Complexe Turcot - Une douche froide pour Montréal

Le ministre des Transports et des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, et la première ministre, Pauline Marois, ont présenté lundi un projet Turcot « revu et bonifié » salué par les milieux d’affaires, mais mal reçu à l’Hôtel de Ville de Montréal, qui n’avait aucun représentant à la conférence de presse.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le ministre des Transports et des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, et la première ministre, Pauline Marois, ont présenté lundi un projet Turcot « revu et bonifié » salué par les milieux d’affaires, mais mal reçu à l’Hôtel de Ville de Montréal, qui n’avait aucun représentant à la conférence de presse.

Il y avait un absent de taille lundi matin à la conférence de presse du gouvernement Marois dévoilant la troisième version du projet de reconstruction du complexe Turcot : la Ville de Montréal. Et ce n’était pas par hasard. Le nouveau projet suscite en effet le mécontentement au sein de la coalition dirigée par Michael Applebaum.

« Nous aurions voulu faire plus, mais nous présentons la meilleure solution envisageable compte tenu du projet hérité du gouvernement libéral », a prévenu Pauline Marois en présentant son projet Turcot « revu et bonifié ». « Notre marge de manoeuvre était limitée », a ajouté la première ministre en soulignant « l’état d’avancement des travaux et l’urgence d’agir ».


Par rapport à la dernière annonce officielle - novembre 2010 -, Québec ajoute 100 millions pour faire une plus grande place au transport collectif (40 millions) et pour favoriser une « meilleure intégration de la structure à la trame urbaine » (60 millions). Les coûts du projet sont maintenant estimés à 3,7 milliards, et les travaux s’étaleront de 2015 à 2020.


Ce nouveau Turcot laisse toutefois les élus de Montréal sur leur faim. « Après trois ans de discussions et un changement de gouvernement, nous nous serions attendus à plus d’écoute à l’égard de la position de la métropole, a commenté la chef de l’opposition, Louise Harel. À l’exception d’une nette amélioration de l’offre de transport collectif, ce sont des modifications mineures qui ont été apportées au projet. »


Membre de son équipe, le maire du Sud-Ouest et vice-président du comité exécutif, Benoit Dorais, a qualifié le projet d’« occasion ratée d’améliorer substantiellement la qualité de vie de la population du Sud-Ouest » avec le maintien des talus dans le quartier Côte-Saint-Paul, a-t-il dit.


Dans le camp de Projet Montréal, les propos étaient encore plus cinglants. « Je crois qu’on s’est fait mener en bateau sur le dossier Turcot depuis le tout début par les grandes firmes d’ingénieurs, dont on sait maintenant, grâce à la commission Charbonneau, quel était leur niveau d’intégration et de collusion entre elles », a expliqué le chef du parti, Richard Bergeron.


M. Bergeron a rappelé qu’en 2010, la Ville avait élaboré son propre projet Turcot, d’une capacité routière réduite. Québec l’avait rejeté, estimant qu’il était trop coûteux et qu’il entraînerait d’importants délais dans sa réalisation. Richard Bergeron a relaté que lorsque la Ville avait tenté de retenir les services d’une firme de génie pour l’aider à concevoir son projet alternatif, elle avait fait chou blanc. « Toutes les firmes étaient sous contrat avec le MTQ sur le projet Turcot, a-t-il dit. C’est ce projet, issu de cette époque-là, qui vient d’être confirmé. »


Devant les divergences d’opinions au sein de son comité exécutif de coalition, le maire Michael Applebaum a donc préféré s’abstenir de se présenter à la conférence de presse de la première ministre, où il avait été invité. Il a plutôt convoqué les médias en après-midi à l’hôtel de ville.


