De Courcy évite la «catastrophe»

Diane De Courcy s'est dit prête à laisser tomber des pans du projet de loi 14 pour n’en conserver que «le coeur: protéger le droit de travailler en français dans les petites et moyennes entreprises ».
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Diane De Courcy s'est dit prête à laisser tomber des pans du projet de loi 14 pour n’en conserver que «le coeur: protéger le droit de travailler en français dans les petites et moyennes entreprises ».

La Coalition avenir Québec a consenti à adopter le principe du projet de loi 14, mais en posant des conditions supplémentaires, tandis que la ministre Diane De Courcy mettait de l’eau dans son vin. Les libéraux utiliseront, de leur côté, tout l’arsenal parlementaire pour bloquer l’adoption du projet de loi visant à renforcer la place du français au Québec.

Une semaine après avoir tendu la main à la CAQ, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, n’avait toujours pas pu échanger avec le deuxième groupe d’opposition. « Je ne veux pas envisager le scénario de catastrophe », a-t-elle dit en matinée mercredi, c’est-à-dire l’abandon pur et simple du projet de loi 14.


Mais après la réunion de son caucus en après-midi, François Legault, flanqué de la députée Nathalie Roy, est venu annoncer que son parti procéderait à l’étude article par article du projet de loi 14.


En matinée, Diane De Courcy avait indiqué que l’abolition du droit des militaires à envoyer leurs enfants à l’école anglaise ne faisait plus partie du projet de loi 14. C’était un des trois éléments du projet de loi que la CAQ voulait absolument voir disparaître. Cet enjeu sera repris dans le projet de loi sur les écoles passerelles que la ministre entend présenter ce printemps, a-t-elle précisé.


Eu égard au statut bilingue de certaines municipalités, auquel la CAQ ne veut pas toucher, Diane De Courcy a montré de l’ouverture. Ce qui la « préoccupe », c’est, a-t-elle dit : « autonomie municipale, plus patrimoine historique, plus participation active des citoyens ». Elle laisse ainsi entendre que les citoyens des municipalités qui ne comptent plus une majorité de résidants anglophones auront leur mot à dire. Diane De Courcy est prête à laisser aller des pans de son projet de loi pour n’en conserver que « le coeur », selon son expression : « protéger le droit de travailler en français dans les petites et moyennes entreprises ». En ce sens, elle tient aussi à baliser les exigences du bilinguisme que les entreprises posent à l’embauche.


La CAQ s’est opposée aussi aux mesures coercitives visant la francisation des entreprises de 26 à 49 employés. Diane De Courcy entend s’inspirer des recommandations du milieu des affaires et des syndicats pour proposer « une réglementation intelligente ».


Six nouvelles conditions


« Nous voulons donner une dernière chance au gouvernement », a affirmé François Legault, qui s’est dit d’accord avec l’objectif de franciser les petites et moyennes entreprises. « Avec l’éducation primaire et secondaire, le milieu de travail est le nerf de la guerre pour l’intégration et la francisation des immigrants au Québec. Mais encore faut-il le faire d’une manière moderne, constructive, sans nuire à des entreprises en leur imposant de nouvelles obligations », a-t-il affirmé en conférence de presse. Mais le chef caquiste s’est montré ouvert à ce « qu’on donne certains pouvoirs pour aller parler aux entreprises qui ne respectent pas la loi 101 ». À l’instar de la ministre, François Legault croit aussi que les entreprises doivent justifier l’exigence du bilinguisme imposée à leurs employés.


Avec les fleurs vient le pot. Aux trois conditions énoncées d’entrée de jeu, la CAQ en a ajouté mercredi pas moins de six autres. Ainsi, sensible aux observations du Barreau du Québec et de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, la CAQ n’appuie plus une des dispositions importantes du projet de loi : l’inscription dans la Charte des droits de la personne du « droit de vivre et de travailler en français ». Nathalie Roy veut que ce droit n’apparaisse que dans la Charte de la langue française (CLF). Or, cette Charte garantit déjà le droit de travailler en français.


