.

«J'ai eu un téléphone samedi matin» de la première ministre Marois, a-t-il relaté à la commission.

Et celle-ci lui a dit: «est-ce que tu as fini ta réflexion?»

L'appel n'a pas duré cinq minutes. «Si j'avais eu le moindrement un appui politique du gouvernement du Québec, si on m'avait appelé avant pour me dire "est-ce que c'est vrai?"», a relaté M. Tremblay, encore déçu de cette triste fin de carrière.

Il s'est aussi demandé pourquoi le ministre Lisée n'avait pas pris «cinq minutes de son précieux temps» pour lui réclamer sa version des faits.

À la toute fin de son témoignage, M. Tremblay a lu une déclaration de deux pages, qu'il a terminée en retenant un sanglot.

Son message

Il a réitéré avoir travaillé pour le bien de Montréal, «jamais dans mon intérêt personnel».

«J'ai agi dans le cadre de mes fonctions et de mon mandat, dans les limites des pouvoirs que me confère la loi. J'affirme qu'aucun maire n'aurait pu mettre au jour et faire cesser la collusion comme l'escouade Marteau et la commission ont réussi à le faire», a-t-il affirmé. Il a d'ailleurs rappelé qu'il avait lui-même souhaité publiquement la création de cette commission.

Il a aussi assuré n'avoir «jamais fait d'aveuglement volontaire», contrairement à ce qu'ont dit certains observateurs ou «gérants d'estrade qui profitent de leur tribune».

«Lorsque j'ai eu de l'information le moindrement crédible, j'ai agi sans délai. J'ai parlé à mon chef de police et je m'attendais à ce qu'il prenne les mesures qu'il juge nécessaires. Quand il me dit qu'il n'y a pas matière à enquête, je considère que j'ai fait ce que j'avais à faire. Je ne suis ni un policier, ni un enquêteur et je me fie à son jugement», a plaidé M. Tremblay.

Il a soutenu laisser la Ville dans un meilleur état qu'elle l'était lors de son arrivée en 2001.

«J'ai fait ce que j'ai pu»

Même s'il était sceptique, au départ, devant les rumeurs faisant état de collusion et de corruption généralisées à Montréal, Gérald Tremblay a dû admettre que cela lui paraissait maintenant «évident», après que la Commission ait levé le voile sur l'ampleur du phénomène.

«C'est la commission qui a réussi à faire sortir toutes les révélations que vous avez. Je l'ai souhaitée, moi, la commission, parce que je n'étais plus capable, avec les moyens que j'avais comme maire de Montréal, dans le cadre de mes fonctions, et du mandat que j'avais, dans le cadre de la loi. J'ai fait tout ce que j'ai pu», a-t-il fini par laisser tomber.

Juste avant, la procureure chef de la commission, Me Sonia Lebel, avait d insister pour qu'il explique le scepticisme qu'il semblait toujours exprimer face à la situation, malgré toutes les révélations faites à la commission.

«À la Ville de Montréal, il n'y a pas de "c'est ton tour, puis après ça, c'est le tour de quelqu'un d'autre". On s'en va en appel d'offres en bonne et due forme», avait d'abord lancé Gérald Tremblay.

«Vous voulez dire que c'est ce que vous pensiez?» lui a demandé la juge France Charbonneau, étonnée.

«Je le pense encore. On fait un dossier à la fois. On ne troque pas un dossier pour un autre dossier», a soutenu l'ex-maire.

«Êtes-vous en train de me dire qu'avec toutes les affirmations qui ont été faites devant la commission, vous pensez encore que c'est impossible de truquer un contrat, d'influencer un contrat?» lui a alors demandé Me LeBel.

«La bonne foi se présume», a répliqué M. Tremblay.

Mais il a fini par admettre qu'il y croyait maintenant. «Quand j'entends toutes les révélations de la commission, c'est une évidence», a-t-il laissé tomber.

La juge Charbonneau a dit voir une dichotomie dans le fait qu'il soit si attaché à l'intégrité, à donner une image d'impartialité, qu'il refuse ainsi toutes les invitations des fournisseurs de la Ville et qu'il surveille ses fréquentations, par crainte de donner une mauvaise impression de proximité, et que, de l'autre côté, il ait si facilement fait confiance à son entourage.

«Vous étiez préoccupé par ce genre de choses-là, mais en même temps, vous faisiez confiance à tout le monde autour de vous et vous n'alliez pas vérifier ce qui se passait dans les contrats, de voir à quel point c'était souvent les mêmes joueurs qui revenaient», lui a souligné la présidente de la commission.

«Si quelqu'un veut poser un geste malhonnête, il ne vient pas me le dire. Alors oui, j'ai fait confiance. J'ai 23 000 employés. J'ai un budget de près de 5 milliards. À toutes les fois que quelqu'un est venu me dire de façon très claire, ou me donner un indice, une information le moindrement crédible, j'ai posé des gestes», a assuré le maire.

Rapports et lettres cachés

M. Tremblay avait auparavant témoigné du fait que plusieurs personnes dans son entourage, notamment l'ancien président du comité exécutif Frank Zampino, les anciens directeurs généraux Robert Abdallah et Claude Léger ne lui ont pas tout dit, ne lui ont pas montré des rapports ou des lettres qui constituaient des drapeaux rouges.

On y parlait de marché fermé à Montréal, de coûts de construction plus élevés et, dans le cas d'une lettre, on y nommait même des entreprises.

Dans un cas, en 2005, il a soutenu qu'il n'avait pas vu le rapport et qu'il était préoccupé par un autre dossier d'importance, celui des championnats mondiaux aquatiques de la FINA (Fédération internationale de natation), qui éprouvaient des difficultés financières.

«Disons que j'étais moins présent à l'hôtel de ville. J'avais comme mandat de sauver la FINA et on s'était engagé d'assumer le déficit de la FINA. Donc, pendant une période de cinq mois, jusqu'au mois de juillet 2005, je ne me souviens pas d'avoir eu une conversation. Moi, j'ai pris pour acquis qu'il y avait un comité qui avait été mis en place, que M. Zampino en avait la responsabilité», s'est-il défendu.

Selon lui, ce n'est qu'en 2009 que la Ville a eu tous les éléments du casse-tête. Et les autorités en place ont alors adopté différentes mesures pour corriger la situation, notamment une clause de non-collusion à laquelle les entreprises désirant obtenir un contrat à Montréal devaient se soumettre.

Les cadeaux

Il a toutefois admis avoir entendu les rumeurs selon lesquelles des fonctionnaires, voire des élus, recevaient des cadeaux à Noël de la part d'entrepreneurs, et acceptaient des invitations dans des loges au hockey. «C'était connu; c'était de commune renommée», a-t-il admis.

Mais lui n'y est allé que deux fois, une fois invité à un spectacle par Investissement Québec avec le ministre Raymond Bachand, et l'autre fois à l'époque des Expos, au Stade olympique, où il n'avait fait qu'y entrer pour saluer les athlètes, serrer des mains et avait quitté après 15 minutes.

Lorsqu'il lui est arrivé de recevoir des bouteilles de vin ou des paniers cadeaux à Noël, il les a donnés à l'encan pour des organismes de charité ou les a distribués à des collaborateurs. «J'étais toujours prudent parce qu'en politique, tout est question de perception», justifie-t-il.
 
 
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