Comme des canettes de Pabst
À commencer par cette visqueuse confiture de la vertu économique dans laquelle on a égrené l’amer médicament : c’est pour encourager le retour au travail. Mieux encore : c’est pour combler le manque de main-d’oeuvre. À très peu de chose près, le même discours que celui employé par Diane Finley à Ottawa pour justifier les changements aux critères d’admissibilité à l’assurance-emploi et qui ont déchaîné l’est du Canada.
Et c’est là, tandis que l’intox des conservateurs et celle des péquistes convergent, que le flamboyant personnage d’Agnès Maltais montre toute l’étendue de son registre.
Si, si, flamboyant. Souvenez-vous seulement de la députée dans l’opposition, indignée, poing levé, à la défense des poqués et des laissés pour compte. Puis de la ministre souverainiste scandalisée qui pourfendait le fédéral la semaine dernière. Et, enfin, de la péquiste soumise aux critiques tandis qu’on l’accuse de sabrer à son tour l’aide aux plus faibles, et qui dit aux journalistes : Vous n’allez quand même pas m’apprendre ce qu’est la pauvreté. Comme si elle l’avait inventée.
Agnès Maltais joue avec la même intensité sur tous les modes, de la moue évasive à la colère en passant par la compassion, la contrition et l’enthousiasme (pour le nouveau Colisée, juste avant la dernière élection, tiens donc), si bien qu’on ne peut faire autrement que de rappeler qu’avant d’être une professionnelle de la politique, Madame fut actrice.
Parenthèse : il y a quelques semaines, une journaliste du Soleil a fait se rencontrer Agnès Maltais et Marjorie Champagne, qui a fondé la Revengeance des Duchesses, une activité plutôt champ gauche, très loin en marge du Carnaval de Québec. On a eu beau expliquer à la politicienne que cette nouvelle mouture n’avait rien du « concours de miss » d’autrefois, qu’il s’agit d’une réappropriation du nom, que l’événement met en valeur l’histoire de la ville et la vie de quartier, qu’il table sur l’intelligence et le talent en communication, elle n’a rien voulu savoir. Madame a joué dans une pièce qui dénonçait la tradition machiste des duchesses, il y a trente ans. On ne lui en passera pas. Ce nouveau concours a beau retourner comme un gant tout ce qui tournait à vide dans l’autre, elle ne veut rien entendre. Elle connaît ça, les duchesses. Presque autant que la pauvreté.
Fin de la longue parenthèse qui sert d’éclairage au personnage, et en particulier à sa posture.
Une sorte d’inflexible certitude qui n’est pas loin de celle, au fond, qui anime le cardinal Ouellet : ce sentiment de détenir sur les autres une sorte d’ascendant moral ou intellectuel qui permet d’avoir toujours raison.
Surtout lorsqu’on a tort.
Je vous disais que la forme m’intéresse plus que le fond dans cette histoire, parce qu’elle montre une vérité qui pue, qui me fait chaque fois haïr la politique, son spectacle, et plus encore l’arrogance de ceux qui y jouent.
Le fait que, bien souvent, Mme Maltais défend les mêmes causes que moi n’arrange rien. Bien au contraire. Chaque contorsion idéologique, chaque fois où la politique l’amène à se trahir, c’est un peu comme si un membre de mon équipe scorait dans mon but.
Qu’elle parraine le projet de loi privé 204, visant à soustraire le contrat du futur amphithéâtre de Québec à la contestation, relevait de la manoeuvre bassement électoraliste. Mais sa manière d’aller déchirer sa chemise à Ottawa, de nier avoir pratiqué des coupes en catimini pour ensuite avouer s’être indûment emportée contre la ministre Finley : voilà qui confirme que la ministre n’a guère de scrupules quand vient le temps d’insulter notre intelligence.
Que les libéraux nous prennent pour des cons, passe encore. Qu’ils soient parvenus à récolter le tiers de l’électorat à la dernière élection leur en donne probablement le privilège. Mais vous, Mme Maltais ? Vous aurez beau tendre la main, dire que vous ne laisserez tomber personne, qui vous croira encore ? Surtout quand, au même moment, le ministre des Finances annonce qu’il sera inflexible sur ces coupes, et qu’elles sont presque identiques à celles des libéraux, dénoncées par votre parti en 2010…
Je le disais, c’est la forme qui m’intéresse. C’est par elle que l’on mesure le degré de bullshit dans lequel s’enfoncent nos politiciens, leurs lignes de parti et les joutes partisanes consistant à tirer sur ce qu’il nous reste de confiance, comme des chasseurs saouls sur des canettes de Pabst au clair de lune.
Des canettes qui tombent au sol, et dont, au matin, on découvre qu’il n’en reste que des lambeaux. Un peu comme pour votre crédibilité, Madame la Ministre.








