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    Les nouveaux amis

    Michel David
    16 février 2013 |Michel David | Québec | Chroniques
    L’adage de l’auteur américain Charles Dudley Warner voulant que la politique réunisse d’étranges partenaires de lit ne s’est pas démenti. En ce lendemain de Saint-Valentin, il était savoureux d’entendre Amir Khadir parler de « notre ami François Legault de la CAQ ». Tout de même, trois fois dans la même semaine…
     
    « C’est ça, faire de la politique autrement », a lancé M. Legault en se présentant à un point de presse conjoint avec le député de Québec solidaire pour dénoncer le projet de minicentrale de Val-Jalbert, que le gouvernement Marois a décidé de maintenir malgré l’annulation de six autres projets du genre.
     
    Certes, toute occasion est bonne pour l’opposition de dénoncer les faits et gestes du gouvernement, mais il est rafraîchissant de constater que les deux partis les plus éloignés l’un de l’autre sur le plan idéologique peuvent être occasionnellement réunis par un sain pragmatisme.
     
    Peu importe l’angle sous lequel on l’examine, la poursuite du projet de Val-Jalbert est totalement injustifiable, pour ne pas dire franchement absurde, que ce soit sur le plan de l’économie, sur le plan de l’environnement, sur le plan du patrimoine ou sur le plan de l’acceptabilité sociale. C’est l’exemple parfait de l’incohérence qui caractérise trop souvent l’action du gouvernement Marois depuis l’élection du 4 septembre.
     
    Pour donner le moins de coloration partisane possible à leur intervention, les nouveaux amis n’ont pas voulu insister sur les lourds soupçons de favoritisme qui pèsent sur le gouvernement, mais sa décision semble si inexplicable qu’il est très difficile d’y voir autre chose qu’un prix de consolation offert à Bernard Généreux, qui a échoué pour la quatrième fois dans sa tentative d’être élu député.
     
    Dire qu’en 1995, le gouvernement Parizeau avait institué une commission d’enquête pour tenter de prouver que les libéraux avaient fricoté avec les producteurs d’électricité privés. À l’époque, on parlait d’un scandale « aussi grave que celui du gaz naturel » qui avait marqué la fin du régime Duplessis. Par la suite, le gouvernement Bouchard a eu beau multiplier les prolongations du mandat de la commission, celle-ci n’a rien trouvé.
     
    ***
     
    Jeudi, à l’Assemblée nationale, M. Khadir avait déjà accueilli avec autant de plaisir que d’étonnement la proposition du chef caquiste de rogner sur les crédits d’impôt accordés aux entreprises afin de compenser les compressions de 124 millions que les universités subiront cette année et l’an prochain.
     
    En réalité, cela n’aurait pas dû le surprendre. M. Legault a toujours eu des doutes sur ce type d’aide aux entreprises. La plateforme électorale de la CAQ prévoyait déjà de faire le ménage dans les 95 crédits d’impôt différents totalisant 4 milliards qui leur sont offerts. La CAQ suggérait d’en abolir l’équivalent de 2 milliards et d’avoir plutôt recours à Investissement Québec — ou à la future Banque de développement du Québec — pour stimuler l’investissement.
     
    Plusieurs voient à tort en M. Legault un suppôt du néolibéralisme qui ne vise qu’à poursuivre l’entreprise de « réingénierie » — ou de démantèlement de l’État — au profit du secteur privé, que le gouvernement Charest avait dû laisser en plan. Qu’il s’agisse de Val-Jalbert ou des compressions imposées aux universités, il est parfaitement capable de voir où se situe l’intérêt public.
     
    ***
     
    Inversement, Québec solidaire n’est pas allergique au privé au point de perdre tout bon sens. Mardi, Françoise David trouvait tout aussi incompréhensible que la CAQ l’entêtement du gouvernement à rejeter toute possibilité de convertir en places à 7 $ celles qui sont actuellement vacantes dans les garderies privées non subventionnées, ce qui permettrait d’étendre le réseau à moindre coût pour l’État.
     
    L’argument de la ministre de la Famille, Nicole Léger, qui objecte qu’il ne s’agirait pas de « nouvelles places », relève du sophisme. Tout ce que recherchent les parents, ce sont de nouvelles places à 7 $, peu importe qu’il s’agisse d’anciennes places à 35 $.
     
    Personne ne demande au gouvernement de convertir des places là où on n’en a pas besoin. Il va également de soi que les normes de qualité du ministère devront être respectées. Refuser toute conversion sous prétexte que les propriétaires de garderie non subventionnée, attirés par un crédit d’impôt introduit par le gouvernement Charest, ont originellement choisi un autre « modèle d’affaires », comme le fait valoir Mme Léger, témoigne cependant d’un aveuglement idéologique navrant. À moins qu’il s’agisse simplement d’étroitesse d’esprit.
     
    « Faire de la politique autrement » ne consiste pas seulement à changer des lois. C’est aussi une question d’attitude. Manifestement, certains ne l’ont pas compris. Les électeurs devront peut-être le leur expliquer.












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