Pot-de-vin par Trépanier: le chef de police aurait dissuadé Gérald Tremblay
L'ex-maire de Montréal, Gérald Tremblay, affirme, à la commission Charbonneau, avoir raconté à l'ancien directeur du service de police de Montréal, Yvan Delorme, qu'il avait eu vent d'une demande de pot-de-vin de 1 million par son directeur du financement Bernard Trépanier, mais que le chef de police lui aurait dit qu'il n'y avait pas matière à enquête.
Devant la commission Charbonneau, jeudi, M. Tremblay a donné sa version des faits de cette histoire qui avait déjà été abordée par d'autres témoins.
M. Tremblay affirme qu'il avait d'abord reçu une information confidentielle voulant que Bernard Trépanier, se présentant comme «un représentant officiel du maire», avait demandé une somme de 1 million à Smart Centers pour permettre le développement d'un projet commercial dans la Carrière Saint-Michel.
Outré, il a appelé lui-même le président de Smart Centers à Toronto pour rectifier la situation et lui dire qu'il n'avait rien à payer, que son projet était bon. Il a aussi appelé le représentant québécois de Smart Centers.
Après confirmation, il a relaté «mot à mot» l'histoire au président du comité exécutif, Frank Zampino, lui précisant qu'il congédiait sur-le-champ Bernard Trépanier, son organisateur de longue date et ami.
«Pour moi, le lien de confiance était rompu», justifie M. Tremblay.
Le maire relate que Frank Zampino n'a posé qu'une question: «est-ce qu'à ta connaissance, il y a une enquête policière?» Le maire lui a répondu qu'à sa connaissance, il n'y en avait pas.
M. Tremblay n'a pas dit à M. Trépanier pourquoi il le congédiait, parce qu'il avait obtenu l'information sous le sceau de la confidentialité et qu'il voulait protéger sa source. «Je ne lui ai pas dit, pour ne pas qu'il y ait de menaces, d'intimidation et de répercussions sur quelqu'un qui m'a fait confiance, qui m'a dit des choses, des faits et de la vérité», a-t-il justifié.
Deux ou trois jours plus tard, le maire Tremblay rencontre Yvan Delorme, le directeur du service de police de l'époque, pour une réunion déjà planifiée. Il lui relate l'histoire.
«J'ai conté cet événement-là à Yvan Delorme, mon chef de police, et Yvan Delorme m'a dit de façon très claire "Gérald, il n'y a pas eu d'acte de commis, donc il n'y a pas matière à enquête"», a raconté M. Tremblay.
Mais le maire n'en est pas resté là. «Je l'ai revu par la suite, et je lui ai répété encore: tu es certain qu'on ne peut rien faire? On ne peut pas faire une enquête?», a souligné le maire Tremblay, ajoutant qu'il ne voulait pas que la réputation de Montréal soit salie, mais il n'a pas obtenu de réponse différente du chef de police.
Le directeur du service de police a quitté son poste en 2010, de façon prématurée. Son contrat venait d'être renouvelé et il était valide jusqu'en 2013. Après cinq années en poste, il a annoncé qu'il voulait prendre sa retraite.
Pas de 3 %
Plus tôt dans la journée, le maire s'était montré catégorique: «Il n'y a jamais eu de 3 % à Union Montréal, c'est impossible, c'est impossible.»
D'autres témoins devant la commission ont affirmé avoir dû verser une contribution équivalant à trois pour cent de la valeur de leurs contrats au parti du maire, Union Montréal. L'argent était toutefois versé à Bernard Trépanier, le responsable du financement du parti à l'époque, ont-ils témoigné.
Mais selon le maire Tremblay, c'était impossible, parce que le parti «n'avait pas besoin de ça», qu'il avait un agent officiel, que celui-ci faisait rapport aux autorités compétentes et que tout était en règle, a-t-il résumé.
Quand la juge France Charbonneau lui a demandé sur quoi il se basait pour être aussi catégorique, surtout qu'il avouait ne s'être jamais occupé du financement, M. Tremblay a répondu qu'il se basait sur la confiance qu'il avait en l'intégrité de son agent officiel, Marc Deschamps.
