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    L’année vue par… Adam Cohen - Être Anglo et fier de parler français

    31 décembre 2012 |Guillaume Bourgault-Côté | Québec
    «La beauté de Montréal, c’est qu’on parle les deux langues. En célébrer une n’est pas dénigrer l’autre», dit Adam Cohen.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «La beauté de Montréal, c’est qu’on parle les deux langues. En célébrer une n’est pas dénigrer l’autre», dit Adam Cohen.
    2012 fut particulièrement chargée en événements et déclarations de toutes sortes. En guise de bilan, nous avons demandé à quelques acteurs de commenter un moment fort de l’année, parfois de manière décalée.

    Il y a eu la controverse entourant la nomination d’un entraîneur unilingue pour le Canadien de Montréal, des débats à Ottawa sur l’importance du bilinguisme, des études sujettes à interprétation sur la place du français au travail et à la maison, une réforme de la loi 101… Le sujet linguistique est toujours chaud au Québec. Mais il le fut particulièrement en 2012. Et il devrait l’être encore en 2013.


    C’est probablement l’arrivée au pouvoir du gouvernement Marois et le dépôt d’un projet de réforme de la loi 101 qui ont le plus remué le dossier dans les derniers mois. La communauté anglophone québécoise a réagi avec un mélange d’intérêt (la main tendue par la désignation d’un ministre responsable des relations avec les anglophones) et d’inquiétude (les impacts de la nouvelle loi 101). Le dialogue s’amorce à peine.


    Dans ce contexte, la déclaration d’amour du chanteur Adam Cohen à la langue française, lors de la Saint-Jean-Baptiste et à l’émission Tout le monde en parle, a marqué les esprits. Son père, le légendaire poète et chanteur Leonard Cohen, est probablement la figure culturelle suprême du Montréal anglophone. Que le fils Cohen revendique haut et fort une identité linguistique bilingue, il y a matière à symbole. Discussion avec un artiste établi à Los Angeles qui se préoccupe sincèrement de l’avenir du français.


    Que représente pour vous le fait de parler français ?


    C’est un luxe. Dans ma vie quotidienne, ça n’a aucune résonance politique, aucune incidence économique. C’est simplement un plaisir de pouvoir parler en français avec des amis, avec une partie de ceux qui composent l’identité québécoise et montréalaise. Quand je vois autour des gens qui ne parlent qu’une langue, j’ai deux sentiments assez forts : la sensation d’avoir un avantage, mais surtout une certaine tristesse pour eux de ne pas pouvoir ouvrir le coffre d’une autre culture avec une langue.


    Vous vivez surtout en anglais, mais c’était important pour vous d’envoyer votre fils à l’école française ?


    Absolument. J’aurais honte si je ne pouvais pas lui apprendre une langue que j’ai apprise. Il y a là-dedans un côté sentimental, celui de vouloir que mon fils me ressemble un peu. Et il y a un côté fonctionnel qui m’apparaît important, de pouvoir converser avec les gens à Montréal ou à Paris. Cette langue m’a beaucoup servi. Je veux qu’il en soit ainsi pour mon fils.

     

    Vous teniez cette pancarte au dernier spectacle de la Saint-Jean, disant « Je suis Québécois ». Pourquoi cette déclaration ?


    Je suis surtout connu pour être le fils de quelqu’un d’anglophone, malgré les racines montréalaises de mon père. Je trouvais important dans ce contexte d’envoyer le message personnel que j’appartiens aussi à un peuple qui parle français, et que je le représente partout au monde. Pour moi, la caractéristique la plus importante de Montréal, c’est ce que c’est une ville francophone. Et je veux défendre cette langue et contribuer à préserver l’identité qui définit ma ville natale.

     

    Vous le croyez menacé, le français à Montréal ?


    Oui. Principalement à cause de l’influence nord-américaine, qui s’entend aussi à Paris, et qui a rendu le français quasi bâtard dans certaines régions du Canada. C’est pour ça que la fierté dans la langue est importante : il faut se blinder. Moi-même, j’ai une vie beaucoup plus anglophone, et je vois une érosion, un manque de fluidité quand je ne parle pas français un certain temps. Je mène une petite bataille contre la disparition de mon français.


    Comment sentez-vous la cohabitation entre le français et l’anglais à Montréal ?


    Assez forte, en général. Mais j’ai observé une chose qui m’a surpris. Depuis que j’ai dit mon amour pour le français, j’ai eu des retours de certaines personnes anglophones de Montréal qui voulaient y voir un élément politique qui n’existe pas. Ça m’a surpris. J’ai blessé certaines personnes, comme si je les avais abandonnées. Il y a donc encore un petit malaise chez certains. Pourtant, ce n’est pas un message qui a une valeur négative envers l’anglais, que j’adore. La beauté de Montréal, c’est qu’on parle les deux langues. En célébrer une n’est pas dénigrer l’autre.


    Est-ce que ça peut être relié au fait que le nom Cohen est très associé au Montréal anglophone ?


    Peut-être. Mais moi, j’ai grandi avec le français, je le parle, c’est une langue qui m’apporte quelque chose, une richesse culturelle. Mon père n’a pas eu ce parcours, même s’il parle beaucoup mieux français qu’il ne le prétend. Je suis souvent jugé à travers un filtre parce que mon père est célèbre. Mais nous n’avons pas la même histoire.

     
     
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