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    Critiques sévères contre la ministre Maltais

    La protectrice du citoyen s’inquiète de l’impact des changements à l’aide sociale

    Photo: La Presse canadienne (photo) Fred Chartrand
    Pour lire la lettre envoyée par la protectrice du citoyen à la ministre Maltais.


    Irréalistes et inadéquats. Dans leur facture actuelle, les changements proposés à l’aide sociale par la ministre Agnès Maltais risquent d’aggraver la situation fragile des prestataires de 55 ans et des toxicomanes, estime la protectrice du citoyen, à qui la ministre a sitôt répondu en faisant la liste des assouplissements apportés et à venir.
     
    Le constat brossé par la protectrice Raymonde Saint-Germain dans une lettre expédiée à la ministre Maltais mercredi n’est pas tendre. Après analyse du projet modifiant le Règlement sur l’aide aux personnes et aux familles, la protectrice demande de surseoir à deux volets du controversé projet : celui repoussant de 55 à 58 ans l’âge lié au versement d’une allocation pour contrainte à l’emploi, et celui établissant des limites à la compensation des frais de séjour pour services en toxicomanie.
     
    « Je suis préoccupée » par ces modifications, écrit Mme Saint-Germain. En entretien téléphonique jeudi matin, elle précise au Devoir qu’il semble que « l’impératif budgétaire et la recherche de cas de fraude ont primé le réalisme des mesures » proposées, qui ne semblent liées à « aucune analyse fine de la clientèle visée ».
     
    « Est-il vraiment nécessaire de prendre des mesures négatives, de procéder par pénalités pour inviter cette clientèle vulnérable au travail ? Il aurait fallu mieux lire le profil de cette clientèle de dernier recours avant de penser à ces changements. Je pense que des analyses plus fines doivent être faites », ajoute Mme Saint-Germain, qui espère d’autres analyses sur les 55 ans et plus.
     
    Réaction de Mme Maltais

    En entrevue plus tard en journée, Agnès Maltais s’est défendue en disant que son ministère s’évertuait en ce moment à « mettre en place toute une série de mesures » destinées aux prestataires pour encourager le retour au travail. Il planche sur un « engagement de services » dont le détail sera présenté une fois la période de consultation terminée (elle s’achèvera le 15 avril).
     
    En outre, un comité composé de quelques députés a tenu une première rencontre jeudi pour réfléchir avec la ministre à l’évolution prochaine du dossier. « Eux, ils sont sur le terrain et ils connaissent ça, dit Mme Maltais. Ils me valident ça pour s’assurer qu’on n’en échappe pas », a-t-elle dit.
     
    La ministre promet que les nouveaux engagements permettront de mieux pointer la contrainte qui empêche le retour au travail, si contrainte il y a. « Mais ça ne doit plus être un automatisme, à 55 ans, de passer à cette contrainte », dit-elle, soutenant que 82,3 % des employés du Québec ont 55 ans et plus.
     
    Contradictions

    Dans son analyse, la protectrice place le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale face à ses propres contradictions : selon les études du ministère lui-même, une durée cumulative à l’aide sociale de quatre ans, le fait d’être âgé de 45 ans et plus, une faible scolarité et une absence de plus de deux ans du marché du travail augmentent les risques d’échec à la réinsertion. « Par ailleurs », ajoute la protectrice dans sa missive, « l’attitude des employeurs face aux travailleurs plus âgés, quelle que soit leur formation ou leur expérience, est encore trop souvent négative. » Mme Maltais affirme que certaines de ces données datent et ne sont pas à jour.
     
    La protectrice critique aussi la volonté de mettre fin aux abus chez la clientèle toxicomane, avec l’idée de limiter dans le temps l’accès à la prestation spéciale pour services en toxicomanie.
     
    Mais Mme Maltais a déjà annoncé des ajustements à cette portion des changements, a-t-elle rappelé jeudi : en promettant par exemple l’étendue de la durée à 183 jours plutôt que 90, en insistant sur la nécessité d’une accréditation pour les centres qui offrent les services, en convenant de la nécessité d’une évaluation clinique consensuelle avant les traitements.
     
    « Nous sommes d’accord, la protectrice et moi », a-t-elle expliqué. « Elle a fait une analyse à partir des textes officiels, mais depuis, il y a eu des réactions, des ajustements, dont elle n’a pas tenu compte. »
     
    Au Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ), qui conteste vivement la portée des changements proposés, la porte-parole Amélie Châteauneuf est d’accord avec les mises en garde émises par la protectrice, mais s’étonne du silence sur la mesure visant les familles ayant à charge des enfants de cinq ans et moins qui perdront aussi l’allocation additionnelle de 129 $ versée en reconnaissance d’une contrainte temporaire à l’emploi.
     
    La protectrice juge que l’objectif de réinsertion à l’emploi les visant est « réaliste ». « On parle de 9500 familles visées, et dont personne ne parle », dit Mme Châteauneuf. « On est d’accord pour le retour au travail, mais pourquoi doit-on couper les gens en bloc pour y arriver ? »












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