La CAQ va exiger d’autres amendements. Pas question de privilégier les étudiants du réseau anglophone dans les disciplines contingentées du cégep anglais. Ni d’éliminer les mises en demeure envoyées aux entreprises fautives par l’Office québécois de la langue française (OQLF). Ni d’accorder des pouvoirs d’enquête à la ministre. Pour des raisons d’ordre juridique, la CAQ s’oppose aussi au remplacement dans la CLF du terme « minorités ethniques » par « communautés culturelles ».


S’il a pris un malin plaisir à dire que « le PQ recule encore », François Legault s’en est pris au Parti libéral, « prisonnier de certains groupes qui sont complètement fermés à toute révision de la loi 101, 40 ans après son adoption ». Le chef caquiste a rappelé que Philippe Couillard a déclaré, il y a un mois à peine, qu’il était prêt à examiner des amendements au projet de loi 14


« M. Couillard ne peut pas aspirer au poste de premier ministre du Québec, de la seule province qui représente une majorité de francophones, sans défendre le français », croit François Legault.


Mercredi, le chef libéral a confirmé que son parti voterait contre l’adoption du principe du projet de loi et qu’il usera de la procédure parlementaire pour bloquer son étude détaillée. « Sur la philosophie du projet de loi, nous sommes en profond désaccord, a déclaré Philippe Couillard dans un point de presse. Nous faisons fausse route en allant davantage vers la coercition plutôt que la valorisation de l’accompagnement. »


Le chef libéral a fait l’apologie du bilinguisme individuel, égratignant au passage le PQ. « C’est une étrange notion que le Parti québécois développe depuis quelques années d’ailleurs. On se rend compte à quel point c’est une idée qui est un peu pernicieuse. Le bilinguisme pour l’individu est présenté comme une menace à notre société alors que partout ailleurs dans le monde, le fait d’être au moins bilingue, sinon trilingue, c’est un atout absolument indispensable », a-t-il dit, ajoutant que le Québec, tout en ayant le français comme langue commune, avait « la chance de disposer d’un environnement qui permet à nos jeunes de devenir bilingues ».

  • Daniel Bouchard - Inscrit 25 avril 2013 02 h 13

    En accord avec Couillard

    Je partage entièrement l'idée de M. Couillard en rapport avec sa position sur les atouts du bilinguismes et même le trilinguismes. J'ai voté pour la CAQ et je suis encore un supporteur de leurs politiques en générales, mais ils devront me montrer leur intégrité dans ce débat et ne pas appuyer les politiques Péquistes en ce sens, sinon je me tournerai vers le parti Libéral.

    • Roland Côté - Abonné 25 avril 2013 08 h 13

      Le PLQ d'aujourdhui est tout simplement contre la langue francaise.Loin de Robert Bourassa qui a promulgué le francais comme langue officielle du Québec. Le message qu'on va envoyé aux immigrants est que le francais n'est pas important.

    • Patrick Boulanger - Abonné 25 avril 2013 10 h 35

      Comme vous, M. Bouchard, je trouve qu'être polyglotte est un atout. Toutefois, à mon sens, il faut faire une distinction entre le bilinguisme ou le trilinguisme au niveau individuel et le bilinguisme institutionnel. De fait, sachant que l'anglais a une force d'attraction considérable auprès des allophones (le Québec accueille plusieurs dizaines de milliers d'immigrants chaque année dont plusieurs ont comme langue maternelle ni le français ni l'anglais), si nous acceptons que nos institutions deviennent de plus en plus bilingues, nous contribuons collectivement à l'anglicisation du Québec en facilitant le transfert linguistique des allophones vers l'anglais (et non le français). Et des phrases comme le Québec a « la chance de disposer d’un environnement qui permet à nos jeunes de devenir bilingues » me donne l'impression que M. Couillard est plutôt ouvert au bilinguisme institutionnel.

