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    Aide sociale - Mauvaise synchro

    La ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais, veut inciter au travail les assistés sociaux. Sa méthode, la carotte et le bâton. Les familles avec des enfants de moins de cinq ans et les personnes qui atteignent 55 ans n’auront plus droit à l’allocation de contraintes temporaires de 129 $ par mois, mais pourront en recevoir une de 195 $ en s’inscrivant à un parcours de retour au travail. Le projet est mal reçu. « Je l’ai échappé », de reconnaître la ministre, à qui il revient maintenant de se rattraper.

    Les circonstances dans lesquelles ce projet a été rendu public la semaine dernière ne pouvaient que provoquer les groupes de défense des assistés sociaux et l’opposition. Personne n’avait été prévenu. Une fois ce projet adopté par le Conseil des ministres, Mme Maltais n’avait informé que sommairement ses collègues députés péquistes, pressée qu’elle était de se rendre à Ottawa protester contre la réforme de l’assurance-emploi.


    Il ne pouvait y avoir plus mauvaise synchronisation. L’intention perçue de la ministre a été immédiatement celle de vouloir faire des coupes dans le même esprit que la ministre Diane Finley fait sa réforme de l’assurance-emploi. Dans un cas, il s’agit de réduire le déficit budgétaire aux dépens des assistés sociaux ; dans l’autre, aux dépens des travailleurs saisonniers. Elle aura tout raté. Ses critiques envers la réforme de l’assurance-emploi seront désormais reçues à Ottawa avec le sourire, tandis qu’elle doit à Québec affronter le mur de critiques que soulève son projet de retour au travail des assistés sociaux, qui seront d’ailleurs plus nombreux grâce à Mme Finlay.


    Il ne faut pas, en dépit de ce départ chaotique, prêter toutes les mauvaises intentions à la ministre. Favoriser le retour sur le marché du travail des assistés sociaux qui sont aptes au travail va de soi. L’aide sociale est une mesure temporaire. On voit d’ailleurs le nombre d’assistés sociaux fluctuer au gré de la conjoncture économique, sauf que certains restent toujours sur le carreau pour toutes sortes de raisons, dont le découragement qui vient à la suite d’échecs répétés à se trouver un emploi. Ce sont ceux-là que Mme Maltais veut « aider à sortir de la misère ». La question est maintenant de savoir si elle s’y prend de la bonne façon.


    Agnès Maltais a raison de voir un contexte favorable à sa réforme dans le départ à la retraite des baby-boomers. Des dizaines de milliers de postes s’ouvriront. Elle a aussi raison de penser qu’aujourd’hui la garde d’un enfant de moins de cinq ans ne doit pas être un obstacle pour un parent à participer à un parcours de retour au travail, pourvu que l’autre parent assume la garde. Ni pour une personne de 55 ans d’espérer retrouver un emploi, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années.


    Inciter est le mot-clé qui donne un côté positif au projet de la ministre. Mais est-ce bien une incitation, ce que constituent les mesures contenues au projet de règlement ? Retirer l’allocation de 129 $ dite de contraintes temporaires est plutôt une pénalité. Des expériences faites ici au Québec par les gouvernements précédents n’ont jamais donné les résultats attendus. Certes, il y aura cette allocation d’aide à l’emploi de 195 $ par mois, mais sera-t-elle versée jusqu’à ce qu’un prestataire trouve un emploi ?


    En disant « je l’ai échappé », Mme Maltais laisse entendre une certaine volonté de corriger le tir. Elle aura l’occasion de défendre son projet et de l’améliorer ces prochaines semaines. La première, elle devrait savoir qu’il n’y a pas d’économies à faire sur le dos des assistés sociaux. Les vraies économies viendront d’une réinsertion réussie sur le marché du travail. À cet égard, les coups de bâton sont dissuasifs plus que tout. Mieux vaut miser sur une démarche volontaire et un solide accompagnement.













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