Commission Charbonneau - Sauriol voulait Zampino comme maire de Montréal
M. Zampino a achevé mercredi la portion publique de son témoignage à la commission Charbonneau sur les circonstances entourant son départ de la vie politique, en 2008. Il sera suivi ce jeudi par son ancien patron, Gérald Tremblay, à qui il n’a jamais manqué de loyauté, croit-il.
Au début 2007, M. Zampino a été pressenti pour succéder au maire Tremblay. Le président du comité exécutif a été convié à une réunion sur son propre avenir politique à laquelle prenaient part M. Sauriol, vice-président de Dessau à l’époque, son organisateur politique de la première heure, Bernard Trépanier, l’ex-chef de cabinet du maire, feu Martial Fillion, et le stratège d’Union Montréal, Jean Battah.
Les quatre collaborateurs et amis de M. Zampino entretenaient l’espoir qu’il se présente lors des élections de novembre 2009. « Ils sont partis déçus de cette rencontre », a dit M. Zampino.
Après plus de 20 ans en politique, le maire de Saint-Léonard réfléchissait déjà à la possibilité de réorienter sa carrière. « Je voulais passer à autre chose. J’avais fait le tour du jardin », a-t-il expliqué.
La juge France Charbonneau s’est étonnée que Gérald Tremblay n’ait pas été convié à cette rencontre de réflexion le concernant au premier chef. Le témoin a hésité avant de répondre qu’il est toujours resté loyal au maire.
Le commissaire Renaud Lachance s’est demandé pourquoi M. Sauriol, un membre en bonne et due forme du cartel des ingénieurs, assistait à cette rencontre. « Est-ce qu’il vous a mentionné que le stratagème de collusion tomberait si vous preniez votre retraite ? Est-ce que l’organisation derrière vous risquait de tomber ? », lui a demandé M. Lachance.
« Ben non, a laissé tomber M. Zampino. On tente, par du ouï-dire, de m’impliquer dans ce système [de collusion] », s’est-il objecté.
« On peut faire toutes les insinuations qu’on veut que M. Sauriol est là comme chef d’entreprise, mais il est là comme mon ami. Nous avons tous droit d’avoir des amis avec qui on peut partager certaines choses sans arrière-pensées », a-t-il enchaîné.
Décision mûrie
M. Zampino a décidé de quitter la politique durant le congé des Fêtes, à la fin 2007. Il en a fait part à son ami Sauriol lors de leur séjour ensemble sur le Touch, en février 2008.
Le maire a été mis dans le coup quelques jours avant que M. Zampino annonce publiquement sa démission, le 20 mai 2008, dans la foulée du scandale des compteurs d’eau. De nombreuses irrégularités ont marqué l’octroi d’un contrat de 356 millions au consortium formé de Dessau et Simard Beaudry (propriété de Tony Accurso).
À ce sujet, la commission a présenté des photos de Tony Accurso, Frank Zampino et l’ex-directeur général de la Ville, Robert Abdallah, lors d’un voyage à Las Vegas et au Grand Canyon, en 2006. La virée américaine des trois comparses coïncide avec le lancement de l’appel de qualification pour l’octroi du contrat des compteurs d’eau.
Les services du retraité de la politique ont été convoités par Paolo Catania, les firmes de génie-conseil CIMA+ et BPR, et les cabinets de comptabilité Samson Bélair et Raymond, Chabot, Grant, Thornton. En janvier 2009, M. Zampino a finalement accepté une offre de son ami Rosaire Sauriol pour devenir vice-président de Dessau. « On ne peut pas l’envisager sous l’angle d’une récompense pour vous ? », a demandé Sonia LeBel, procureure en chef de la commission. « Je prends offense, s’est objecté M. Zampino. Ce n’était pas un retour d’ascenseur. »
Aucun intérêt
M. Zampino a quitté ses nouvelles fonctions en avril 2009, après la « tempête médiatique » provoquée par ses séjours sur le bateau de Tony Accurso.
Un seul avocat s’est risqué à contre-interroger Frank Zampino. Au nom de l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, Denis Houle lui a demandé quel intérêt il avait à cacher au maire et à ses collègues du comité exécutif une étude explosive sur la collusion datant de 2006.
« Je prends complètement offense à la question que vous posez. Je n’avais absolument aucun intérêt à cacher cette information », a dit M. Zampino.
Me Houle a piqué le témoin au vif avec ses questions sur les pots-de-vin qu’il aurait touchés de l’entrepreneur Paolo Catania, son coaccusé dans l’affaire du Faubourg Contrecoeur. Selon le témoignage d’Elio Pagliarulo, Frank Zampino aurait reçu environ 300 000 $ de M. Catania, en plus de bénéficier de rénovations de 250 000 $ pour sa cuisine.
M. Zampino s’est dit « complètement outré » par le témoignage non corroboré de M. Pagliarulo. « Paolo Catania n’a pas payé une “cenne” pour ma cuisine », a-t-il affirmé.
Frank Zampino a terminé son passage à la commission Charbonneau en traitant de son rôle dans la vente des terrains du Faubourg Contrecoeur. Une ordonnance de non-publication empêche les médias de révéler ces informations, afin de préserver son droit à un procès juste et équitable.