« Je ne veux pas que vous preniez ça comme un signal que je n’ai pas voulu participer à cette conférence de presse ou que je suis contre le projet, a-t-il indiqué. Je pense que le gouvernement a pris une décision courageuse d’aller de l’avant en regardant le budget, l’urgence et le projet en totalité et il répond à plusieurs de nos demandes. »


Il a dit comprendre que la première ministre devait composer avec un projet complexe qui était déjà bien avancé au moment où elle a pris le pouvoir en septembre. « Je comprends que ce n’est pas facile de modifier le dossier », a-t-il convenu, en précisant que la Ville offrait sa collaboration.


Plafond et surveillance


Si Québec a réitéré lundi la nécessité que le projet aille de l’avant (il est à la fois « gigantesque, nécessaire, indispensable et urgent » ont dit les ministres du Transport, Sylvain Gaudreault, et de la Métropole, Jean-François Lisée), il a gardé une petite porte ouverte à certaines bonifications.


Selon Pauline Marois, le projet laisse notamment « la marge de manoeuvre nécessaire pour envisager d’autres options » comme le transport collectif électrifié et le covoiturage (une voie pourrait être réservée pour les véhicules transportant deux personnes et plus).


Québec a par ailleurs confirmé que les coûts de construction du projet ne pourront excéder un plafond qui sera déterminé par un « comité d’experts indépendants » mis sur pied par Infrastructure Québec. De même, suivant les principes de la Loi sur l’intégrité en matière de contrats publics, tous les partenaires du consortium qui sera choisi pour mener la phase « conception-construction » devront avoir reçu leur certificat de bonne conduite de l’Autorité des marchés financiers (AMF), faute de quoi ils ne pourront participer au projet.


Ces modifications ont reçu un accueil positif de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante et du Conseil du patronat, tous préoccupés par les impacts commerciaux liés à la réfection de Turcot, où transitent quotidiennement 300 000 véhicules. La bonification de l’offre de transport en commun - création de voie réservée, stationnements incitatifs, ajouts de départs pour les trains de banlieue, etc. - est aussi bien perçue par l’Agence métropolitaine de transport, la Société de transport de Montréal et l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique.

 

Cinq consortiums en lice


Selon le plan présenté lundi par Québec, Infrastructure Québec fera connaître dans les prochains jours le nom des trois consortiums qualifiés pour l’obtention du contrat principal du projet. Cinq consortiums composés de firmes d’ingénierie et d’entreprises de construction du Québec, du Canada et de l’étranger sont en lice. La signature du contrat est prévue pour l’automne 2014.


Or, plusieurs des firmes et des entreprises impliquées dans le processus ont été mises en cause devant la commission Charbonneau. Une situation qui n’inquiète pas spécialement Pauline Marois. « Être nommé ne veut pas dire être condamné », a-t-elle indiqué.


Les participants ont jusqu’à l’automne 2014 pour « poser les gestes qu’il faut » afin d’obtenir leur certificat de l’AMF, a rappelé la première ministre. « Il y a plusieurs entreprises dans les consortiums. Si l’une d’entre elles ne répond pas aux critères, elle pourra être remplacée par un autre partenaire. Ou elle pourra corriger » la situation, pense Mme Marois.


Concernant le plafond de dépenses qui ne pourra être dépassé, Pauline Marois soutient que le gouvernement aura les « outils juridiques » nécessaires pour s’assurer que la consigne sera respectée. « Le consortium prendra le risque et devra le supporter », a indiqué Mme Marois.

23 commentaires
  • Francis Robillard - Inscrit 26 mars 2013 07 h 07

    A quoi sert le PQ?

    Jean Charest, sort de ce corps!

    Ce à quoi est connecté le PLQ, on le sait bien, les Orangistes du Québec, la maffia, la filière 13 d'Ottawa. Mais le PQ, sur quoi est-il connecté? Les mouvement sociaux... non c'est QS, les souverainistes... non c'est ON... que sur un élan des babyboomers confortablement au seuil ou déjà à la retraite à planifier ses arrangements funéraires. Wow, tout un projet de société ça!

