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Relaxez-vous, ça ne fera pas mal…

8 février 2013 | Lise Payette | Québec

Des mots magiques. Des mots qu’on voudrait entendre chaque fois que quelqu’un qui porte un titre important prend la parole ; relaxez-vous, ça ne fera pas mal. Vous y croyez chaque fois et dès que vous vous dites que c’est certainement la meilleure chose à faire, vous recevez une énorme taloche dans la face sans trop savoir d’où elle vient ni qui vous l’a donnée.


Marie-Louise, ma grand-mère, disait : « Ça fait mal, mais c’est comme ça que l’expérience rentre. » Cette femme de grande sagesse, qui consolait tous ceux qui pleuraient sur son épaule en attendant des jours meilleurs, rajoutait souvent : « Il ne faut pas se laisser faire. »


Il faudrait qu’elle revienne le dire aux Québécois qui encaissent les coups durs les uns après les autres sans trop montrer leur désespoir, leur désarroi ou leur colère souvent silencieuse. Ils se regroupent autour d’une promesse de remise en question sans bonne raison et ils essaient de s’y retrouver dans les ultimes remises en cause de règlements acquis ou fortement espérés et qui se mettent à prendre l’eau au moment le plus inattendu. L’argent qu’on vous avait promis, vous ne l’aurez pas parce qu’il n’existe tout simplement pas ? Relaxez-vous, ça ne fera pas mal…


L’est du Québec est dans la rue et se les gèle dans le froid parce que les cris de colère ne sont pas entendus à Ottawa ? L’argent de l’assurance-emploi appartient au Fédéral, susurre Stephen Harper avec le sourire aux lèvres et la joie au coeur ? Il ne faut pas le laisser faire ! Il faut lui rappeler que les politiciens ne sont que des temporaires et que le peuple seul est permanent.


Des écoles de la Commission scolaire de Montréal accueillent nos enfants et nos petits-enfants dans des locaux où la moisissure rend les enfants et les professeurs malades. Le problème est connu depuis des années. Relaxez-vous, ça ne fera pas mal.


Des cas qu’on peut citer et dont on suit l’évolution dans les journaux, il y en a des centaines, partout dans cet hiver québécois. Surtout, ne pas relaxer. Nous l’avons beaucoup trop fait sous les libéraux pendant neuf ans. Ça nous a pris un temps fou pour nous réveiller. Ce n’est pas le temps de nous rendormir. On va nous redire des centaines de fois que l’argent est rare. On a bien compris que ça dépend pour quoi.


Ce que nous découvrons de la qualité de notre démocratie via la commission Charbonneau nous oblige à nous questionner sur notre part de responsabilité dans ce qui s’est produit dans les villes et les villages, sur nos accommodements silencieux devant des comportements que nous avons choisi de ne pas voir ou de ne pas dénoncer ; le silence approbateur que nous avons pratiqué comme si nous ne savions rien. La commission, avec ses révélations, nous oblige à constater qu’elle n’aura pas joué pleinement son rôle si elle ne nous indique pas les routes à suivre pour récupérer l’argent qui nous a été volé et que nous pourrons utiliser pour remettre de l’ordre dans les finances publiques et réaliser quelques projets dont notre société a besoin pour mieux se développer et pour progresser. Nous pourrons aussi réparer les trous qui se multiplient dans le filet social que nous avons voulu mettre en place et qui en arrache en ce moment.


Il faudra se souvenir qu’il aura fallu le printemps érable pour nous ouvrir les yeux, qu’il aura fallu transformer les rues du centre-ville en lieux de solidarité pour nous réveiller au bruit des casseroles. Il faudra se souvenir que le Québec est sorti de sa nonchalance il y a un printemps et que le travail n’est pas fini. Ce n’est certainement pas le temps de relaxer, puisque ça fait encore mal et que ce que nous avons vécu collectivement n’est pas réglé.


Les cartes ont été rebrassées. Les interlocuteurs ne sont plus les mêmes, mais les problèmes abordés restent entiers. Ce n’est pas le temps de rester là, les bras croisés. Bougez. Autrement, ça va faire bien plus mal.


Le Québec, s’il reste immobile et consentant, va manger la volée de sa vie. Personne ne pourrait dire s’il s’en remettra.

 
 
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