L'ex-maire a par ailleurs nié avoir fait de l'aveuglement volontaire devant les tractations qui avaient cours dans son entourage. «Je n'ai jamais fait d'aveuglement volontaire. Je ne suis pas naïf. Je ne suis pas une personne naïve. Je fais confiance», a-t-il corrigé.
La procureure chef de la commission, Me Sonia LeBel, lui a aussi demandé s'il se sentait responsable de ce qui arrive à la Ville de Montréal.
«Je suis imputable. Je suis responsable. Et j'ai admis que j'en assumais l'entière responsabilité. Si je me suis entouré de certaines personnes qui peuvent avoir trahi ma confiance, à ce moment-là j'en assume l'entière responsabilité. J'assume les choix que j'ai faits. Je suis entièrement responsable. Ce sont mes choix. Je ne blâme personne; c'est moi qui ai fait ces choix-là», a-t-il affirmé.
Zampino
M. Tremblay affirme avoir choisi Frank Zampino comme président du comité exécutif parce qu'il était comptable de profession, qu'il avait bien géré sa ville de Saint-Léonard, et que cela lui serait utile, compte tenu de la précarité des finances montréalaises. «J'allais là pour sauver la Ville de Montréal; la Ville était en péril», a-t-il lancé.
M. Tremblay a assuré que Frank Zampino ne l'a jamais mis au courant de ses liens d'amitié avec Rosaire Sauriol, vice-président de Dessau, et Tony Accurso, de Simard-Beaudry, Louisbourg et autres entreprises de construction – un des principaux fournisseurs de la Ville.
M. Zampino a d'ailleurs admis à la commission ne jamais lui en avoir parlé. Et s'il l'avait su? «Je l'aurais remplacé comme président du comité exécutif», a-t-il répondu à la juge Charbonneau. «C'est une question de perception» et, en politique, les perceptions comptent beaucoup, a-t-il souligné.
Pour étayer ses dires, il a raconté que c'est justement pour une telle raison éthique qu'il a congédié l'ancien directeur général de la Ville, Robert Abdallah. Il avait reçu une information confidentielle voulant que M. Abdallah était «régulièrement» vu dans un restaurant du centre-ville avec l'entrepreneur Tony Accurso.
Il lui a donc annoncé sur-le-champ que son contrat venait de prendre fin, mais ne lui a jamais dit pourquoi.
M. Zampino a quitté son poste avant terme, en 2008. Puis il a accepté l'offre de la firme de génie-conseil Dessau, où il est devenu vice-président aux finances en janvier 2009. «Tu fais une grave erreur», lui a dit M. Tremblay.
«Moi, j'étais sur la sellette sur les compteurs d'eau. J'étais totalement incapable de justifier publiquement, pour les contribuables, comment pendant un des plus gros contrats de l'histoire de la Ville de Montréal, le président du comité exécutif s'en va chez Dessau», a ajouté M. Tremblay devant la commission.
Il a eu beau exprimer sa colère à M. Zampino et les problèmes éthiques qui s'ensuivaient, ce dernier lui a dit avoir pris sa décision.
Le maire a même appelé personnellement le président de Dessau, Jean-Pierre Sauriol. «Je lui ai dit que c'était une mauvaise décision, qu'il ne devrait pas faire ça», a-t-il relaté. «Sa réponse a été laconique: je suis président d'une firme du secteur privé. Je n'ai de comptes à rendre à personne», a rapporté le maire Tremblay.
M. Tremblay a appris par les médias en 2009 que son bras droit, Frank Zampino, était allé sur le yacht de Tony Accurso en 2007 et 2008. En colère, puisque ce voyage avait eu lieu en plein processus du contrat des compteurs d'eau, auquel une entreprise de M. Accurso s'intéressait, M. Tremblay n'a pas voulu lui parler.
C'est son directeur de cabinet qui s'est informé de la véracité de cette information auprès de M. Zampino.
