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    La bavure

    23 février 2013 | Michel David | Québec
    La dernière fois que le Québec a projeté une image aussi ridiculement intolérante remonte à une quinzaine d’années, quand la populaire émission 60 Minutes, diffusée sur le réseau américain CBS, avait rapporté le plus sérieusement du monde qu’un perroquet avait fait l’objet d’une plainte pour cause d’unilinguisme anglais.

    L’Office de la langue française avait eu beau nier formellement ce qui était une pure invention, le journaliste l’avait quand même incluse dans son reportage. Pourquoi laisser les faits contredire une bonne histoire, n’est-ce pas ?


    Résultat : 20 millions de téléspectateurs avaient découvert qu’une bande de dangereux fanatiques vivaient à leur frontière.


    Cette fois-ci, ce n’est que trop vrai. Non seulement quelqu’un s’est plaint de la présence du mot « pasta » sur le menu d’un restaurant… italien, mais un fonctionnaire de l’Office y a donné suite.


    Il suffisait de jeter un oeil sur la première page du National Post de jeudi pour imaginer la nouvelle éruption de Quebec bashing dans les chaumières du ROC.


    L’Office a eu beau condamner cet « excès de zèle », qui ne tenait pas compte de l’exception prévue dans le cas des spécialités étrangères, le mal est fait, encore une fois. Je me demande comment Jean-François Lisée va expliquer aux anglophones que, dans un Québec souverain, les fonctionnaires auront plus de jugeote.

     

    ***
     

    Le chroniqueur politique de la Gazette, Don MacPherson, a souligné « l’hypocrisie » du libellé utilisé dans la Charte de la langue française, dont aucun article n’interdit ou ne limite l’usage de la langue anglaise, mais plutôt celle d’une « langue autre que le français », alors que seul l’anglais est visé.


    Lucien Bouchard avait jadis « éprouvé des moments d’impatience » quand la défunte Commission de protection de la langue française était intervenue pour faire respecter les dispositions de la Charte relatives à l’affichage commercial dans le Quartier chinois. Il avait dit souhaiter que la Commission fasse son travail « de façon raisonnable », ce qui laissait entendre que la loi ne devait pas être appliquée dans certains cas.


    Curieusement, quand les libéraux sont au pouvoir, cette « façon raisonnable » d’appliquer la loi devient soudainement du laxisme. Soit, le fonctionnaire allergique aux pasta n’était pas très futé, mais il n’en existe pas moins un flou artistique sciemment entretenu par des politiciens, qui hésitent à appeler un chat un chat.


    C’est d’ailleurs cette même pudeur - ou hypocrisie - qui empêchera les participants au Sommet sur l’enseignement supérieur de discuter du déséquilibre dans le financement des universités, nettement à l’avantage des établissements « d’une langue autre que le français », comme l’ont réclamé une trentaine de professeurs qui qualifient cette disproportion de « véritable vestige de l’époque d’avant la Révolution tranquille ».


    La principale de McGill peut bien vanter la contribution de son établissement au développement économique du Québec, il demeure que la moitié des médecins formés à McGill grâce aux impôts payés par l’ensemble des contribuables québécois quittent le Québec, alors que 90 % des diplômés de l’Université de Montréal y restent.


    Tous programmes confondus, une étude de l’Institut de recherche sur le français en Amérique datée de 2010 concluait que les diplômés des universités anglophones quittaient le Québec dans une proportion cinq fois plus importante que ceux des universités francophones. S’il est question de développement économique, on peut imaginer un meilleur investissement.

     

    ***


    Oui, je sais, remettre en question le statut privilégié de McGill traduit un déplorable anti-élitisme, voire une coupable anglophobie. Alors, n’en parlons plus. Cette tendance à la culpabilisation est néanmoins de mauvais augure pour le débat à venir sur le projet de loi 14, qui vise à renforcer la Charte de la langue française.


    Trente-cinq ans après l’adoption du bill 101, on aura droit aux mêmes accusations. Le nouveau héros des angryphones, Beryl Wajsman, qui a été banni à vie du Parti libéral du Canada après sa comparution devant la commission Gomery, voit dans le gouvernement Marois « le plus radical jamais élu dans le Québec des temps modernes ». Pauline Marois, une radicale ? Un peu de sérieux !


    Le meilleur est sans doute à venir. Quand le PQ avait présenté la première version de son projet de loi sur l’identité, à l’automne 2007, M. Wajsman y avait vu « l’institutionnalisation de l’intolérance ». Le caricaturiste de l’hebdomadaire The Suburban, dont il est l’éditeur, avait jugé approprié d’associer le PQ au Ku Klux Klan.


    Il avait sans doute raison : une société qui ne tolère pas les pasta doit être capable du pire.

     
     
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