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    Le droit de vote à 16 ans - Vote, cher ado

    Antoine Robitaille
    29 janvier 2013 |Antoine Robitaille | Québec | Éditoriaux
    Le droit de vote à 16 ans ? On entend d’ici les ricanements, les blagues d’ado. Ces jeunes auront aussi «le droit d’être députés, mais ne pourront s’acheter une bière au dépanneur», avait raillé le libéral Jean-Marc Fournier il y a un an, lorsque le Conseil national du Parti québécois avait adopté cette mesure. On a le droit de rire de tout, bien sûr, mais cette idée d’abaisser l'âge pour obtenir le droit de vote mérite une réelle réflexion.

    Écosse compte accorder le droit de vote aux 16 et 17 ans lors de son référendum sur l’indépendance en 2014. « Ce sera le vote le plus important en 300 ans pour la nation écossaise » et les adultes les plus jeunes doivent avoir leur mot à dire, déclarait le premier ministre Alex Salmond en octobre. À Londres dimanche, son homologue québécoise, Pauline Marois, s’est enthousiasmée lorsqu’on lui a rappelé que cette décision concordait avec la résolution de son parti. « Qu’un autre chef d’État songe à faire ça, eh bien, ça veut dire que ce n’est peut-être pas si bête finalement », a déclaré malhabilement Mme Marois.


    La logique selon laquelle « d’autres y pensent, ça doit être bon » n’est pas la plus convaincante, soit. Reste que l’idée se répand. En 1996, lorsque des militants péquistes avaient proposé d’abaisser ainsi le seuil pour devenir électeur, on avait soupçonné une astuce souverainiste, les jeunes étant (à l’époque) plus enclins à voter oui. Un politologue réfractaire avait souligné qu’une courte liste de pays peu recommandables sur le plan démocratique avaient fait de même : l’Iran, Cuba, le Brésil et le Nicaragua. Depuis, toutefois, d’autres les ont imités : la Croatie, les länder allemands et l’Autriche, entre autres.


    Jeudi dernier, la mère des Parlements de notre Dominion - pensez donc ! -, la Chambre des communes, à Londres, adoptait une motion appuyant l’abaissement du droit de vote à 16 ans lors de « toutes les élections et tous les référendums tenus au Royaume-Uni » ! Le débat en Chambre fut riche. Soulignant que les jeunes de 16 ans peuvent être enrôlés dans l’armée, une députée travailliste, Natascha Engel, lança de manière pertinente : « S’ils peuvent mourir pour leur pays, ils devraient assurément être autorisés à participer au débat sur le déclenchement d’une guerre. »


    Au Québec aussi, un ado de 16 ans peut être conscrit. Et bien qu’il ne puisse acheter de bière, il est autorisé, même contre l’avis de ses parents, à s’enrôler dans l’armée. Il lui est aussi possible, indépendamment de toute volonté parentale, d’obtenir un permis de conduire ou de port d’arme, de se marier, de signer des contrats d’embauche ou de réclamer un avortement. En 1991, la Commission royale d’enquête sur la réforme électorale, présidée par Pierre Lortie - proche des cercles libéraux -, avait recommandé d’adopter le vote à 16 ans. Le NPD s’était dit d’accord. Au Québec, en avril 1996, l’ancêtre de la CAQ, l’ADQ, s’était prononcée en faveur du vote à 16 ans lors d’un conseil général.


    Dans une société vieillissante, le vote à 16 ans aurait l’avantage de donner un peu plus de poids aux jeunes générations. Le Parti libéral du Québec, qui s’est toujours systématiquement opposé à l’abaissement du droit de vote, soutient que les jeunes de moins de 18 ans n’ont pas la maturité nécessaire pour être conscients des conséquences d’un vote. Se pose-t-il la question lorsqu’il met tout en oeuvre pour faire voter les personnes les plus âgées, dont certaines, selon plusieurs reportages, sont carrément diminuées ? Et pourquoi, lorsqu’il s’agit d’élire son propre chef, le PLQ accorde-t-il le droit de vote à ses militants de 16 ans et plus, lesquels peuvent aussi être délégués au congrès ? Paradoxal pour le moins.













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