M. Tremblay a alors demandé à M. Zampino qui étaient les autres personnes sur ce yacht, mais celui-ci n'a jamais voulu le lui dire. «Il sait très bien que s'il me donne les noms, c'est la fin du contrat des compteurs d'eau.»
Devant la commission Charbonneau, jeudi, M. Tremblay a donné sa version des faits de cette histoire qui avait déjà été abordée par d'autres témoins.
M. Tremblay affirme qu'il avait d'abord reçu une information confidentielle voulant que Bernard Trépanier, se présentant comme «un représentant officiel du maire», avait demandé une somme de 1 million à Smart Centers pour permettre le développement d'un projet commercial dans la Carrière Saint-Michel.
Outré, il a appelé lui-même le président de Smart Centers à Toronto pour rectifier la situation et lui dire qu'il n'avait rien à payer, que son projet était bon. Il a aussi appelé le représentant québécois de Smart Centers.
Après confirmation, il a relaté «mot à mot» l'histoire au président du comité exécutif, Frank Zampino, lui précisant qu'il congédiait sur-le-champ Bernard Trépanier, son organisateur de longue date et ami.
«Pour moi, le lien de confiance était rompu», justifie M. Tremblay.
Le maire relate que Frank Zampino n'a posé qu'une question: «est-ce qu'à ta connaissance, il y a une enquête policière?» Le maire lui a répondu qu'à sa connaissance, il n'y en avait pas.
M. Tremblay n'a pas dit à M. Trépanier pourquoi il le congédiait, parce qu'il avait obtenu l'information sous le sceau de la confidentialité et qu'il voulait protéger sa source. «Je ne lui ai pas dit, pour ne pas qu'il y ait de menaces, d'intimidation et de répercussions sur quelqu'un qui m'a fait confiance, qui m'a dit des choses, des faits et de la vérité», a-t-il justifié.
Deux ou trois jours plus tard, le maire Tremblay rencontre Yvan Delorme, le directeur du service de police de l'époque, pour une réunion déjà planifiée. Il lui relate l'histoire.
«J'ai conté cet événement-là à Yvan Delorme, mon chef de police, et Yvan Delorme m'a dit de façon très claire "Gérald, il n'y a pas eu d'acte de commis, donc il n'y a pas matière à enquête"», a raconté M. Tremblay.
Mais le maire n'en est pas resté là. «Je l'ai revu par la suite, et je lui ai répété encore: tu es certain qu'on ne peut rien faire? On ne peut pas faire une enquête?», a souligné le maire Tremblay, ajoutant qu'il ne voulait pas que la réputation de Montréal soit salie, mais il n'a pas obtenu de réponse différente du chef de police.
Le directeur du service de police a quitté son poste en 2010, de façon prématurée. Son contrat venait d'être renouvelé et il était valide jusqu'en 2013. Après cinq années en poste, il a annoncé qu'il voulait prendre sa retraite.
Pas de 3 %
Plus tôt dans la journée, le maire s'était montré catégorique: «Il n'y a jamais eu de 3 % à Union Montréal, c'est impossible, c'est impossible.»
D'autres témoins devant la commission ont affirmé avoir dû verser une contribution équivalant à trois pour cent de la valeur de leurs contrats au parti du maire, Union Montréal. L'argent était toutefois versé à Bernard Trépanier, le responsable du financement du parti à l'époque, ont-ils témoigné.
Mais selon le maire Tremblay, c'était impossible, parce que le parti «n'avait pas besoin de ça», qu'il avait un agent officiel, que celui-ci faisait rapport aux autorités compétentes et que tout était en règle, a-t-il résumé.
Quand la juge France Charbonneau lui a demandé sur quoi il se basait pour être aussi catégorique, surtout qu'il avouait ne s'être jamais occupé du financement, M. Tremblay a répondu qu'il se basait sur la confiance qu'il avait en l'intégrité de son agent officiel, Marc Deschamps.