    Que font les jeunes du PQ, est-ce qu'il y en a? Pourquoi ce parti prépare en pensant que l'on ne les voit pas, le retour des libéraux, connecté sur la corruption, parce qu'au moins il sont connecté sur quelque chose qui les nourrit, qui leur parle. Qui peut expliqué au PQ à quel point il sont dans le champs... de l'insignifiance. Y a t-il un pilote dans l'avion?

    Il y a eu 600 000 votes souverainistes de moins en 2012 par rapport au référendum de 1995. Il ne sont pas mort, c'est les vieux qui meurent, la clientèle du PLQ, alors il sont ou? Le PQ est il un épouvantail à souverainiste? Il est ou le projet non libéral, non colonisé, non corrompu de la société québécoise? Me dite pas que c'est la faute aux immigrants de Montréal, quand ils s'intègrent pas à nous, ils ne reste pas dans ce pays de fous!

    • Marc Blanchard - Inscrit 26 mars 2013 10 h 08

      N'importe quoi.

      QS et ON sont des partis qui regroupent les bien-pensants et les vertueuses de la province, tellement bien-pensants et vertueux qu'ils préfèrent les libéraux et la CAQ au PQ.

      Ces partis donneurs de leçons sont tout à fait surexposés dans les médias, alors qu'ils ne représentent même pas 10% de la population.

    • Eric Allard - Inscrit 26 mars 2013 10 h 12

      Il est facile de critiquer. Que souhaitez-vous? Que le PQ jette à l'eau tout ce qui a été fait pour l'échangeur Turcot?

      Juste en passant, je suis allé sur un chantier de pré-réfection de l'échangeur il y a deux ans déjà. Jeter le bébé avec l'eau du bain à ce point ci reviendrait à jeter aux poubelles tout ce qui a déjà été fait, et recommencer.

      Combien de centaines de millions sommes-nous prèts à gaspiller pour ça?

      Non, le projet n'est pas le meilleur, mais en même temps, il prend en compte plusieurs réalités du terrain. La première étant l'avantage de construire en talus plutôt qu'en béton au-dessus de la ville: la structure y est à vie.

      Tout ce qu'auront à faire les générations futures pour les parties en talus sera de faire la réfection de la surface de roulement. Plus de structure qui risque de s'effondrer si elle passe sa durée de vie utile.

    • Christian Fleitz - Inscrit 26 mars 2013 10 h 56

      Vu les capacités et l'efficacité, voire la probité actuellement démontrés par la municipalité de Montréal et son administration, son avis n'est certainement à prendre sans précaution. Reste à savoir comment le gouvernement de Mme Marois va pouvoir organiser la contention des coûts dans le budget investi. Réussir serait évidemment un grand succès et une bonne avancée pour la gestion des fonds publics.

    • Louka Paradis - Inscrit 26 mars 2013 11 h 50

      M. Robillard, votre mépris des personnes plus âgées que vous ne vous honorent pas : on appelle ça de l'âgisme, et c'est sectaire ; comme les 2 partis que vous semblez aduler et dont les chefs ont renié le Parti Québécois pour satisfaire vaniteusement leur envie de faire cavalier seul. Résultat : les forces souverainistes et progressives sont divisées et ont presque permis au PLQ ultra incompétent et ultra maguouilleur de garder le pouvoir. La nuance dans le jugement, c'est comme la modération : elle a bien meilleur goût et surtout, beaucoup plus de crédibilité.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Alexandre Beaudet - Inscrit 26 mars 2013 15 h 22

      Orangistes ? Dans quel siècle habitez-vous. Les Libéraux sont appuyés par la majorité des Anglophones et Allophones, entre autres parce que le PQ n'a pas réussi à convaincre personne que ces communautés sont inclus qdans le "nous" des péquistes.
      Les traiter d'Orangiste n'aidera pas !

  • Jean Filion - Inscrit 26 mars 2013 07 h 22

    complexe Turcot

    Avec Applebaum de Montréal, ça aurait couté encore plus cher et encore retarder.

