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    Le bouquet reste à venir

    4 janvier 2013 | Lise Payette | Québec
    Ma grand-mère m’a expliqué un jour que les plus belles fleurs germaient dans la pourriture. Marie-Louise faisait pousser des plantes magnifiques à partir d’un semis qu’elle laissait pourrir doucement sur de la ouate mouillée. Quand la plante était assez solide et que l’été s’annonçait dans sa cour, elle transplantait le tout le long de la galerie et les fleurs se pointaient juste à temps pour embellir son tout petit jardin.

    J’ai longtemps pensé que Marie-Louise était une sorte de sorcière. C’est à elle que je dois de toujours penser qu’il finira par y avoir du bon qui naîtra du méchant, du beau de la laideur, de l’espoir de la désespérance. J’y crois toujours. Même si, parfois, je trouve le temps long.


    À travers toutes les sordides affaires que les nouvelles nous ont jetées au visage durant les derniers mois de l’année 2012, on a l’embarras du choix pour déterminer ce qui va le plus mal.


    J’ai profondément honte quand j’apprends qu’on ferme des écoles parce que les moisissures y rendent les enfants malades. J’ai honte aussi quand j’apprends qu’un haut gradé de la police était prêt à vendre son âme et certains de ses camarades à la mafia pour de l’argent. J’ai honte quand je vois « de mes yeux » une femme policière identifiée par ses gestes de violence alors que des hommes policiers ne s’en sont pas privés, de violence, durant les manifs. J’ai encore plus honte. J’ai honte quand on dit qu’il y a dix mille, quinze mille, vingt mille sans-abri à Montréal qui se demandent où aller dormir quand il fait -25 degrés la nuit et que plusieurs d’entre eux n’ont même pas l’argent pour payer leurs médicaments. J’ai honte quand des vieux disparaissent pour aller mourir seuls, volontairement ou involontairement.


    J’ai honte quand la Cour suprême du Canada décide de permettre le port du niqab intégral pour que des femmes puissent aller témoigner. J’ai honte. J’ai encore plus honte quand la même Cour suprême se permet de rayer d’un coup d’efface des parties de lois importantes pour le Québec alors qu’elles ont déjà été votées à l’unanimité par l’Assemblée nationale de notre nation comme si nous n’étions qu’un petit peuple soumis au très grand peuple voisin qui n’est pas le nôtre.


    Comme j’ai honte de découvrir la quantité de bouffe qu’on jette aux poubelles pendant des périodes dites festives comme celle qui vient de se terminer.


    J’ai toujours eu du mal à accepter que la Justice ne soit pas la même pour tout le monde, ou le fait que les soins de santé soient toujours plus faciles d’accès pour certains que pour d’autres. J’aurais aimé vivre dans un monde où les petits auraient eu la même importance que ceux qui se croient grands sans jamais vraiment l’être. Je voudrais qu’on en finisse avec les fermetures sauvages, le mépris et l’enrichissement scandaleux d’un petit nombre sur le dos des plus fragiles.


    Je rêve en couleurs. Bien sûr. La preuve, c’est que je continue d’espérer qu’un jour, quelqu’un dira autre chose que le vieux 33 tours répété ad nauseam par tous ceux qui prennent la parole : n’élevez pas nos impôts, car nous irons vivre ailleurs. Ils pourraient ajouter : si c’est bon pour Depardieu, c’est bon pour nous. Misère de misère. Les humains du monde entier sont souvent au-dessous de tout.


    Mais la leçon de Marie-Louise n’est pas tombée dans l’oreille d’une sourde. À son exemple, j’ai semé beaucoup et j’ai veillé sur mes semailles en attendant d’y voir pousser une fleur qui viendrait confirmer la démarche entreprise il y a longtemps.


    Je vous confirme donc, en ce 5 janvier 2013, que, malgré les apparences et les mauvaises nouvelles, la récolte est vivante. On en verra peut-être grandir les fleurs à la grandeur des rues et des routes du Québec le printemps « érable » prochain, surtout au moment où il faudra que des foules se fassent entendre pour ramener le gouvernement aux promesses essentielles, celles qu’on applaudissait à travers le Québec avec un tel entrain.


    Allez les Biz de ce monde, les Lisa LeBlanc, les Coeur de Pirate et autres Gilles Vigneault ou Daniel Bélanger, les doués de ce qui touche le coeur. Ressortez vos musiques, donnez-nous envie de danser sur des paroles qui nous touchent et nous entraînent. Donnez-nous le beat et vous entendrez toutes ces voix qui réclament un pays, mais pas n’importe lequel, un pays instruit, ouvert et prêt enfin à signer sa propre Constitution, la sienne propre, pas celle d’un autre pays, ce que tous les gouvernements du Québec, quelle que soit leur allégeance, ont refusé de faire à ce jour. Ils attendent tous la saison des fleurs qui va venir. Il le faut. Car nous sommes en concurrence avec trois autres beaux peuples qui sont en position de départ pour se donner une identité nationale. Trois peuples fiers comme nous. Nous aurions tort d’être les derniers.


    Bonne année 2013. Qu’elle vous soit douce.

     
     
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