L'ex-maire a par ailleurs nié avoir fait de l'aveuglement volontaire devant les tractations qui avaient cours dans son entourage. «Je n'ai jamais fait d'aveuglement volontaire. Je ne suis pas naïf. Je ne suis pas une personne naïve. Je fais confiance», a-t-il corrigé.
La procureure chef de la commission, Me Sonia LeBel, lui a aussi demandé s'il se sentait responsable de ce qui arrive à la Ville de Montréal.
«Je suis imputable. Je suis responsable. Et j'ai admis que j'en assumais l'entière responsabilité. Si je me suis entouré de certaines personnes qui peuvent avoir trahi ma confiance, à ce moment-là j'en assume l'entière responsabilité. J'assume les choix que j'ai faits. Je suis entièrement responsable. Ce sont mes choix. Je ne blâme personne; c'est moi qui ai fait ces choix-là», a-t-il affirmé.
Zampino
M. Tremblay affirme avoir choisi Frank Zampino comme président du comité exécutif parce qu'il était comptable de profession, qu'il avait bien géré sa ville de Saint-Léonard, et que cela lui serait utile, compte tenu de la précarité des finances montréalaises. «J'allais là pour sauver la Ville de Montréal; la Ville était en péril», a-t-il lancé.
M. Tremblay a assuré que Frank Zampino ne l'a jamais mis au courant de ses liens d'amitié avec Rosaire Sauriol, vice-président de Dessau, et Tony Accurso, de Simard-Beaudry, Louisbourg et autres entreprises de construction – un des principaux fournisseurs de la Ville.
M. Zampino a d'ailleurs admis à la commission ne jamais lui en avoir parlé. Et s'il l'avait su? «Je l'aurais remplacé comme président du comité exécutif», a-t-il répondu à la juge Charbonneau. «C'est une question de perception» et, en politique, les perceptions comptent beaucoup, a-t-il souligné.
Pour étayer ses dires, il a raconté que c'est justement pour une telle raison éthique qu'il a congédié l'ancien directeur général de la Ville, Robert Abdallah. Il avait reçu une information confidentielle voulant que M. Abdallah était «régulièrement» vu dans un restaurant du centre-ville avec l'entrepreneur Tony Accurso.
Il lui a donc annoncé sur-le-champ que son contrat venait de prendre fin, mais ne lui a jamais dit pourquoi.
M. Zampino a quitté son poste avant terme, en 2008. Puis il a accepté l'offre de la firme de génie-conseil Dessau, où il est devenu vice-président aux finances en janvier 2009. «Tu fais une grave erreur», lui a dit M. Tremblay.
«Moi, j'étais sur la sellette sur les compteurs d'eau. J'étais totalement incapable de justifier publiquement, pour les contribuables, comment pendant un des plus gros contrats de l'histoire de la Ville de Montréal, le président du comité exécutif s'en va chez Dessau», a ajouté M. Tremblay devant la commission.
Il a eu beau exprimer sa colère à M. Zampino et les problèmes éthiques qui s'ensuivaient, ce dernier lui a dit avoir pris sa décision.
Le maire a même appelé personnellement le président de Dessau, Jean-Pierre Sauriol. «Je lui ai dit que c'était une mauvaise décision, qu'il ne devrait pas faire ça», a-t-il relaté. «Sa réponse a été laconique: je suis président d'une firme du secteur privé. Je n'ai de comptes à rendre à personne», a rapporté le maire Tremblay.
M. Tremblay a appris par les médias en 2009 que son bras droit, Frank Zampino, était allé sur le yacht de Tony Accurso en 2007 et 2008. En colère, puisque ce voyage avait eu lieu en plein processus du contrat des compteurs d'eau, auquel une entreprise de M. Accurso s'intéressait, M. Tremblay n'a pas voulu lui parler.
C'est son directeur de cabinet qui s'est informé de la véracité de cette information auprès de M. Zampino.
M. Tremblay a alors demandé à M. Zampino qui étaient les autres personnes sur ce yacht, mais celui-ci n'a jamais voulu le lui dire. «Il sait très bien que s'il me donne les noms, c'est la fin du contrat des compteurs d'eau.»