  • Lise Bélanger - Abonnée 26 mars 2013 07 h 44

    Transport en commun

    Merci Mme Marois de penser au transport en commun dans le projet Turcot. Vous avez compris où se trouve l'avenir dans l'urbanisme.

    Quand à M. Charest.....c'est quoi ça , les transports en commun, ça sert à qui????

    Merci encore Mme Marois.

    • Louka Paradis - Inscrit 26 mars 2013 20 h 25

      J'ai aussi lu que le maire Applebaum trouvait «courageuse» la décision du gouvernement Marois :
      http://www.journaldemontreal.com/2013/03/25/appleb
      Informons-nous adéquatement pour être en mesure de nous former une idée juste.
      Louka Paradis, Gatineau

  • François Dugal - Inscrit 26 mars 2013 07 h 58

    TROP, c'est TROP

    3,7 MILLIARDS pour UN échangeur, c'est TROP.
    J'ai cru remarquer qu'il y avait un pont à haubans dans le projet. Je rappelle que le pont à haubans de l'île Perrot, construit dans les années '70, a été récemment démoli et remplacé par un pont conventionnel. Nos chers ingénieurs, spécialistes de l'éphémère, planifient-ils de «l'ouvrage» pour la génération suivante?

    • Real Melancon - Inscrit 26 mars 2013 09 h 22

      Je suis d'accord. Je rappelle aux élus de Montréal qui font la baboune, que c'est TOUTE LA PROVINCE qui va payer près de 4 MILLIARDS pour des morceaux de bétons, un pont mal foutu, et de l'asphalte.

      Le pire du pire, gageons que ce projet ne désengorgera aucunement le traffic, et ne fera que remplacer le béton actuel qui tombe en morceaux par de nouveaux ouvrages qu'on refera dans 40 ans.

    • Christian Fleitz - Inscrit 26 mars 2013 11 h 06

      Le béton de l'échangeur actuel tombe en morceaux ? Comment font les pays scandinaves pour bâtir des ouvrages d'art qui résistent longtemps à un climat souvent plus rigoureux que celui de Montréal ? Peut-être des intrants plus conformes à l'usage et moins gangrenés par les pratiques mafieuses que l'on constate en ce moment ? La gabegie des fonds publics est insultante pour les citoyens de toute la Province. Contrôle, contrôle... c'est la responsabilité d'une gouvernance digne de son nom...et bien sur sanctions exemplaires pour les délinquants. Et ce n'est pas à la municipalité de Montréal et à son administration de prétendre à devenir donneur de leçons.

    • philippe ouimet - Inscrit 26 mars 2013 11 h 27

      Vous avez parfaitement raison. Faudrait possiblement se tourner vers les exécutants du pont Victoria contrairement au vieux pont de Québec ...après tout ce temps il est toujours debout et toujours en opération.Il serait sage pour notre gouvernement de se tourner vers des firmes venant de l'extérieur comme Bechtel pour l'exécution de projet complexe comme dans le bon vieux temps avec des gens compétents et intègres car nous pauvres Québecois sommes toujours dans le pétrain si ce n'est pas les boys club devant la Commission Charbonneau c'est maintenant les tuyaux d'amiante dans nos nouveaux centres hospitaliers.

    • Jacques Patenaude - Abonné 26 mars 2013 12 h 46

      @Christian Fleitz

      Dans les pays scandinaves la population est d'accord pour payer des impôts qui correspondent aux besoins. Le commerce au noir y est beaucoup moins florissant. le mouvement libertarien qui prône la réduction de l'État à une peau de chagrin y est plus faible. Les gens comprennent davantage que l'État doit jouer un rôle prépondérant dans la redistribution de la richesse et dans une organisation sociale efficace pour que tous soient plus riches.
      Voilà la différence.

  • Marc Rainville - Inscrit 26 mars 2013 09 h 57

    Blanchiment

    Les cabinets des psychologues sont pris d'assaut par les membres du monde interlope. Turcot est essentiel au blanchiment de leur argent.