    • Normand Carrier - Abonné 25 avril 2013 10 h 48

      Pour voter pour la CAQ et menacer d'aller vers le PLQ nous démontre le peu d'amour envers la langue francaise , monsieur Bouchard .....

    • Louka Paradis - Inscrit 25 avril 2013 14 h 20

      Mme Marois et l'équipe gouvernementale du PQ ont toujours déclaré qu'ils étaient en faveur du bilinguisme individuel : encore des mensonges et des sophismes dans la bouche du PLQ et de ses principaux ténors. Pitoyable !
      Louka Paradis, Gatineau

  • Louka Paradis - Inscrit 25 avril 2013 03 h 15

    Chapeaux

    À François Legault et sa CAQ, je décerne la couronne de la mauvaise foi. À Couillard et son troupeau, le bonnet d'âne. À la ministre de Courcy, pour sa détermination à défendre le français et son ouverture au dialogue malgré les obstructions mesquines, chapeau !
    Louka Paradis, Gatineau

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 avril 2013 06 h 20

      Je trouve ça très intéressant qu'une personne qui vie à la frontière prenne publiquement position en faveur de notre langue. Cette personne doit ressentir des pressions que nous ne connaissons pas vivant un peu plus loin dans les terres, même à Montréal. Elle est comme au front. À écouter !

  • Robert Henri - Inscrit 25 avril 2013 06 h 54

    On sait où ils campent.

    La CAQ vise encore à se faire du capital politique à coups de mauvaise foi tandis que les Libéraux, honnêtes, nous donnent maintenant la preuve qu'ils sont contre le français au Québec prouvant également par le fait même qu'ils sont contre nous. Le projet de loi 14 était pourtant dès le départ pas bien méchant manquant de force, de détermination à notre survie linguistique. Nous avons le devoir de la faire savoir énergiquement et par tous les moyens légaux disponibles.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 25 avril 2013 07 h 40

    Valorisation de l’accompagnement

    Valorisation de l’accompagnement, c’est ce que le PLQ a fait pendant toutes les années où il était au pouvoir et ça conduit nulle part, sinon au recul du français à Montréal. Il faut arrêter de se gargariser avec les mots. Reste-t-il des racines franco-québécoises dans le parti libéral ou sont-il tous assimilés à l’anglais ?

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 25 avril 2013 07 h 51

    The Quebec Liberal Party

    «... Les libéraux utiliseront, de leur côté, tout l’arsenal parlementaire pour bloquer l’adoption du projet de loi visant à renforcer la place du français au Québec... »

    Ma compréhension du raisonnement des libéraux est qu'il est important de parler plusieurs langues. Donc, il faut laisser le français à lui-même et encourager par tous les moyens possibles l'apprentissage d'abord de l'anglais (the language of commerce), puis d'autres langues parce que nous vivons sur une planète multilingue. CQFD

    Je parle le français, l'anglais, l'espagnol et je suis en apprentissage du catalan. Et je trouve qu'au Québec, ma langue maternelle, le français, est en train de foutre le camp, d'une part, in Montreal et, d'autre part, dans la tête et le coeur d'une partie importante de la jeunesse francophone pour qui c'est tellement « cool » de parler l'anglais américain... comme si c'était une façon de s'intégrer et de se conformer à la mouvance, à la vague dominante.

    Par conséquent, je trouve urgent et responsable, pour tout citoyen soucieux de la survie de sa culture franco-québécoise, d'agir avec tous les moyens à sa disposition. Et notre gouvernement constitue notre outil collectif par excellence pour arriver à nos fins.

    La position du PLQ m'apparaît répugnante parce qu'elle ne tient pas compte de la réalité sociologique, culturelle et politique du Québec en Amérique du Nord. Ou bien, si elle en tient compte, c'est qu'elle favorise le laisser faire, comme une sorte de processus de dérèglementation culturelle et linguistique.