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Confédération des syndicats nationaux - Plein les bras avec le gouvernement conservateur!

«Il faut renouveler le syndicalisme en fonction des grandes transformations du monde du travail»

27 avril 2013 | Martine Letarte | Québec
Jacques Létourneau a été élu au poste de président de la CSN en octobre 2012.
Photo : Renaud Philippe Le Devoir Jacques Létourneau a été élu au poste de président de la CSN en octobre 2012.
Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Avec la contestation de plusieurs dossiers menés par le gouvernement conservateur de Stephen Harper, Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) depuis l’automne, a un début de mandat occupé.


Une grande manifestation organisée par la Coalition québécoise contre la réforme de l’assurance-emploi, dont fait partie la CSN, se déroulera aujourd’hui à Montréal. Cette réforme pilotée par le gouvernement conservateur de Stephen Harper est l’une des nombreuses sources d’inquiétude de la CSN concernant Ottawa.


« Nous misons beaucoup sur la manifestation et nous attendons des dizaines de milliers de personnes, en espérant que les gens des régions participeront », a indiqué Jacques Létourneau en entretien téléphonique.


Par la suite, il compte participer à la Commission nationale d’examen sur l’assurance-emploi menée par Gilles Duceppe et Rita Dionne-Marsolais. « La commission fera le tour du Québec pour entendre les gens et nous nous activerons partout où elle ira », indique M. Létourneau.


Satisfait de la création de cette commission, le président de la CSN ne croit pas pour autant qu’elle doive remplacer la mobilisation.


D’ailleurs, même si ce n’est pas dans la tradition syndicale québécoise, Jacques Létourneau croit qu’il faut maintenant développer une mobilisation forte dans l’ensemble du pays. « Pour faire reculer le gouvernement Harper, il faut mener la bataille avec le reste du Canada, affirme-t-il. Le mouvement syndical québécois a l’habitude de mener ses batailles contre le gouvernement provincial, parce que le régime des relations de travail est essentiellement québécois. Tellement qu’on oubliait presque qu’on est encore dans le Canada ! Mais le gouvernement conservateur nous le rappelle. »

 

Projet de loi C-377


D’après les échos entendus par Jacques Létourneau, le mouvement syndical canadien montre également de l’inquiétude par rapport à certaines initiatives du gouvernement de Stephen Harper. « Par exemple, en Ontario, on s’inquiète de mesures antisyndicales comme le projet de loi C-377 », explique-t-il.


Ce projet de loi, adopté avant le congé des Fêtes, obligera les syndicats à dévoiler toute transaction supérieure à 5000 $. « Les organisations syndicales sont les seules à être visées par ce projet de loi, comme si elles avaient quelque chose à cacher », déplore M. Létourneau.


Il donne l’exemple de l’embauche d’une firme de communications pour aider à joindre les travailleurs dans le cadre d’une campagne de syndicalisation.


« Il faudrait dévoiler la dépense, alors que les relations de travail au Québec nécessitent un peu plus de stratégie et de finesse dans les tactiques adoptées. Ce projet de loi vient vraiment s’immiscer dans les affaires internes des syndicats. » Les organisations syndicales préparent une contestation juridique de ce projet de loi.


La CSN est à couteaux tirés avec le gouvernement conservateur dans plusieurs autres dossiers. Elle s’inquiète entre autres du financement de la formation de la main-d’oeuvre et considère la suppression du crédit d’impôt fédéral pour les fonds de travailleurs comme une attaque directe contre le mouvement syndical québécois.


« Ce sont encore les organisations syndicales qui ont la principale capacité de mobilisation des forces d’opposition, donc on adopte une législation dure envers elles », déduit Jacques Létourneau.

 

Renouveau syndical


Ces luttes font irruption alors que le mouvement syndical a lui-même des défis internes majeurs à relever. « Il faut renouveler le syndicalisme en fonction des grandes transformations du monde du travail. C’était d’ailleurs un thème fort de notre dernier congrès », indique le président de la CSN.


Il pense notamment à l’augmentation du nombre des travailleurs atypiques.


« Les travailleurs ont deux ou trois petits emplois et ne sont pas syndiqués. On retrouve aussi plusieurs entreprises avec très peu d’employés, ou encore une grande entreprise avec des franchises, donc les employés ne relèvent pas tous du même employeur. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il faut syndiquer dépanneur par dépanneur. Le défi est grand : nous sommes loin du temps où nous arrivions dans une entreprise de 2000 employés et que nous négociions une convention collective pour les 2000 ! »


Jacques Létourneau remarque aussi que les syndicats doivent maintenant intervenir dans de nouvelles réalités liées à l’organisation du travail.


« Auparavant, nous négociions dans la convention collective quatre semaines de vacances par année, un bon salaire, de bonnes conditions de travail et c’était réglé. Maintenant, les travailleurs vivent différentes réalités, comme le travail à temps partiel, la précarité, la pénibilité et l’intensification du travail. Ils vivent des problèmes de santé psychologique et il n’y a plus vraiment de frontière entre le travail et la vie personnelle, donc ils se retrouvent à travailler les soirs et les fins de semaine. »


Le mouvement syndical s’attaque encore mal à ces questions, constate le président de la CSN, parce qu’il a un rapport encore assez traditionnel avec les entreprises.


« Ça ne veut pas dire que ces travailleurs atypiques n’ont pas besoin de meilleures conditions de travail. Il faut plancher rapidement sur ces enjeux, parce que le mouvement syndical est en déclin partout dans le monde occidental. »

 

Régimes de retraite


Le président de la CSN croit aussi que l’ensemble de la société québécoise doit sérieusement se pencher sur la question des régimes de retraite. « Nous n’avons pas accueilli défavorablement le rapport D’Amours, qui a le mérite de traiter de l’ensemble de la question, mais la solution n’est pas simple. »


Il s’inquiète de la situation actuelle des régimes de retraite complémentaires et des nombreux travailleurs québécois qui n’en ont pas.


« Souvent, les antisyndicalistes mettent en opposition ceux qui ont un régime complémentaire et ceux qui n’en ont pas, remarque M. Létourneau. Il faut inverser la logique et, plutôt que d’attaquer les régimes existants, il faut les protéger, assurer leur pérennité et en donner à ceux qui n’en ont pas. Plusieurs solutions sont possibles, comme bonifier le Régime des rentes du Québec et créer des régimes de retraite sectoriels adaptés, comme pour le commerce de détail, les garderies, etc. Il faut faire une réflexion globale. »



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